Loi Travail : "Je souhaite le bien de mon pays" assure Myriam El Khomri

Loi Travail : "Je souhaite le bien de mon pays" assure Myriam El Khomri
La ministre du Travail Myriam El Khomri le 3 mai 2016 à l'Assemblée nationale.

Orange avec AFP, publié le mardi 03 mai 2016 à 20h07

Après des semaines de polémique, l'Assemblée nationale a débuté ce mardi 3 mai l'examen du projet de loi Travail. Un texte "de progrès" selon Myriam El Khomri.

Alors que son projet de loi sur la réforme du travail fait l'objet d'une forte contestation, Myriam El Khomri a vanté ce mardi, à l'ouverture des débats à l'Assemblée nationale, un texte "de progrès" dont la vocation est de faire "du bien" au pays. "Je souhaite le bien de mon pays, je souhaite que cette loi fasse du bien à mon pays", a lancé la ministre du Travail à la fin d'un discours souvent assez personnel d'une trentaine de minutes, devant un hémicycle assez fourni et sous la présidence de Claude Bartolone (PS).

"Je suis une femme de gauche (...) Mes convictions, je ne les trahis pas" et "nous pouvons être fiers de ce texte", a-t-elle insisté, en appelant les députés à soutenir un texte "juste et nécessaire". Disant appartenir, à 38 ans, à une "génération" qui s'est construite dans un environnement de "crise, du chômage de masse, de montée des inégalités", elle a fait valoir avoir "suffisamment manifesté" pour "entendre et accepter aujourd'hui l'écho" de la rue.



"Nous aimons les syndicats, et nous aimons les entreprises", a aussi assuré la ministre. "Ce débat a sans doute été lesté de malentendus, d'erreurs même; je le regrette et j'y prends toute ma part", a-t-elle concédé, tout en brocardant des "caricatures" sur un texte qui serait synonyme aux yeux de certains d'un "retour au XIXème siècle" ou porterait un "relent de soviétisme". Mme El Khomri s'est placée dans le "sillon politique et culturel" des lois Auroux de 1982 concernant la place donnée au dialogue social, et a cité Pierre Mendès France, pour qui "parler le langage de la vérité, c'est le propre des véritables optimistes". Rappelant, sous quelques huées à droite, qu'"un quinquennat, cela dure cinq ans", elle a déclaré que "bien sûr nous aurions pu renoncer et choisir le confort de l'inertie" mais "mieux vaut être jugé sur une audace que sur une posture". "Ce projet de loi, personne ne nous l'a imposé" et le président "l'a voulu comme le produit d'une analyse sans concession de notre monde du travail et de sa législation", a-t-elle affirmé. Elle a appelé à "parler du texte, enfin", et à "un débat loyal et éclairant" durant deux semaines. "Ne manquons pas ce rendez-vous", a-t-elle exhorté.



- Une "loi CGT, Unef, Nuit Debout..." -

Le chef de file des députés du Front de gauche André Chassaigne a ensuite demandé une suspension de séance après ce qu'il a qualifié de "péroraison en pleine stratosphère".

-@AndreChassaigne demande une suspension de séance #DirectAn #LoiTravailhttps://t.co/0WboxKDelo

— LCP (@LCP) 3 mai 2016


Puis est venu le tour du rapporteur Christophe Sirugue (PS), qui a promu "un texte avec des progrès, des droits nouveaux", en citant notamment la sécurité sociale professionnelle "dont tout le monde nous parle depuis des années" avec le Compte personnel d'activité (CPA), la prise en compte de l'enjeu du travail détaché, les droits aux congés payés supplémentaires, ou encore le droit à la déconnexion. "Il y a encore des débats", a-t-il ajouté au sujet de la question des licenciement économiques et du périmètre d'évaluation des difficultés des groupes, les forfaits jours, la taxation des CDD, ou la représentativité patronale. Mais, "nous pouvons être fiers de porter ce texte", a-t-il dit.



De son côté, le député Les Républicains Jean-François Copé a dénoncé les "reculades" du gouvernement aboutissant à une "loi CGT, Unef, 'Nuit debout'" qui "rigidifie" le Code du travail, en défendant au nom des députés LR une motion de rejet préalable du projet de loi travail. "Ce texte est une illusion sur l'objectif, le fond et les effets" a-t-il déploré, réclamant son retrait.



- La motion de rejet Les Républicains rejetée -

Malgré les contestations, l'Assemblée n'a pas adopté la motion de rejet préalable du projet de loi Travail défendue par le groupe Les Républicains, au début des débats en première lecture dans l'hémicycle. Seuls 105 députés (LR, UDI, Front de Gauche, un apparenté PS, une écologiste) ont voté en faveur de cette motion qui avait été présentée par Jean-François Copé, tandis que 200 se sont prononcés contre (PS, radicaux de gauche et une grande majorité des écologistes).

Sept se sont abstenus, dont quatre écologistes, au nombre desquels l'ancienne ministre Cécile Duflot, ou l'ex-socialiste Pouria Amirshahi. Les députés FN n'ont pas pris part au vote. Orateur du Front de Gauche, Nicolas Sansu a justifié le vote de son groupe par la volonté de se servir de cette motion de droite comme d'un "vecteur de notre demande de retrait" du texte. Le Front de gauche n'avait pu déposer sa propre motion sur un texte jugé de "régression sociale", en raison de sa représentativité moins importante, selon son chef de file, André Chassaigne.

Au nom des écologistes contestataires, Eva Sas a indiqué qu'ils voteraient en revanche la motion de renvoi en commission du projet de loi El Khomri, car "une réforme est nécessaire, mais pas celle-ci". Mais, peu après, les députés ont aussi repoussé cette motion de renvoi du texte en commission, par 177 voix contre 99.

Défendant la motion, Isabelle Le Callennec (LR), a plaidé pour que le texte soit retravaillé "en commission spéciale", plus large que les seules Affaires sociales, avec des députés de la majorité et de l'opposition, évoquant notamment les espoirs "déçus" des employeurs par rapport à la version initiale. L'UDI a aussi plaidé, en vain, pour un tel renvoi en commission, estimant que toutes les évolutions du texte s'étaient faites au détriment de la flexibilité pour les entreprises. Les députés du Front de gauche ont fait de même, mais en réaffirmant leur souhait du "retrait pur et simple de cette loi". En revanche, les radicaux de gauche ont voté contre, comme les écologistes "réformistes". Et, au nom des élus socialistes, le député Michel Issindou a mis en avant les "27 heures de débat" ayant déjà eu lieu en commission.

Les débats sur le projet de loi "visant à instituer de nouvelles libertés et de nouvelles protections pour les entreprises et les actifs" sont programmés jusqu'au 12 mai avec quelque 5.000 amendements. Le vote global est prévu le 17 mai.

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