Manifestation contre la loi "sécurité globale" : un photographe syrien blessé à Paris

Manifestation contre la loi "sécurité globale" : un photographe syrien blessé à Paris
Le photographe syrien Ameer al Halbi a été blessé lors de la manifestation à Paris contre la loi "sécurité globale" et les violences policières.

, publié le dimanche 29 novembre 2020 à 13h30

Reporters sans frontières a dénoncé samedi des violences policières "inacceptables" contre Ameer al Halbi, "blessé au visage par un coup de matraque". 

Plus de 130.000 personnes, selon le ministère de l'Intérieur, 500.000 selon les organisateurs, ont défilé samedi 28 novembre dans une centaine de villes de France contre le texte de loi "sécurité globale" et les violences policières, des affrontements parfois violents émaillant certaines manifestations notamment à Paris. 



62 blessés ont été enregistrés parmi les forces de l'ordre (39 en province et 23 à Paris), a précisé dimanche le ministère.

Deux manifestants, qui ont fait un signalement auprès de l'Inspection générale de la police (IGPN), ont été blessés en province, selon la police. A Paris, un bilan des blessés du côté des manifestants n'était pas encore réalisé. Un photographe syrien indépendant, Ameer al Halbi, 24 ans, qui couvrait la manifestation place de la Bastille à titre indépendant, "a été blessé au visage par un coup de matraque". Le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire, a dénoncé samedi soir sur Twitter des violences policières "inacceptables" contre ce collaborateur de Polka Magazine et de l'AFP.




"Toute notre solidarité envers Ameer Al Halbi. Ces violences policières sont inacceptables. Ameer est venu de Syrie en France pour s'y réfugier, comme d'ailleurs plusieurs autres journalistes syriens. Le pays des droits de l'homme n'a pas à les menacer, mais à les protéger", a encore tweeté M. Deloire.

L'agence de presse AFP a demandé une enquête. 

"Il ne comprenait pas 'pourquoi c'était mal de faire des photos'"

Il a également mis en ligne une photo du photographe, tête bandée, nez encore ensanglanté, sur un lit d'hôpital, un cliché signé par la photojournaliste indépendante Gabrielle Cezard. Elle se trouvait aux côtés d'Ameer Al Halbi et dit l'avoir perdu de vue au moment d'une charge de la police dans une petite rue. 

"Nous étions identifiables comme photographes et tous collés à un mur. On criait 'presse! presse!'. Il y avait des jets de projectiles du côté des manifestants. Puis la police a mené une charge, matraque à la main", a-t-elle raconté à l'AFP."Ameer était le seul photographe qui ne portait ni casque, ni brassard. Je l'ai perdu de vue puis je l'ai retrouvé entouré de gens, le visage tout ensanglanté et enveloppé de pansements", a-t-elle affirmé. "Il était psychologiquement très touché, il a pleuré, et a dit qu'il ne comprenait pas 'pourquoi c'était mal de faire des photos'", a poursuivi la photographe. 

Selon Dimitri Beck, directeur de la photographie de Polka qui suit Ameer depuis son arrivée en France il y a près de trois ans, le photographe a eu le nez cassé et a été blessé à l'arcade sourcilière. Il a été transporté à l'hôpital Lariboisière. 

Ameer al Halbi, qui a remporté plusieurs prix internationaux, notamment le 2e prix de la catégorie "Spot News" pour le World Press Photo en 2017, a couvert pour l'AFP les combats et les ravages dans sa ville d'Alep, en plein conflit syrien. A Bayeux (qui célèbre chaque année les correspondants de guere), il a remporté le prix du "Regard des jeunes de 15 ans" pour un cliché pris pour l'AFP montrant deux hommes, serrant chacun un nourrisson dans leurs bras et marchant dans une rue d'Alep en ruines. A Paris, il a notamment suivi une formation à l'école de photos Speos.
 

Vos réactions doivent respecter nos CGU.