Menaces contre le réseau ferré: 14 ans après, l'enquête resurgit avec des premières arrestations

Menaces contre le réseau ferré: 14 ans après, l'enquête resurgit avec des premières arrestations
Le 25 mars 2004, un cheminot inspecte les voies ferrées sur la ligne Paris-Strasbourg-Munich après les menaces du groupe "AZF"

AFP, publié le mardi 26 juin 2018 à 18h01

En 2003 et 2004, un mystérieux groupe "AZF" menaçait de faire exploser des bombes sur le réseau ferroviaire français mais ses membres n'avaient jamais été identifiés. Mardi matin, trois personnes soupçonnées d'en faire partie ont été arrêtées, relançant un dossier tombé aux oubliettes.

Deux hommes nés en 1947 et 1953, et une femme née en 1962, ont été interpellés par la Sous-direction antiterroriste (Sdat) de la police judiciaire, dans l'Yonne, le Loiret et la Seine-et-Marne, ont indiqué à l'AFP des sources proches de l'enquête, confirmant des informations de LCI et de BFMTV.

Ces arrestations ont eu lieu sur commission rogatoire d'un juge d'instruction, en charge d'une information judiciaire ouverte à Paris le 18 février 2004 des chefs d'association de malfaiteurs terroristes, menaces de destruction et infraction à la législation sur les explosifs en relation avec une entreprise terroriste, a précisé une source judiciaire.

Ce dossier avait initialement été confié aux juges antiterroristes Jean-Louis Bruguière et Philippe Coirre.

Selon une source proche du dossier, l'enquête a rebondi après "des signalements remontant à quelques mois", et les trois individus se sont connus en travaillant dans la même entreprise.

Pour l'heure, les policiers restent très prudents, alors que les auditions, dans un dossier à caractère terroriste, peuvent durer jusqu'à 96 heures.

Le groupe "AZF" avait défrayé la chronique en 2003-2004 lorsqu'il avait affirmé avoir posé une "série de bombes" sur des voies ferrées et menacé de les faire exploser, s'il n'obtenait pas une forte rançon, de 4 millions de dollars et 1 million d'euros.

Les menaces avaient été prises très au sérieux à l'Elysée et au ministère de l'Intérieur, qui avaient reçu plusieurs lettres signées "AZF", sans explicatif du sigle mais pouvant faire référence à l'usine ayant explosé le 21 septembre 2001 à Toulouse.

-Vaste inspection des voies ferrées-

Sur les indications du groupe, les autorités avaient retrouvé en février 2004, à Folles (Haute-Vienne), un engin explosif sophistiqué placé sous le ballast de la ligne Paris-Toulouse.

Une inspection de 32.500 kilomètres de voies ferrées françaises avait ensuite été réalisée par quelque 10.000 cheminots, sans détecter la moindre anomalie.

Après cette vaste opération, le ministre de la Justice de l'époque, Dominique Perben, avait estimé que le chantage du groupe relevait de la "crapulerie".

L'affaire avait également été marquée par la rocambolesque correspondance, via la rubrique "Messages personnels" du quotidien Libération, entre "Mon gros loup" (AZF) et "Suzy" (police) afin d'organiser la remise d'une rançon.

Le 1er mars, une femme avait indiqué par téléphone un emplacement aux environs de l'aéroport de Montargis (Loiret) où celle-ci devait être larguée par hélicoptère mais la transaction échoua.

Après l'échec de cette remise et la découverte d'une autre bombe sur la ligne Paris-Troyes-Bâle qui, selon le ministère de l'Intérieur, ne correspondait pas aux engins du groupe AZF, celui-ci avait annoncé le 25 mars 2004 la suspension de ses actions.

"Ils menaçaient l'Etat et voulaient se présenter comme un groupe terroriste mais réclamaient une forte somme d'argent", a rappelé une source proche de l'enquête.

Le groupe s'était qualifié dans un courrier de "groupe de pression à caractère terroriste", et avait dénoncé notamment des "politiciens davantage occupés d'eux-mêmes que de l'Etat".

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