Manifestation en soutien au peuple palestinien : l'interdiction indigne la gauche

Manifestation en soutien au peuple palestinien : l'interdiction indigne la gauche
Manifestation pro-palestinienne à Paris en 2018.

publié le vendredi 14 mai 2021 à 14h10

Cette interdiction "est évidemment dans le seul but de provoquer des incidents et pouvoir stigmatiser cette cause", a estimé Jean-Luc Mélenchon ce vendredi 14 mai.

Jeudi 13 mai, le préfet de police de Paris a interdit la manifestation en soutien au peuple palestinien prévue ce samedi à Paris. Une décision qui a indigné des personnalités de gauche, parmi lesquelles le leader de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon.



"La France, seul pays au monde où sont interdites toutes les manifestations de soutien aux Palestiniens et de protestation contre le gouvernement d'extrême droite israélien ! C'est évidemment dans le seul but de provoquer des incidents et pouvoir stigmatiser cette cause", a-t-il réagi sur son compte Twitter jeudi.



"Monsieur Darmanin suscite des risques de violences, c'est une provocation de sa part", a estimé de son côté sur France 2 le député LFI de Seine-Saint-Denis, Eric Coquerel, ajoutant : "C'est un conflit géopolitique, le problème, c'est un peuple colonisé qui a sa capitale occupée contre toutes les résolutions de l'ONU".



"Ethniciser un conflit politique"

Pour Danielle Simonnet, conseillère à Paris, "nous sommes dans une situation où il y a une colonisation, des discriminations mises en place par le gouvernement israélien.

Cet État doit respecter le droit international. En interdisant la manifestation le gouvernement veut ethniciser un conflit qui est politique", a-t-elle déclaré, également sur Twitter.



Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a justifié cette demande d'interdiction à la préfecture de police de Paris car "de graves troubles à l'ordre public furent constatés", durant une précédente manifestation en 2014. Pour le premier secrétaire du PS Olivier Faure, "un précédent vieux de 7 ans ne peut justifier de contrevenir à la liberté de manifester. Il appartient au gouvernement de veiller avec les organisateurs au bon déroulement. C'est à un cessez-le-feu que la communauté internationale doit appeler pour éviter une escalade meurtrière", a-t-il déclaré sur Twitter.


Les organisateurs de la manifestation espèrent obtenir de la justice l'annulation de son interdiction.

Un recours en référé-liberté

Pour contester cet arrêté d'interdiction "injuste et abusif", les avocats de l'Association des Palestiniens en Ile-de-France ont déposé un recours en référé-liberté auprès du tribunal administratif, ont-ils indiqué à l'AFP.

Celui-ci devrait l'examiner dans l'après-midi, ont précisé à l'AFP Me Sefen Guez Guez, Me Dominique Cochain et Me Ouadie Elhamamouchi, qui espèrent une décision dans la journée.

"La France est la seule démocratie à interdire une telle manifestation!", souligne Me Sefen Guez Guez, en dénonçant une atteinte à la liberté d'expression" totalement "disproportionnée". Il déplore également le caractère "politique" de cette décision "prise à la demande du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin".

L'Association des Palestiniens en Ile-de-France avait "condamné cette interdiction" jeudi soir auprès de l'AFP par la voix de l'un de ses responsables, Walid Atallah, qui a dénoncé la "complicité de la France avec l'Etat d'Israël".

"La France garantit les libertés d'expression et de manifester, et la Palestine ne doit pas être une exception", a-t-il souligné. "Un peuple reçoit des bombes sur la tête, des dizaines de civils sont tués, et on n'aurait pas le droit de dire qu'on n'est pas d'accord?"

Commémoration de la Nakba

La manifestation était au départ prévue pour commémorer la Nakba, l'exode de centaines de milliers de Palestiniens à la création d'Israël en 1948. Avant que la flambée de violence en Israël et dans la bande de Gaza de ces derniers jours ne vienne dessiner la perspective d'un rassemblement important.

Les organisateurs comptaient notamment y dénoncer la position de la France, jugée trop favorable à Israël, et lui demander de "condamner plus fermement les bombardements qui tuent des civils à Gaza", selon Walid Atallah.

Gérald Darmanin a demandé jeudi aux préfets de suivre de près les rassemblements prévus dans d'autres villes de France, de ne pas hésiter à les interdire si nécessaire, et d'assurer la protection des lieux fréquentés par la communauté juive.


Le député LREM de Paris Sylvain Maillard a estimé l'interdiction "dure", "grave", "mais nécessaire pour préserver l'ordre public".

Une interdiction approuvée à droite

L'interdiction a également été approuvée du côté des Républicains et du Rassemblement national. "Il est hors de question d'importer sur notre sol" le conflit israélo-palestinien, a abondé vendredi sur BFMTV le numéro deux de LR, Guillaume Peltier.

"Il vaut mieux qu'il n'y ait pas de manifestations", notamment pour éviter des "provocations antisémites", a abondé sur CNews le porte-parole du RN, Sébastien Chenu.

Les affrontements entre le Hamas et Israël avaient fait vendredi matin plus de 100 morts à Gaza, enclave palestinienne sous blocus israélien contrôlée par le Hamas, et huit côté israélien, et ne montrait aucun signe d'apaisement.

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