Lubrizol: plus de 5.000 tonnes de produits détruits, près de 2.000 manifestants à Rouen

Chargement en cours
Manifestation à Rouen le 1er octobre 2019
Manifestation à Rouen le 1er octobre 2019
1/4
© AFP, LOU BENOIST

AFP, publié le mardi 01 octobre 2019 à 21h49

"Lubrizol coupable, l'État complice": quelque 2.000 manifestants dont plusieurs parlementaires, ont réclamé la vérité mardi sur l'incendie de l'usine chimique Lubrizol à Rouen, au cours de laquelle plus de 5.000 tonnes de produits chimiques sont partis en fumée.

"Nos enfants en danger", "le préfet doit sauter", scandaient les manifestants, partis du palais de justice en direction de la préfecture de Normandie. "Ils cachent la vérité, à nous tous d'enquêter", lisait-on aussi sur une affiche brandie par une manifestante, tandis qu'une banderole réclamait le retour d'un "air normalement pollué".

La préfecture de Seine-Maritime a publié dans la soirée la liste des 5.253 tonnes de produits chimiques qui ont brûlé dans l'incendie de l'usine jeudi dernier, conformément à la promesse faite par le Premier ministre Édouard Philippe mardi après-midi devant l'Assemblée nationale. "Tous les produits ne sont pas dangereux", a assuré la préfecture.

Un peu plus tôt, le préfet Pierre-Yves Durand avait d'ores et déjà exclu devant la presse tout "risque" lié à l'amiante au vu des premières analyses, tout en évoquant 160 fûts "en état délicat" qui attendent toujours d'être évacués.

"Vous mentez, monsieur le Préfet!", a rétorqué dans un communiqué l'Association nationale de défense des victimes de l'amiante (Andeva). "L'important est ce qui s'est passé dans la colonne de fumée où une masse de fibres d'amiante a voyagé avec les suies."

Les agences publiques chargées des risques industriels (Ineris) et de la santé (Anses) vont être consultées sur l'éventualité de rechercher de nouveaux produits dans les retombées, a annoncé la ministre de la Transition écologique Élisabeth Borne.

Le parquet de Rouen, qui s'est dessaisi de l'enquête au profit du pôle de santé publique de Paris, a lui annoncé avoir recensé "plus d'une quarantaine de plaintes" à la suite de l'incendie.

Le parquet a en outre précisé que l'origine du feu était pour l'heure impossible à déterminer "avec certitude". La société Lubrizol avait affirmé lundi que l'incendie avait vraisemblablement commencé à l'extérieur du site, en se basant sur "la vidéosurveillance et des témoins oculaires".

Depuis l'incendie, le gouvernement multiplie les propos rassurants et promet "la transparence" mais sans convaincre. 

Des rapports officiels consultés mardi par Mediapart évoquaient en 2016 la présence dans l'usine Lubrizol de produits "très dangereux pour l'environnement" et "nocifs", et estimaient qu'un incendie pourrait donner lieu à la "formation de substances toxiques". Mme Borne a indiqué mardi qu'une partie des produits avait pu être évacuée jeudi lors de l'incendie par les services de secours.

Le média en ligne écrit également qu'un mur couvre-feu demandé en 2010 à Lubrizol par arrêté préfectoral n'avait pas été construit en 2016. Enfin, une augmentation, début 2019, de l'autorisation de stockage de produits inflammables dans l'usine n'aurait pas, selon Mediapart, fait l'objet d'une procédure spécifique et obligatoire d'autorisation.

- "suspicion généralisée"-

Constatant "le climat de suspicion généralisée", le préfet de Normandie Pierre-André Durand s'est demandé "quel serait l'intérêt des pouvoirs publics de mentir". 

Mardi, à Rouen, l'odeur était encore très marquée dans certains quartiers, a constaté une journaliste de l'AFP. 

Selon le cabinet du maire, mardi cinq à six écoles rouennaises sont "soit fermées car les enseignants ont fait usage de leur droit de retrait, soit ont demandé aux parents de venir chercher leurs enfants quand ils le pouvaient à cause de l'odeur". 

Alors que l'inquiétude se manifeste toujours à Rouen sur les conséquences de l'incendie sur la santé et l'environnement, un nouvel incident s'est produit dans une autre usine Seveso classée seuil haut située dans l'agglomération. 

La préfecture a annoncé la "mise à l'arrêt" de cette usine Borealis, qui produit des engrais, en raison d'un incident sur l'alimentation électrique.


Selon Guillaume Blavette, représentant France Nature environnement au Conseil départemental de l'environnement et des risques (Coderst), Borealis contient "la plus grande cuve d'ammoniac d'Europe". "Il y a de quoi vitrifier la moitié de Rouen", a-t-il dit.

Sur le front judiciaire, l'association Respire a notamment engagé lundi soir un référé-constat auprès du tribunal administratif de Rouen pour obtenir la nomination d'"un expert afin de constituer les éléments du dossier de manière contradictoire", a expliqué à l'AFP Me Corinne Lepage.

Côté police, Yan Bertrand, secrétaire du syndicat Unité SGP police Seine-maritime, a indiqué avoir saisi le préfet. "Nous voulons savoir si toutes les dispositions ont été prises pour assurer la sécurité des fonctionnaires qui sont intervenus au moment du sinistre". 

Des avocats rouennais ont décidé d'organiser "des consultations gratuites spécifiques" sur l'incendie. A titre personnel, plusieurs d'entre eux ont aussi porté plainte.   

Au moins 1.800 agriculteurs ont été touchés par les suies de l'incendie de l'usine Lubrizol, selon le ministère de l'Agriculture. Les premières indemnisations pourraient intervenir sous une dizaine de jours.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.