"Marche de la colère" : les policiers descendent dans la rue et espèrent une mobilisation inédite

"Marche de la colère" : les policiers descendent dans la rue et espèrent une mobilisation inédite
Des policiers manifestent devant le palais de justice de Reims, le 28 novembre 2018.

, publié le mercredi 02 octobre 2019 à 07h00

SOCIAL. "Gilets jaunes", hausse des suicides, réforme des retraites : tous les syndicats de la police appellent les fonctionnaires à manifester, mercredi 2 octobre à Paris. Un front commun inédit depuis près de 20 ans. 

Cette "marche de la colère" doit partir vers 12H30 de la place de la Bastille pour rejoindre celle de la République.

Les organisations syndicales, qui ont réussi l'union sacrée tous corps et tous grades confondus, espèrent une mobilisation exceptionnelle de 15.000 à 20.000 manifestants. De mémoire de syndicalistes policiers, on n'avait pas vu un tel appel unitaire depuis 2001. À l'époque, le meurtre de deux policiers au Plessis-Trévise (Val-de-Marne), lors d'un cambriolage, par un braqueur récidiviste, avait déclenché un mouvement de colère. 

Cette fois, pas de fait divers sanglant agissant comme élément déclencheur. Mais une usure opérationnelle liée au mouvement social des "gilets jaunes", la police étant régulièrement accusée de violences, et un bond des suicides au sein de la police nationale, un mal endémique dans l'institution.

• Cinq points de revendications 

Les policiers formulent cinq revendications : "l'amélioration de la qualité de vie au travail", "une véritable politique sociale pour les agents du ministère de l'Intérieur", "une réponse pénale réelle, efficace et dissuasive", "la défense des retraites" et une future loi d'orientation et de programmation "ambitieuse". 

"Il y a un ras-le-bol profond", fait valoir David Le Bars, secrétaire général du syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN-Unsa). "Tous les syndicats ont conscience que la police est malade." "L'administration a parfois du mal à se remettre en question. Notre initiative se veut aussi une aide aux décideurs politiques pour engager une profonde réflexion sur la police", explique le commissaire. 

• Le régime de retraite des policiers menacé ?

"On est au-delà des moyens. Une enveloppe budgétaire ou la future Loppsi (loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure) ne régleront pas tout", complète le syndicaliste. 

Il met également en avant le "contexte de craintes" relatif aux réformes des retraites et de la fonction publique. La remise à plat des régimes spéciaux est en effet l'un des principaux points de tension entre l'exécutif et les syndicats policiers, qui craignent la disparition de leur système de bonifications.

• Soutien de Castaner 

Les policiers bénéficient d'une bonification spéciale dite "du cinquième" ou "quinquennale", qui leur offre une annuité (quatre trimestres) de cotisation tous les cinq ans. Le dispositif est plafonné à cinq annuités. Pour être éligible à cette bonification, le fonctionnaire doit avoir exercé 27 années de service.

Le 17 septembre, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a assuré qu'il défendrait "jusqu'au bout la spécificité du statut" des forces de l'ordre. Sana parvenir à dissiper les inquiétudes. "Nous voulons une position ferme et définitive du gouvernement", résume le secrétaire général d'Unité-SG-FO, Yves Lefebvre. 

• "Le feu dans la maison police"

"Le métier de policier n'est pas un métier comme les autres car son exercice est dangereux", souligne David Le Bars. "On prend le risque d'une fuite des personnels et de carrières à deux vitesses. On va s'effondrer sur nous-mêmes", s'alarme le patron du SCPN. 

"Castaner n'a pas toutes les cartes en main. Il joue une partie de poker avec Matignon qui détient les cordons de la bourse et l'Élysée", observe Yves Lefebvre. "Mais tout le monde doit comprendre qu'il y aura le feu dans la maison police", si le gouvernement devait suivre les préconisations du rapport du haut-commissaire à la réforme des retraites Jean-Paul Delevoye, publié en juillet.




La semaine dernière, Christophe Castaner s'est rendu au congrès d'Unité-SGP et son secrétaire général l'a interpellé : "si vous nous enlevez le régime spécifique, rendez-nous le droit de grève." "Il faut que le gouvernement nous réponde vite car nous sommes déjà dans l'après 2 octobre", avertit Yves Lefebvre. 

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