Mobile-home, barnum: des Ehpad innovent pour alléger le reconfinement

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L'Ehpad Beauregard, le 12 novembre 2020 à Villeneuve-Saint-Georges, près de Paris
L'Ehpad Beauregard, le 12 novembre 2020 à Villeneuve-Saint-Georges, près de Paris
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© AFP, GEOFFROY VAN DER HASSELT

, publié le vendredi 13 novembre 2020 à 14h21

"C'est comme dans une bulle, on n'est pas à l'Ehpad": tirant les leçons du premier confinement, de nombreux établissements pour personnes âgées innovent pour maintenir les visites de proches, comme en région parisienne où Elisabeth profite de quelques instants d'intimité avec son père Guy dans un mobile-home.

Installé sur le parking de l'Ehpad Beauregard, à Villeneuve-Saint-Georges, ce mobile-home en bois de 12m² dispose de deux entrées: l'une pour le résident, l'autre pour ses proches. Derrière de larges vitres, les familles peuvent se voir, se parler, mais pas se toucher.

A midi, Elisabeth Duluc et sa sœur Véronique y retrouvent leur père Guy, 93 ans, pour déjeuner. 

"On a beaucoup souffert pendant le premier confinement de ne pas voir notre père", témoigne à l'AFP Elisabeth Duluc, 59 ans. "J'avais peur de ne jamais le revoir, de ne pas pouvoir voir qu'il a les yeux heureux. Il est tellement heureux de nous voir, ça nous a apporté un soulagement. C'était vital pour nous."

Leur père, qui se dit aujourd'hui en "pleine forme" après avoir eu le Covid au printemps, a aussi "souffert" du confinement imposé. 

Atteint de dégénérescence maculaire (DMLA) et sujet à des pertes de mémoire, il ne reconnaissait pas ses filles et décrochait facilement des conversations en vidéo qu'ils tentaient d'avoir.

Ses rendez-vous dans le mobile-home lui permettent désormais "une sorte d'indépendance". "On est comme dans une bulle, on n'est pas dans l'Ehpad", sourit Mme Duluc.

Le concept, inventé par le fabricant Rapidhome et baptisé "Club Famille", est déployé dans les six établissements du groupe privé Alliage Care. Les familles disposent de créneaux de 45 minutes à une heure et, entre chaque occupation, une décontamination de 15 minutes est prévue.

La deuxième vague de l'épidémie touche très durement les Ehpad, lieux de vie des plus vulnérables au coronavirus, avec actuellement 1.317 foyers de contamination (clusters) en cours d'investigation pour 7.000 Ehpad dans le territoire, selon les derniers chiffres de Santé publique France.

- Traumatisme -

Pour autant, contrairement au premier confinement qui a pu être vécu comme un traumatisme dans les Ehpad, les visites restent autorisées dans le strict respect des règles sanitaires.

"Nous voulions proposer aux familles une solution pérenne dans le temps d'accueil, quelle que soit la saison, quel que soit le temps à l'extérieur, pour maintenir ce lien social qui est extrêmement important pour les résidents, certes, mais également pour les proches", explique Carine Courtiller, directrice de la résidence Beauregard, vantant une "solution novatrice".

Dans cet espace "complètement sécuritaire", ils peuvent "maintenir la communication, quelle que soit la situation sanitaire".

Dans une même démarche, les trente établissements du groupe Medicharme disposent depuis fin septembre de barnums à l'extérieur des résidences. Dans ces grandes tentes blanches chauffées, les familles se retrouvent autour d'une table - à 1,5 mètre de distance - à l'abri de la météo.

"On a toujours pensé qu'il y aurait une deuxième vague et on ne voulait pas revivre le premier confinement. On a donc cherché une solution pour éviter de faire entrer des personnes à l'intérieur de l'établissement tout en maintenant les visites", explique à l'AFP Patrick Boulard, directeur général de ce groupe, qui a déploré cinq décès liés au Covid au printemps.

Sous ces barnums, qui représentent un investissement d'environ 100.000 euros (3.000 euros chacun), "les résidents sont heureux car ils ne sont pas derrière une vitre, ils se voient et peuvent créer une proximité", constate-t-il.

Une seule exception est faite pour les résidents alités, grabataires ou en fin de vie qui ne peuvent pas sortir et pour lesquels les familles ont le droit d'entrer vêtues d'une blouse, d'une charlotte, et d'un masque. "Cela arrive peut-être plusieurs fois par mois, c'est normal de faire cette exception", poursuit M. Boulard.

L'Ehpad Beauregard n'a pas souhaité communiquer le prix du mobile-home.

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