Situation "catastrophique" à l'hôpital : "le cri d'alarme" de Rémi Salomon, président de la Commission médicale d'établissement de l'AP-HP

Situation "catastrophique" à l'hôpital : "le cri d'alarme" de Rémi Salomon, président de la Commission médicale d'établissement de l'AP-HP
Rémi Salomon, président de la Commission médicale d'établissement de l'APHP

publié le vendredi 12 novembre 2021 à 11h05

Le président de la Commission médicale d'établissement de l'AP-HP a dépeint une situation "catastrophique" à l'hôpital. 

"C'est un cri d'alarme que je lance". Invité de Franceinfo vendredi 11 novembre, Rémi Salomon, président de la Commission médicale d'établissement de l'AP-HP, a brossé le portrait d'un système hospitalier qui menace de s'effondrer.

"La situation à l'hôpital en ce moment, est catastrophique", lâche-t-il. Il ne met pas en cause l'obligation vaccinale des soignants mais une politique qui depuis des décennies, "donne des moyens à l'hôpital uniquement sur des critères budgétaires, sans tenir compte des vrais besoins. Aujourd'hui, le plus prégnant, c'est qu'on manque de personnels, ce qui cause la fermeture des lits", explique le néphrologue pédiatrique.


"Aujourd'hui on ne répond pas au besoin en santé, des interventions chirurgicales urgentes sont aujourd'hui reportées", poursuit-il. Le spécialiste cite l'épidémie de bronchiolite de 2019. "On envoyait des nourrissons à 200 kilomètres de Paris parce qu'on avait pas de lits pour les hospitaliser", rappelle-t-il. "On a été obligé récemment de refuser une greffe de foi pour un enfant. (...) Aujourd'hui, contre les AVC, on dispose de traitement extrêmement efficace mais 30 % des lits sont fermés dans ces urgences neuro-vasculaires faute de personnels, c'est une perte de chance réelle pour les patients".

"Il faut des effectifs supplémentaires"

Quelles solutions doit apporter le gouvernement selon lui ? "Plus de revalorisation, il faut commencer par la nuit, les jours fériés et les week-ends. Et il faut des effectifs supplémentaires. On n'acceptera pas qu'un infirmer s'occupe de 15 patients parce qu'il ne peut pas faire bien", réclame le médecin qui exerce à l'hôpital Necker-Enfants malades. 

Très inquiet, Rémi Salomon craint dans les prochains mois un effondrement de l'hôpital si rien est fait rapidement. "Beaucoup d'infirmiers se disent 'je vais partir' et je peux vous dire qu'il y en a beaucoup dans tous les services. C'est ce qui nous inquiète énormément. Où va-t-on ? Ca va s'effondrer, ça va s'effondrer !", prévient-il. "Il faut un signal fort du gouvernement maintenant. Plus on attend, plus le risque d'effondrement se précise".

Le Ségur de la Santé insuffisant  

S'il reconnaît les avancées en terme de revalorisation salariale du Ségur de la Santé, cela ne suffira pas. "Je le reconnais, on a mis dans de l'argent, mais on avait pris tellement de retard ! La revalorisation c'est très bien mais il faut aller plus loin". Pour Rémi Salomon, il est primordial de recruter. Des recrutements qu'il estime en dizaine de milliers. Même inquiétude pour le président de la Fédération hospitalière de France (FHF) Frédéric Valletoux. "Le problème est plus profond que la question des rémunérations, c'est un problème de sens", avait-il observé dans le JDD la semaine dernière.

Dans des métiers à la "pénibilité réelle", les soignants sont piégés dans un cercle vicieux où "les recrutements s'allongent et le travail pèse sur ceux qui restent". "La seule réponse à la hauteur sera de redonner des perspectives, sinon nos forces vives vont s'effilocher", prédit-il, souhaitant que "la santé soit un des grands sujets du prochain quinquennat".

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