Mort de Kalinka Bamberski: Krombach libéré pour raison médicale

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Croquis d'audience du 29 mars 2011 montrant Dieter Krombach lors de son procès aux assises à Paris
Croquis d'audience du 29 mars 2011 montrant Dieter Krombach lors de son procès aux assises à Paris
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© AFP

, publié le vendredi 21 février 2020 à 17h29

C'est l'épilogue d'un feuilleton judiciaire de près de 40 ans : le médecin allemand Dieter Krombach, condamné pour le meurtre de sa belle-fille Kalinka Bamberski en 1982, a été remis en liberté pour raison médicale vendredi.  

Condamné en 2011 à 15 ans de réclusion criminelle pour violences volontaires aggravées ayant entraîné la mort sans intention de la donner, l'ex-cardiologue de 84 ans a quitté dans la matinée la prison de Melun, en Seine-et-Marne.

"Sa fille est venue le chercher avec une ambulance médicalisée. Il va repartir en Allemagne", a détaillé à l'AFP la procureure de la République de Melun, Béatrice Angelelli. 

Le 10 juillet 1982, sa belle-fille, Kalinka Bamberski, 14 ans, avait été retrouvée morte à son domicile de Lindau en Bavière (Allemagne), au bord du lac de Constance, où elle passait des vacances.

Malgré les efforts d'André Bamberski, le père de la victime, la justice allemande avait abandonné en 1987 toute poursuite à l'encontre du médecin qui vivait libre chez lui en Allemagne.

La justice française, en revanche, l'avait condamné par contumace à 15 ans de prison.

En 2009, l'affaire avait connu un rebondissement retentissant quand Dieter Krombach avait été retrouvé ligoté et bâillonné sur un trottoir de Mulhouse (Haut-Rhin), après un enlèvement orchestré par André Bamberski. 

Le cardiologue avait alors été interpellé par la police française, ouvrant la voie à sa comparution devant les assises en 2011, puis en appel en 2012.

Pour cet enlèvement, exécuté par deux hommes de main kosovar et géorgien, André Bamberski écopera lui en juin 2014 à Mulhouse d'un an de prison avec sursis. 

Lors de ce procès, le procureur avait déclaré "comprendre" le combat du prévenu pour faire condamner le responsable de la mort de sa fille, et confié rester "souffle court devant tant de persévérance et de volonté".

  - Viol ? -

Depuis qu'il a lu le rapport d'autopsie, quatre mois après le décès de sa fille, André Bamberski est persuadé que Dieter Krombach l'a violée avant de la tuer pour cacher son crime sexuel.

L'Allemand avait quant à lui émis lors de son procès en appel l'hypothèse de l'erreur médicale, expliquant avoir administré à Kalinka un somnifère qu'il ne connaissait pas et qui aurait pu provoquer le décès.

Invoquant le principe pénal du "non bis in idem", autrement dit le "droit à ne pas être jugé ou puni deux fois" pour les mêmes faits, et arguant que la justice allemande avait à ses yeux tranché le dossier en 1987, Dieter Krombach avait introduit en octobre 2014 une requête devant la Cour européenne des droits l'Homme (CEDH). Sans succès. 

Dieter Krombach réclamait depuis cinq ans d'être libéré pour raison médicale. En 2016, une expertise avait montré qu'il souffrait d'une pathologie cardio-vasculaire "susceptible de menacer son pronostic vital".

Le 21 octobre dernier, le tribunal de l'application des peines lui avait accordé une suspension de peine. Mais l'exécution de cette décision était suspendue dans l'attente de sa reconnaissance par les autorités judiciaires allemandes, intervenue le 11 février, a expliqué la procureure de Melun.

L'octogénaire avait été examiné à l'été 2019 et les experts avaient conclu que son état de santé était désormais incompatible avec une détention dans des conditions ordinaires. Le détenu souffre de pathologies neurologiques et cardiaques.

Depuis Toulouse où il réside, André Bamberski estime que la remise en liberté de M. Krombach est "foncièrement illégale" et "infondée".

"Il n'est pas malade au point d'être dans un état de santé incompatible avec la détention, il a berné les experts", s'indigne-t-il. "C'est ahurissant, a réagi le père de la victime. Il a fait 10 ans et 4 mois de prison, c'est très peu, c'est quand même abominable. Pour moi, il aurait dû être condamné à au moins 30 ans pour le meurtre aggravé et l'empoisonnement pour lesquels il a comparu aux assises."

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