Mort de Julie Douib : le féminicide emblématique jugé à Bastia

Mort de Julie Douib : le féminicide emblématique jugé à Bastia
Marche blanche en hommage à Julie Douib, victime de féminicide, le 9 mars 2019, à Vaires-sur-Marne (Seine-et-Marne)

publié le jeudi 10 juin 2021 à 09h30

Le meurtre de Julie Douib en 2019 à L'Île-Rousse avait suscité une mobilisation inédite et entraîné l'organisation d'un Grenelle sur les violences faites aux femmes.

"J'attends que justice soit faite, et comme il faut", prévient Lucien Douib dans les colonnes du Parisien, alors que s'ouvre jeudi 10 juin le procès de l'ex-compagnon de sa fille, abattue de trois balles le 3 mars 2019 à l'Île-Rousse (Corse).



Bruno Garcia-Cruciani, 44 ans, va comparaître devant la cour d'assises de Bastia jusqu'au 16 juin. Il a reconnu être venu au domicile de son ex-compagne, avec qui il avait eu deux fils de 8 et 10 ans et dont il était séparé depuis septembre 2018, et lui avoir tiré dessus avant de se rendre aux gendarmes.

"Elle m'a simplement dit, 'il m'a tuée'", avait confié à l'AFP, lors d'une marche blanche quelques jours après les faits, une voisine qui avait découvert la jeune femme de 34 ans gisant dans son sang sur son balcon : "Ça faisait déjà un mois qu'elle me disait "il va me tuer, il va me tuer", et voilà...".

Plusieurs plaintes et mains courantes avaient été déposées au cours des mois précédents par la victime, son père, mais aussi Bruno Garcia-Cruciani, pour violences, vol, dégradation ou injures non publiques. "Il y a eu défaillance dans le système, dans le manque d'écoute", avait déploré Lucien Douib, partie civile avec sa femme Violette, lors d'une marche blanche peu après la mort de sa fille.

"On a un combat pour les petits-enfants, essayer de les faire revivre et on a le procès qui arrive, notre combat est qu'il paye pour ce qu'il a fait", a-t-il aussi dit à l'AFP en novembre 2019.  "Je fais confiance à la justice, malgré les manquements des institutions lorsque Julie a alerté les gendarmes et porté plainte six fois pour des menaces de mort. Toute l'institution n'est pas défaillante dans sa globalité", estime-t-il aujourd'hui auprès du Parisien. 

Il espère que son ancien gendre écopera de la perpétuité. "Cet homme a tué ma fille avec préméditation de trois balles, sans lui laisser aucune chance. Pour un assassinat, la peine maximale encourue est la prison à perpétuité. J'espère que c'est ce dont il écopera avec un maximum d'années de sûreté. S'il prend moins que ça, j'aurai beaucoup de mal à le comprendre après tout ce qu'il a fait à ma fille, qui a subi des violences conjugales durant des années", explique-t-il. 

Un acte prémédité ?

Selon l'enquête, Bruno Garcia-Cruciani a mené une "traque" de son ex-compagne et, le jour des faits, il s'est présenté chez elle armé d'un pistolet Glock 17 équipé d'un silencieux. Il lui tire alors dessus à trois reprises, l'atteignant deux fois : une première fois dans la chambre des enfants et une seconde fois sur le balcon où elle s'était enfuie, la touchant mortellement au thorax et au bras gauche. Lui affirme que son acte n'était pas prémédité, mais l'accusation assure le contraire: Bruno Garcia-Cruciani avait fait des recherches sur internet avec les mots-clés "peine pour homicide avec arme" et "partir vivre en Thaïlande". "Moi aussi, je vais bientôt rejoindre ton beau-frère à Borgo", l'une des deux prisons de Haute-Corse, avait-il aussi déclaré à une connaissance la veille des faits.  

Pendant sa détention, l'accusé a pu se servir d'un téléphone et dans les conversations enregistrées, "il justifiait totalement son geste et ne manifestait aucun regret", selon les enquêteurs. Il précisait aussi avoir "essayé l'arme, avec le silencieux", la veille des faits dans son jardin où deux étuis de 9 mm ont été retrouvés, une scène confirmée par les enfants du couple.

Deux autres personnes, le compagnon de la soeur de Bruno Garcia-Cruciani et un ami proche, ont été mises en examen pour "destruction de documents ou objets concernant un crime ou délit pour faire obstacle à la manifestation de la vérité" et renvoyées devant le tribunal correctionnel de Bastia.  Ils ont reconnu avoir détruit un sac que Bruno Garcia-Cruciani avait confié à une tierce personne avant son acte. Il contenait des affaires de Julie Douib, un ordinateur et deux téléphones portables.

Grenelle contre les violences conjugales

Ce 30e féminicide sur les 146 dénombrés en 2019 avait suscité une vive émotion: "Elle n'a pas été suffisamment protégée", s'était emportée Marlène Schiappa, alors secrétaire d'État à l'Égalité hommes-femmes. Elle recevra ensuite des associations et proches de victimes de féminicides lui réclamant un "Grenelle" contre les violences conjugales.

Organisé le 3 septembre 2019, le Grenelle a débouché sur 46 mesures dont le déploiement de bracelets anti-rapprochement. Son effet est jugé mitigé par les associations qui regrettent un nombre de féminicides toujours alarmant avec 90 cas en 2020.

Le gouvernement a annoncé mercredi de nouvelles mesures suite aux conclusions d'une mission d'inspection diligentée après le féminicide de Mérignac (Gironde) début mai, pointant une série de défaillances dans le suivi du conjoint violent multirécidiviste et la protection de la victime.
 

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