Migrants : l'annonce du démantèlement du camp de Grande-Synthe fait débat

Migrants : l'annonce du démantèlement du camp de Grande-Synthe fait débat
Un migrant dans le camp de Grande-Synthe, en décembre 2016

Orange avec AFP, publié le mercredi 15 mars 2017 à 19h05

Près de cinq mois après la "Jungle" de Calais, c'est au démantèlement "progressif" du camp de migrants de Grande-Synthe, dans le Nord, que l'État veut s'attaquer.

L'annonce, inattendue, a été faite mercredi 15 mars par Bruno Le Roux devant une commission du Sénat. "On ne peut plus laisser les choses continuer comme cela", a tonné le ministre de l'Intérieur, qui a décrit une situation où "se multiplient des phénomènes d'ordre public" et des comportements "inacceptables", tels que "rançons" ou "prêts" pour "limiter l'accès" à des installations comme les douches.

Pour l'État "la question n'est plus seulement aujourd'hui celle du rétablissement de l'ordre public", mais aussi "du démantèlement progressif du camp, qui doit pouvoir démarrer le plus rapidement possible", a-t-il estimé.

Bruno Le Roux n'a fourni aucun calendrier prévisionnel, ni détails logistiques. Dans son entourage, on tempère en expliquant qu'il ne s'agit pas de fermer le camp "brutalement" mais "de revenir à quelque chose qui soit gérable", avec la nécessité de démanteler "une partie" de ce camp. "Ils étaient 750 en début d'année, ils sont aujourd'hui 1.500, c'est inacceptable", ajoute-t-on de même source, en parlant d'"incidents relativement sérieux". Même ajustement au ministère du Logement où l'on parle de "reprise en main humanitaire en deux temps", avec d'abord une réduction "de 200 à 300 personnes" de la taille du camp et ensuite une sécurisation.

UNE ANNONCE "PUREMENT ÉLECTORALISTE"

Bruno Le Roux doit recevoir ce jeudi 16 mars le maire EELV de Grande-Synthe Damien Careme, qui s'est dit "très surpris" par l'annonce d'un démantèlement. "Ce camp est aujourd'hui plus que nécessaire" et "si on en est là, c'est parce que la réponse humanitaire n'était pas suffisante", a expliqué l'édile, "père" de ce projet unique en France, ouvert en mars 2016 malgré les réticences de l'État, qui en avait finalement repris la cogestion. "Cette annonce est purement électoraliste", estime, plus critique encore, selon François Guennoc, secrétaire de l'association de l'association l'Auberge des migrants.

Avec ses 1.600 repas distribués par jour, le responsable le reconnait : "Oui, la situation du camp s'est dégradée car il y a plus de monde qu'en octobre", date du démantèlement de la "Jungle". "Le camp s'est délabré, il est contrôlé par les passeurs, il y a de la violence... mais il n'y a pas d'alternative pour le moment, sinon de dormir dans la rue comme à Calais".

Quel que soit le calendrier, il faudra réussir à convaincre les 1.500 habitants de partir, alors que beaucoup, par le biais de filières de passeurs notamment, rêvent de gagner la Grande-Bretagne. Bruno Le Roux a dit avoir "mobilisé ces derniers jours les préfets", pour maintenir à 90% "voire 100%, voire plus" le niveau des places en Centres d'accueil et d'orientation (sur une base de 10.000 environ). Les CAO, ouverts à l'origine pour les migrants de Calais, puis ceux ayant transité par le "centre de premier accueil" parisien, vont donc voir leur recrutement élargi avec les exilés de Grande-Synthe.

Autre piste de réflexion: l'incitation au retour, pour les Afghans notamment dont le nombre a considérablement augmenté sur le camp selon l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii): ils pourraient recevoir un pécule augmenté s'ils acceptent de retourner dans leur pays.

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