Mai-68: cinquante ans après, une histoire toujours difficile à commémorer

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 Manifestation de grévistes le 29 mai 1968 à Paris, à l'appel de la CGT

Manifestation de grévistes le 29 mai 1968 à Paris, à l'appel de la CGT

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© AFP, JACQUES MARIE
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AFP, publié le jeudi 15 mars 2018 à 14h18

Commémorer, sans récupérer, un événement largement perçu comme positif autant qu'il fut une révolution ratée: le cinquantenaire de Mai-68 donne lieu à une foultitude d'événements culturels et scientifiques, mais échappe encore au pouvoir, incapable de l'embrasser.

Du mouvement du 22 mars de la fac de Nanterre à l'évacuation de la Sorbonne mi-juin, en passant par la grève générale de mai, "Mai-68, c'est un tout", rappelle Christian Delporte, professeur d' histoire à l'université de Versailles-Saint-Quentin, selon qui, "commémorer, c'est-à-dire rendre hommage, est une idée un peu saugrenue".

Pourtant, dans la seule capitale et sa banlieue, plus d'une trentaine d'expositions, représentations de théâtre, concerts, débats ou colloques sont programmés, de l'université de Nanterre au Centre Pompidou.

"Un engouement incroyable", résume l'historienne Ludivine Bantigny, de l'université de Rouen, auteur de nombreux articles sur les événements de mai et qui a publié en janvier "1968, de grands soirs en petits matins" (Seuil). Des dizaines d'ouvrages et d'articles doivent également sortir d'ici mai, témoignage d'un intérêt massif et croissant des chercheurs au plus grand mouvement social français du XXè siècle.

"Mai-68 a concerné toute la société française", rappelle Christian Delporte, "dans toutes ses composantes, il y a une mémoire de 68 dans toutes les familles".

Cinquante ans après les barricades du quartier latin et l'occupation des usines Renault, les Français ont d'ailleurs tranché: 79% d'entre eux reconnaissent au mouvement des conséquences positives, selon un sondage Harris-Interactive paru début février.

"Cela contraste avec plusieurs politiques ou intellectuels qui se sont appliqués à dénoncer 68", s'enthousiasme Boris Gobille, maître de conférences en sciences politiques à l'ENS Lyon et spécialiste de la période, en visant par exemple Alain Finkielkraut ou l'ex-ministre de l'Éducation Luc Ferry.

Car chez les politiques français, le sujet demeure toujours clivant: dans un discours de campagne, en 2007, Nicolas Sarkozy voulait "liquider l'héritage de Mai-68", responsable selon lui d'un "relativisme intellectuel et moral". Cinq ans plus tard, François Hollande saluait au contraire "les piétons de Mai-68, qui marchaient la tête dans les étoiles et avaient compris qu'il fallait changer".

- L'impossible consensus -

Tout est politique? En tout cas pas la commémoration de l'événement, que le pouvoir politique a finalement renoncé à organiser.

"En le commémorant, on donne le sentiment d'une forme de récupération", estime Boris Gobille, en pointant l'impossible consensus, même à réduire la célébration à ses seuls contours festifs et libertaires.

A l'automne, il s'agissait pourtant, "sans dogme, ni préjugés", de "réfléchir sur ce moment et en tirer des leçons qui ne soient pas +anti+ ou +pro+", avait expliqué l'entourage du président de la République, qui constatait que "nous n'avons plus vraiment d'utopies et vécu trop de désillusions".

L'idée a été abandonnée un mois plus tard.

"Certains modes d'action ont flirté avec l'illégalisme: c'est difficilement appréciable pour n'importe quel pouvoir", observe Boris Gobille. Sa collègue Ludivine Bantigny abonde: "Que l'État imagine une seule seconde commémorer une grève générale, avec des occupations, dans une logique opposée à celle du marché, tout de même..."

Emmanuel Macron, né neuf ans après les événements, ne songeait-il qu'au 68 de la libération des mœurs, "un Mai-68 romantique", sociétal, "une vision extrêmement superficielle, mélange de candeur et de méconnaissance, qui ne sont que les clapotis de la vague", comme le suggère l'universitaire? "Peut-être", répond-elle.

En juillet 2015, le ministre de l'Économie Macron estimait pourtant dans l'hebdomadaire Le 1 que "l'erreur de beaucoup", à propos de 68, "avait été de se laisser intimider par la brutalité du moment, d'accepter de ne pas dire et de ne pas agir", conviction qu'il avait tirée de ses entretiens avec le philosophe Paul Ricœur, prof à Nanterre en 68.

Mais dès lors, commémorer quoi? "Est-ce que ça rentre dans la construction de la République? Au fond, 68, c'est une révolution qui n'a pas réussi, un immense échec", résume Christian Delporte.

A défaut de célébrer 68, le pouvoir va ouvrir ses archives: l'une des expositions les plus attendues présentera aux Archives nationales les événements de mai et juin 68 vus par la présidence de la République, le gouvernement, les administrations centrales ou la Cour de sûreté de l'État, qui cherchaient à endiguer la contestation.

"Il faut faire les choses sans émotion", résume Christian Delporte. "Or, la commémoration, c'est d'abord les émotions".

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77 commentaires - Mai-68: cinquante ans après, une histoire toujours difficile à commémorer
  • MAI 1968, le plus gros "pétard mouillé" de l'Histoire de France, que l'on s'efforce d'élever au rang de Révolution... La France y a perdu de gros avantages péniblement acquis, pour "adopter" un système qui n'était qu'un amalgame d'utopies, avec un slip ou un soutien-gorge au bout d'une (pseudo) pique. Ce qui est plus grave c'est que cinquante ans après nous payons encore pour ce déni des évidences, on ferait mieux de tirer un trait sur cet épisode indigne de la France et des Français...

  • Comment commémorer une aberration, un coup d'épée dans l'eau très vite anéanti par l'inflation. De plus il s'en est suivi un changement de mentalité, dont la conséquence est le chômage d'aujourd'hui.

  • Il ne faut pas d'abord ai 68 a été d'abord déclenché par des gosses de riches qui crachaient dans la soupe. Ensuite le monde ouvrier s'y est mis pas pour les mêmes raisons. sI les acquis comme augmentation de salaire et amélioration des conditions de travail étaient bienvenus et nécessaire, nous y avons perdu beaucoup en valeurs morales et dégradation des moeurs. La société d'aujourd'hui en paie les pots cassés

  • mais vous voulez commémorer quoi ? ça devient débile cette obsession ,je suis soixante huitarde j'ai vécu cette époque donc je sais de quoi je parle mais je ne comprends pas ce que Macron veut faire ! quel intérêt si peut être un c'est qu'on pourrait vu les circonstances actuelles refaire mai 68 en 2018 si Macron ,n'entend pas de colère il aurai du venir défiler avec nous hier ,il plane un peu trop

  • voila 50 ans et cela reprend en plus beau le president des riches est fini
    la csg pour les retraités , les 80 kms h, les controles techniques, l'augmentation du gasoil,
    et tout et tout MACRON LE PRESIDENT QUE DES RICHES

    Hahaaaaaaa
    4 ponts au mois de mai ,
    les autoroutes seront bondées de petits moutons Français