L'hôtel italien où s'est réfugié Matzneff perquisitionné mercredi

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Gabriel Matzneff photographié le 10 avril 2014 à Paris
Gabriel Matzneff photographié le 10 avril 2014 à Paris
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© AFP, Jacques DEMARTHON

, publié le jeudi 27 février 2020 à 14h02

L'hôtel italien situé près de la frontière française où s'est réfugié Gabriel Matzneff a été perquisitionné mercredi dans l'enquête pour "viols sur mineur" de moins de 15 ans qui vise l'écrivain, a appris jeudi l'AFP de source judiciaire française.

Gabriel Matzneff, 83 ans, qui s'est réfugié à Bordighera, sur la côte ligure, depuis le début de l'affaire, est soupçonné d'avoir emporté avec lui des archives utiles à l'enquête, a précisé une source proche du dossier. 

L'enquête a été ouverte le 3 janvier, au lendemain de la parution du roman autobiographique "Le consentement" de Vanessa Springora. Elle y dénonce sa relation sous emprise avec l'écrivain alors qu'elle était mineure, dans les années 80.

La perquisition a été menée par la police italienne sous l'autorité du parquet de Gênes, en présence d'enquêteurs français de l'office central de répression des violences aux personnes (OCRVP), dans le cadre d'une demande d'entraide européenne du parquet de Paris.

Une perquisition avait déjà eu lieu à Paris à son domicile le 13 février.

Les enquêteurs s'intéressent à différents écrits de Matzneff afin de rechercher de potentielles victimes : l'écrivain a raconté de manière quasi quotidienne ses activités dans ses journaux publiés qui concernent les années 1953 à 1988 puis 2007 à 2018.

Dans ses "Carnets noirs", parus en 2009, Gabriel Matzneff relevait que manque à l'appel son "journal intime de 1989 à 2006 (...), dix-huit années où je pétais le feu, ai vécu mille aventures, prenais beaucoup de notes".

Dans un ouvrage ultérieur, "La Jeune Moabite", paru en 2017, il expliquait que ces pages étaient "présentement enfouies dans le coffre-fort d'Antoine Gallimard". Les éditions Gallimard ont fait l'objet d'une perquisition le 12 février.

Gabriel Matzneff racontait aussi que n'étaient pas parues "deux cents pages censurées" pourtant "prêtes à la publication" de certains journaux intimes concernant les années 1974 à 1986. Dans un entretien avec l'ex-site Biffures, en 2008, l'auteur expliquait cette "autocensure" car ces passages risquaient d'être "jugés spécialement scandaleux".

L'écrivain a confié une large partie de ses archives, y compris des lettres qui lui étaient adressées ou des photos, à l'Institut Mémoires de l'édition contemporaine, en périphérie de Caen. Ces documents ont fait l'objet d'une "demande de transmission", selon la source judiciaire.

Gabriel Matzneff, qui revendiquait dans ses livres son attirance pour les "moins de 16 ans" et pour le tourisme sexuel avec de jeunes garçons en Asie, a pendant longtemps été toléré voire encensé dans le monde littéraire parisien.

Selon une autre source proche du dossier, les enquêteurs s'intéressent aussi à Christian Giudicelli, son éditeur au sein de Gallimard et compagnon de voyage aux Philippines.

Dans le cadre de cette enquête, un appel à témoins a été diffusé le 11 février. Le procureur de Paris Rémy Heitz a expliqué qu'il s'agissait d'éviter qu'il y ait "des victimes oubliées".

Gabriel Matzneff a affirmé fin janvier "regretter" ses pratiques pédophiles passées en Asie, tout en faisant valoir qu'"à l'époque", "jamais personne ne parlait de crime".

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