Manifestation des policiers : "des choses qui ont été dites sont insupportables pour moi", dénonce Eric Dupond-Moretti

Manifestation des policiers : "des choses qui ont été dites sont insupportables pour moi", dénonce Eric Dupond-Moretti
Le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti, le 3 mai 2021 à Bobigny.

publié le jeudi 27 mai 2021 à 11h27

Après la manifestations des policiers, encore présente dans les esprits, les policiers retrouvent le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti pour la suite du Beauvau de la sécurité. "a ligne rouge infranchissable, c'est la mise en cause de la République"", les a-t-il prévenus.


"Nous ne sommes pas ici dans une manifestation, nous sommes ici dans une réunion républicaine et je veux être ferme sur un certain nombre de questions". Les syndicats de police, dont le rassemblement la semaine dernière a viré au procès en laxisme de la justice, ont retrouvé jeudi 27 mai Eric Dupond-Moretti dans un Beauvau de la sécurité consacré aux relations avec l'autorité judiciaire.

Hué par les manifestants la semaine dernière, le garde des Sceaux s'est livré à une ferme mise au point en préambule de la réunion. 




Revenant sur les huées dont il avait été la cible et plusieurs autres images marquantes de ce rassemblement de policiers, il déclare, dans des propos relayés par BFMTV : "interpellé à l'Assemblée nationale (...) j'ai dit au fond que l'émotion ne justifiait pas mais pouvait expliquer un certain nombre de débordements qui m'ont déplu". Il ajoute  : "cette scène où l'on voit la justice balayer une scène de crime est indigne. L'expression qui consiste à dire que c'est un coup de com', c'est indigne. Des choses qui ont été dites sont insupportables pour moi". 

Face aux syndicats de police, Eric Dupond-Moretti recadre : "La liberté syndicale n'est pas totale. Elle est essentielle, elle est importante, il faut prendre en compte les revendications qu'elle exprime mais pas au nom de la République. Si on dézingue les institutions de la République, alors on dézingue la République". Il prévient : "la ligne rouge infranchissable, c'est la mise en cause de la République".

"Je ne retire en rien ma phrase"

Le jour de la manifestation, Fabien Vanhemelryck, secrétaire général d'Alliance, scandait un slogan virulent, repris par ces collègues "le problème de la police, c'est la justice". Cette formule très virulente clamée de la tribune sous les fenêtres de l'Assemblée nationale, a indigné les magistrats et gêné - sur la forme - plusieurs syndicats de police. Son auteur a depuis assumé un coup médiatique, dénoncé ce jeudi par le Garde des Sceaux : "je ne retire en rien ma phrase. Sans ça, on aurait parlé de notre rassemblement deux heures et le lendemain c'était oublié". Une autre image a choqué : celle d'une mise en scène lors de laquelle un délinquant tire sur des policiers qui s'effondrent. Des hommes en blanc, le mot justice inscrit dans le dos, balaient les fausses dépouilles avant que le faux délinquant ne tire à nouveau sur d'autres policiers. 

Pas de divorce entre la police et la justice

Depuis, Gérald Darmanin et Eric Dupond-Moretti se sont employés à ne pas laisser accroire à un divorce entre la police et la justice. Ce jeudi, Gérald Darmanin a déclaré à l'ouverture de la réunion : "la justice et la police fonctionnent ensemble, ce n'est pas un duel, c'est un duo", a souligné dans son propos liminaire Gérald Darmanin, qui co-anime ce Beauvau de la sécurité". 

"Le problème de la police, c'est la faiblesse des moyens de la justice", avait déjà justifié le ministre de l'Intérieur dans une interview au Parisien. "La justice sans la police, c'est l'impuissance", avait répondu en echo le ministre de la Justice au Journal du dimanche. Tous deux candidats aux régionales dans les Hauts-de-France, ils ont d'ailleurs mis en scène leur bonne entente sur Twitter avec une photo les montrant en train de travailler, notamment à la "préparation du Beauvau de la sécurité".  

Les relations police-justice, premier chantier du Beauvau

Hasard du calendrier, cette grande consultation sur la police et la gendarmerie, interrompue en mars par la crise sanitaire, reprend avec une table ronde consacrée aux relations police-justice, un "chantier" imposé par le syndicat Alliance. Les syndicats, après leur démonstration de force dans la rue, comptent pousser jeudi leurs revendications pour davantage de sévérité contre les agresseurs de policiers, dans le cadre plus feutré des salons du ministère de l'Intérieur.

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