Logements insalubres : le cri d'alarme de Saint-Denis au gouvernement

Logements insalubres : le cri d'alarme de Saint-Denis au gouvernement
L'incendie d'un appartement avait fait 5 morts le 6 juin à Saint-Denis.

Orange avec AFP, publié le lundi 20 juin 2016 à 19h05

- Deux semaines après une série d'incendies, dont l'un a coûté la vie à cinq personnes, la mairie de Saint-Denis en appelle au gouvernement et réclame l'organisation d'un "comité interministériel" dans le but d'améliorer l'arsenal législatif et judiciaire destiné à "lutter contre les marchands de sommeil". -

Confrontée à des drames à répétition, la ville de Saint-Denis a entrepris une guerre difficile contre les gérants de logements insalubres qui pullulent sur son territoire.

"Nous sommes engagés dans une course contre la montre contre les marchands de sommeil et les propriétaires négligents mais les moyens législatifs et judiciaires ne sont pas à la hauteur : il faut être beaucoup plus organisé pour mener cette bataille", estime Stéphane Peu, adjoint au logement de la municipalité PCF, ce lundi 20 juin.

Le maire PCF, Didier Paillard, a de son côté indiqué avoir adressé un courrier à la ministre du Logement, Emmanuelle Cosse, et au garde de Sceaux, Jean-Jacques Urvoas, dans lequel il demande la tenue à l'automne d'un comité interministériel impliquant aussi des représentants de l'Intérieur et de la Santé. La mairie a également formulé dix propositions pour "alimenter l'action gouvernementale". Premier axe : le renforcement des effectifs policiers dédiés à la lutte contre l'habitat indigne. La municipalité déplore en effet le nombre insuffisant d'agents spécialisés dans le domaine : quatre aujourd'hui en Seine-Saint-Denis, pour 90.000 logements concernés (selon la mairie). Didier Paillard insiste également sur la nécessité de délocaliser des enquêtes du parquet de Bobigny, débordé, vers Paris, mettre en œuvre le "permis de louer" prévu par la loi Alur (pour l'accès au logement et un urbanisme rénové) ou encore renforcer des moyens de l'Agence régionale de Santé.

SEULEMENT NEUF CONDAMNATIONS

À Saint-Denis, 8.000 logements sont considérés insalubres pour une population de 110.000 habitants. La mairie déplore n'être parvenue à faire condamner "que neufs marchands de sommeil". Le 6 juin, une femme, ses trois enfants et une amie de la famille mourraient dans l'incendie d'un immeuble. L'homme qui a reconnu être à l'origine de l'incendie a été mis en examen et écroué. Ce drame avait été suivi la même semaine par trois autres sinistres accidentels dans la préfecture de Seine-Saint-Denis, proie à de nombreux départs de feu du même genre dans des habitations ne répondant pas aux normes de sécurité.

Cette série noire a relancé le débat sur l'habitat indigne, mis en pleine lumière sept mois plus tôt lors de l'opération antiterroriste de la rue du Corbillon. Le bâtiment, insalubre et exploité en partie par des marchands de sommeil, s'était partiellement écroulé lors de l'assaut policier du 18 novembre contre la planque d'un organisateur présumé des attentats de Paris. En France, plus d'un million de ménages vivent dans des copropriétés "potentiellement fragiles", selon l'Agence nationale de l'habitat. En Île-de-France, Paris en recense le plus grand nombre (150.000), devant la Seine-Saint-Denis (90.000).

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