Maltraitance animale: images et témoignage choc de L214

Maltraitance animale: images et témoignage choc de L214
L'association L214 a diffusé jeudi de nouvelles images choc de maltraitance, cette fois dans un élevage de porcs de l'Yonne

publié le jeudi 19 août 2021 à 18h43

L214, l'association de défense des animaux utilisés comme ressources alimentaires, a diffusé jeudi de nouvelles images choc de maltraitance, cette fois dans un élevage de porcs de l'Yonne, et un témoignage inédit, à visage découvert, d'un ancien employé lanceur d'alerte.

"Ils coupent les queues à vif et font les castrations à vif (...) Si un (porcelet) boîte, ils le prennent et le claquent par terre. Des fois, on le voit encore bouger dans le seau", témoigne Grégory Boutron, face caméra à visage découvert, une première pour un lanceur d'alerte dans une porcherie incriminée. 

Ancien employé pendant deux ans et deux mois de l'élevage SCEA des Tremblats II à Annay-sur-Serein (Yonne), Grégory Boutron a récemment démissionné de son poste après être tombé en dépression à la suite des maltraitances qu'il a pu constater.

Le ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation Julien Denormandie a condamné "des pratiques inacceptables relayées par ces images", a rapporté le ministère dans un communiqué.

L'ancien employé, qui dit n'avoir "jamais vu un contrôle" en deux ans et deux mois passés dans cet élevage, indique avoir alerté le directeur sur le sujet mais, face à son inaction, il a porté plainte à la gendarmerie puis saisi L214. 

Le procureur de la République à Auxerre, Hugues de Phily, a confirmé à l'AFP ce dépôt de plainte, datant de février, et l'ouverture d'une enquête préliminaire confiée à la gendarmerie ainsi qu'aux services vétérinaires.

"Je voudrais que le responsable ne travaille plus dans ce domaine-là et que la boîte soit fermée car ça ne s'arrêtera jamais", déclare l'ancien employé. 

Les vidéos, prises avec son téléphone portable, montrent des truies tuméfiées par des coups de tournevis sur tout le corps, ou agonisant sur le sol en béton de l'élevage, ainsi que des jeunes truies dont les dents sont coupées à la tenaille.

Contactée par l'AFP, l'interprofession Inaporc n'a pas souhaité faire de commentaires dans l'immédiat, affirmant être "pleinement mobilisée pour comprendre ce qui s'est passé sur cet élevage".

La porcherie est un élevage intensif de 1.800 truies, le triple de la moyenne française. Elle est gérée par le groupe Provent-SDPR qui exploite directement ou indirectement une centaine de porcheries, selon L214. Contactée, la direction de la société, basée en Savoie, n'a pas réagi aux accusations de L214.

Joint par l'AFP, Sébastien Arsac, directeur des enquêtes et porte-parole de L214, indique que l'association a porté plainte mercredi, dénonçant de "nombreuses infractions à la réglementation".

L'association demande des sanctions contre l'élevage mais également l'interdiction de la coupe à vif des queues et du claquage des porcelets: ceux qui sont jugés les moins rentables sont assommés violemment tout juste après leur naissance. Cette opération est censée les tuer rapidement mais c'est loin d'être toujours le cas, selon L214.

Dans un communiqué, la préfecture de l'Yonne indique que l'exploitant de la porcherie a été "mis en demeure" à la suite d'une inspection de l'élevage, le 1er juin, et la constatation de "non-conformités".

"Si l'inspection réalisée en juin n'a pas mis en évidence de situation ou de comportement inacceptable tels que ceux montrés dans les vidéos et relevant d'actes de cruauté (coups et blessures portés avec des tournevis et matadors, utilisation abusive de piles électriques, réduction des coins à la tenaille sans prise en charge de la douleur...), des investigations complémentaires vont être menées", a indiqué le ministère.

Il souhaite que l'enquête diligentée permette de "sanctionner les dérives ou manquements avérés aux règlements en vigueur."

Ce contrôle inopiné, réalisé par les services vétérinaires de la Direction départementale de l'emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations (DDETSPP), "faisait suite à un signalement déposé à la gendarmerie", a précisé la préfecture. 

"La DDETSPP a informé l'exploitant qu'une nouvelle inspection serait menée pour vérifier la mise en conformité de son élevage", selon la préfecture, qui assure de la "pleine mobilisation" des services vétérinaires de la DDETSPP.

La castration à vif des porcelets sera interdite en France dès le 1er janvier 2022, a rappelé le ministère.

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