Masques : la colère des professionnels de santé contre la grande distribution

Masques : la colère des professionnels de santé contre la grande distribution
Hôpital de Mulhouse, le 17 avril 2020.

, publié le vendredi 01 mai 2020 à 14h55

Dans un texte intitulé "Les masques tombent", sept ordres de professionnels de santé, dont celui des Médecins, s'offusquent du nombre "sidérant" de masques annoncés à la vente par la grande distribution, quand les soignants et les plus fragiles en ont cruellement manqué.

Alors que le port du masque dans l'espace public est recommandé et obligatoire à partir du 11 mai dans les transports en commun, certaines enseignes de la grande distribution ont conclu cette semaine un accord avec le gouvernement pour commencer à vendre des masques à partir du 4 mai. Intermarché a déjà annoncé que 90 millions de masques seront progressivement installés en rayons et Carrefour promet 225 millions de masques, 175 millions de type "chirurgical" et 50 millions en textile. 




Des chiffres qui font bondir les professionnels de santé. "Toute guerre a ses profiteurs.

C'est malheureusement une loi intangible de nos conflits. Comment s'expliquer que nos soignants n'aient pas pu être dotés de masques quand on annonce à grand renfort de communication tapageuse des chiffres sidérants de masques vendus au public par certains circuits de distribution", s'indignent-t-ils dans un communiqué signé par sept ordres professionnels, dont celui des Médecins.

"Aujourd'hui, la consternation s'allie au dégoût", "où étaient ces masques quand nos médecins, nos infirmiers, nos pharmaciens, nos chirurgiens-dentistes, nos masseurs-kinésithérapeutes, nos pédicures-podologues, nos sages-femmes mais aussi tous nos personnels en prise directe avec la maladie tremblaient et tombaient chaque matin ?", s'interrogent-ils dans ce texte intitulé "Les masques tombent".

"Comment nos patients, notamment les plus fragiles, à qui l'on expliquait jusqu'à hier qu'ils ne pourraient bénéficier d'une protection adaptée, vont-ils comprendre que ce qui n'existait pas hier tombe à profusion aujourd'hui. 100 millions par ici, 50 millions par là. Qui dit mieux ? C'est la surenchère de l'indécence", déplorent les professionnels de santé. 

"L'heure viendra de rendre des comptes"

"Nul n'aurait reproché à des circuits de distribution grand public de distribuer des masques grand public. C'était là un complément essentiel qui serait venu compléter utilement l'arsenal de défense contre le virus. Derrière le masque, se trouve le vrai visage. Nous, nous garderons celui de la dignité. Celui-ci ne se retrouvera dans aucun rayonnage", poursuivent-ils.

"L'heure viendra, nous l'espérons, de rendre des comptes. En attendant, nous allons poursuivre notre mission de professionnels de santé, car c'est notre engagement. Avec néanmoins l'amertume de se dire que la responsabilité n'est pas la mieux partagée de toutes les vertus", conclut ce texte signé par les présidents et présidentes des conseils nationaux de l'Ordre des médecins, des sages-femmes, des infirmiers, des chirurgiens-dentistes, des masseurs-kinésithérapeutes, des pédicures-podologues et des pharmaciens.

Les grandes surfaces "vont les vendre à prix coûtant, pour en faire un produit d'appel comme du Nutella. C'est de l'opportunisme", a de son côté critiqué auprès de l'AFP Gilles Bonnefond, président de l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine (USPO).

Après avoir réservé la distribution des masques chirurgicaux aux seuls soignants, les pharmacies vont par ailleurs désormais les vendre aussi au grand public, prenant acte du fait qu'ils vont être disponibles dans les supermarchés et qu'il n'y aura plus de pénurie. 

La réponse de la grande distribution

"Les enseignes de la grande distribution ne sont pas, et n'ont jamais été, en charge de l'achat et de la fourniture de masques pour les soignants", a répliqué la Fédération du commerce et de la distribution. "Leur attribuer les difficultés d'approvisionnement est donc faux et malhonnête", selon un communiqué.

La fédération fait valoir que la grande distribution a remis les stocks de masques FFP2 aux professionnels de la santé dès le début de la crise, et effectué de nombreux dons aux hôpitaux" et que jusqu'à récemment, les enseignes n'avaient pas le droit de vendre de masques. "Il n'y a pas de stocks cachés", insiste la fédération, qui fait valoir que les chiffres annoncés "concernent les commandes effectuées, qui ne vont être livrées que très progressivement, avec une disponibilité plus rapide des masques à usage unique que des masques en tissu réutilisables".

 

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