Mayotte sous tension

Mayotte sous tension

Des gendarmes devant une manifestation lors de l'arrivée de la ministre des Outre-mer le 12 mars 2018

A lire aussi

AFP, publié le mardi 13 mars 2018 à 12h19

Mayotte était sous tension mardi, avec une grande manifestation à Mamoudzou contre l'insécurité et l'immigration irrégulière, au lendemain des premières annonces du gouvernement qui tente de désamorcer la crise en proposant notamment un statut extraterritorial pour la maternité de l'île.

Alors que la contestation entre dans sa quatrième semaine, la ministre des Outre-mer Annick Girardin doit rencontrer à 14H00 (12H00 heure de Paris) des élus mais aussi l'intersyndicale et le collectif initiateurs du mouvement, qui critiquent sa légitimité: ils ont refusé de la rencontrer lundi à son arrivée dans l'île, pour la rentrée des classes, dénonçant notamment une "mascarade" et un manque de volonté du gouvernement "de mener de véritables négociations sur (leurs) revendications".

Dans la matinée de mardi, plusieurs milliers de personnes ont manifesté à Mamoudzou, chef-lieu de Mayotte, contre l'insécurité et l'immigration clandestine en provenance des Comores, à 70 km de là, mais aussi pour réclamer davantage d'actions de l'Etat.

"On est là pour crier notre colère. A partir d'aujourd'hui, nous allons défier le gouvernement", a lancé en début de manifestation un porte-parole du collectif. 

"Non à la conférence, oui aux actions", pouvait-on lire sur certaines banderoles en référence à la conférence sur l'avenir de Mayotte proposée par la ministre la semaine dernière.

"Je suis là pour la sécurité principalement, et pour tous les problèmes sociaux", a expliqué à l'AFP Lisa, enseignante de 26 ans, énumérant le manque d'écoles et de lits à l'hôpital. "Que les clandestins retournent à Anjouan ou en métropole !", hurlait une autre manifestante, qui a refusé de donner son nom. 

Dans le même temps, entre 200 à 300 manifestants ont investi le conseil départemental, notamment pour dénoncer la "trahison" de certains élus qui avaient accepté la veille de discuter avec la ministre, à Dzaoudzi.

En milieu de journée, l'intersyndicale, échaudée, discutait encore dans l'hémicycle avec les élus pour savoir si elle participerait à la rencontre programmée avec la ministre, a constaté une journaliste de l'AFP.

Annick Girardin "a toute la légitimité et toute latitude pour intervenir", avait fait valoir un peu plus tôt sur France 2 le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux en appelant toutes les parties à "beaucoup de responsabilité" et en assurant que l'Etat veut engager "un travail de long terme" avec les élus locaux, les syndicats et les acteurs économiques de l'île.

"Le 101e département français reste Mayotte, Mayotte reste un département français", a martelé lundi la ministre, énumérant les efforts faits en matière d'effectifs de sécurité et annonçant des meures supplémentaires contre l'immigration clandestine.

Surtout, elle a ouvert le chantier d'un possible statut d'extraterritorialité pour l'hôpital, dont la maternité est la première de France avec quelque 10.000 naissances chaque année.

- 'Maternité internationale' -

L'objectif est d'enrayer la multiplication de naissances d'enfants de mères venues des Comores voisines et en situation irrégulière, ce qui est perçu comme un abus du droit du sol. 

"En 2015, plus d'un adulte sur deux vivant à Mayotte n'y est pas né", et les natifs des Comores "représentent 42% de la population du département", selon l'Insee.

Avec ce statut, la maternité serait "en quelque sorte une maternité internationale", mais le droit du sol ne serait pas remis en cause, explique le député En Marche Aurélien Taché dans La Croix: "au lieu d'obtenir automatiquement la nationalité française", les enfants de femmes comoriennes qui y naîtraient "pourraient être déclarés comme Comoriens au registre de l'état civil".

Le sujet, un des noeuds de la crise à Mayotte, fait débat: en déplacement dans l'île, le président des Républicains Laurent Wauquiez s'en est emparé début mars en estimant que "quand un enfant naît ici de deux parents clandestins, il ne doit pas pouvoir être français."

L'ex-ministre des Outre-mer et députée de la Réunion (Nouvelle gauche) Ericka Bareigts s'étonne elle que "personne ne parle d'investissements aux Comores" et appelle l'Etat à engager un "dialogue diplomatique" avec ce pays pour y construire un hôpital.

Dans ce climat, l'élection législative partielle prévue sur l'île le 18 mars (deuxième tour le 25) est maintenue. Mais les manifestants ont annoncé la couleur: "Chacun va imprimer un bulletin +sécurité du département+ et le mettre dans l'urne", assure l'un d'entre eux.

Le service de gestion de commentaires évolue.

A compter du 29 mars, le Journal de Réactions et la publication de commentaires seront temporairement fermés.

Les discussions autour des sujets qui vous tiennent à cœur resteront prochainement possibles au travers d’un tout nouveau service vous permettant de réagir.

 
19 commentaires - Mayotte sous tension
  • nous n'arrivons déjà pas à juguler le flux migratoire en France métropolitaine alors que nous avons des moyens et des hommes même si tous ça est mal gérée il faudrait déjà commencer ici ??????

  • On devrait faire de même en France contre les clandestins. Mayotte est délaissée par la France et c'est très grave. Il va y avoir une révolte justifiée. Nous subissons la même dictature ici depuis des décennies. Il est grand temps que le peuple reprenne les rennes du pouvoir car nous sommes en démocratie et non en monarchie dictaturiale.

  • Le Droit du Sol serait-il sur le point de faire la preuve de son ineptie et de l'irresponsabilité de ceux qu'il l'ont inventé ?

  • merci sarkosy de ce désordre aux frais des français !

  • Sous-tension ou survoltage ?