Lutte antiterroriste: l'exécutif mise sur la coordination entre les services

Lutte antiterroriste: l'exécutif mise sur la coordination entre les services
Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner à l'Elysée le 6 février 2019 à Paris

AFP, publié le lundi 18 février 2019 à 21h56

C'est un vieux credo des différents gouvernements: forcer les services à mieux travailler ensemble dans la lutte antiterroriste. Quatre ans après le début de la vague d'attaques jihadistes qui a endeuillé la France, l'exécutif estime en avoir terminé avec ce chantier.

"Toute rétention d'information est coupable, tout cloisonnement est dangereux", a martelé lundi Christophe Castaner dans les locaux de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).

Depuis Bernard Cazeneuve, premier des ministres de l'Intérieur a avoir été confronté à la résurgence d'attentats sanglants dans l'Hexagone, ce mantra est régulièrement répété par les différents locataires de la place Beauvau.

En inaugurant un nouvel état-major interservices installé dans les locaux de la DGSI, M. Castaner estime avoir mis "la dernière pièce d'une architecture de confiance entre les services avec un objectif: prévenir et combattre le terrorisme". A rebours de la traditionnelle culture du secret et du cloisonnement des services de renseignement.

Sera-t-il suffisant pour éviter les "trous dans la raquette" et les polémiques qui ressurgissent à intervalles réguliers à chaque attentat?

Cet état-major permanent (Emap) nouvellement constitué réunit treize services du premier et du second cercle du renseignement ainsi que des services de police judiciaire (DGSE, DRM, Sdat, etc). Un tour de table inédit.

Le but? Faciliter la mise en commun des informations mais aussi la désignation d'un service "leader" sur tel dossier. "C'est un gain de temps et d'efficacité indéniable en période de post-attentat par exemple, mais évidemment au quotidien pour toutes les menaces dont les services sont saisis et pour lesquels nous devons faire des vérifications", commente une source à la DGSI.

Sa création avait été annoncée par le Premier ministre en juillet 2018 lors de la présentation du premier plan d'action contre le terrorisme (PACT) de la présidence d'Emmanuel Macron.

Autre outil, un comité de pilotage opérationnel (CPO) se réunira chaque semaine. Il rassemble des représentants des 13 services de l'Emap mais aussi un représentant de la "task force" de l'Élysée et de la section antiterroriste du parquet de Paris.

- "Chef de file" -

"Il ne faut pas laisser penser que les services ne communiquaient pas", tempère toutefois le secrétaire d'État à l'Intérieur Laurent Nuñez, ex-patron de la DGSI.

Outre des relations bilatérales, à l'été 2015 avait mis en place la cellule Allât, qui réunissait plusieurs services avec une vocation très opérationnelle axée sur le sujet irako-syrien.

Celle-ci continuera d'exister en dépit du nouvel état-major permanent. Au niveau local, les services discutent dans les groupes d'évaluation départementaux (GED) du suivi des personnes radicalisées. 

Le renforcement de la coordination des services de renseignement était l'une des promesses du programme sécuritaire d'Emmanuel Macron qui avait annoncé durant la campagne ne pas vouloir bouleverser les structures de l'antiterrorisme français.

Le chef de l'État avait créé dès juin 2017 une coordination nationale du renseignement et de la lutte contre le terrorisme (CNRLT) baptisée "task force". Mais il avait ensuite, en juillet 2018, choisi de faire de la DGSI le "chef de file" de la lutte contre le terrorisme dans l'Hexagone.

La descendante de la DST, l'ancien contre-espionnage français dont les effectifs et les moyens ont considérablement gonflé sous les quinquennats Hollande et Macron, se retrouve désormais en première ligne dans la lutte contre le terrorisme en France alors que de nouveaux nuages s'accumulent dans un proche horizon: hypothèse d'un prochain retour de jihadistes actuellement détenus par les forces kurdes syriennes (FDS) et sorties en France de détenus condamnés pour des faits de terrorisme.

D'ici à la fin 2019, près d'une quarantaine devraient sortir de détention.

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