Les services publics en première ligne des agressions et incivilités

Les services publics en première ligne des agressions et incivilités
(Photo d'illustration)

, publié le samedi 06 février 2021 à 07h00

Les salariés de Pôle emploi, fonctionnaires, personnels des hôpitaux, du fisc, de La Poste ou de la Sécurité sociale sont particulièrement exposés aux agressions et incivilités.

Le meurtre d'une conseillère de Pôle Emploi la semaine dernière à Valence fait ressurgir l'inquiétude dans des services publics confrontés régulièrement à des agressions et incivilités, dont l'ampleur reste souvent inconnue faute de données chiffrées.




Pôle emploi

L'opérateur public a fait état mercredi 3 février à l'issue d'un comité social et économique central (CSEC) consacré au drame de Valence, d'"un peu plus de 9.000 signalements" recensés en 2020 pour des agressions ou incivilités, en soulignant le caractère "atypique" de cette année du fait de la crise sanitaire. C'est moins qu'en 2019 où le chiffre était de plus de 10.000.

Parmi les signalements, moins de 7% concernent des menaces verbales graves et moins de 1% des actes de violence physique, le reste pouvant être des écarts verbaux ou impolitesses.

L'ensemble des signalements représente 0,2% des visites (6,3 millions) en agence et moins de 0,05% des appels téléphoniques (19 millions), a souligné la direction, précisant que ces faits ont débouché sur 233 plaintes en 2020.

L'opérateur va renforcer la sécurité de ses agents, avec notamment "à court terme" la possibilité de recruter des agents de sécurité privée pour contrôler les entrées. Le suivi des signalements d'incidents sera renforcé et simplifié, le dépôt de plaintes sera appuyé plus systématiquement, a aussi indiqué la direction, évoquant également un renforcement de la formation des managers et conseillers ou encore une accélération des diagnostics de sûreté des agences réalisés par les forces de l'ordre.

Fonctionnaires

Les salariés du secteur public sont deux fois plus exposés que ceux du privé, selon la dernière enquête de l'Insee sur les conditions de travail, publiée en juillet sur la base d'une enquête remontant à 2016. Ainsi, 28% des fonctionnaires ont déclaré avoir subi "une agression verbale, physique ou sexuelle de la part du public au cours des douze derniers mois", contre 13% dans le privé. Cette proportion varie toutefois du simple au double entre les collectivités territoriales (20%), les agents de l'Etat (27%) et ceux des hôpitaux (41%).

Le ministère de la Transformation et de la Fonction publiques, interrogé par l'AFP, ne constate pas à ce stade une recrudescence signalée de violences dans le contexte de la crise sanitaire.


Hôpitaux

Le dernier rapport de l'Observatoire national des violences en milieu de santé fait état de 20.330 "atteintes aux personnes" en 2018, signalés par à peine 11% des établissements publics et privés. La gravité des faits va des insultes (32%) et menaces verbales (17%), aux violences physiques et menaces avec arme (49%), jusqu'aux violences avec arme (2%).

La moitié des signalements concerne les services de psychiatrie (18%), d'urgences (16%) et de soins aux personnes âgées dépendantes (USLD et Ehpad, 11%). La plupart des victimes sont des soignants (77%), tandis que la majorité des auteurs de violence sont des patients (71%).

Fisc

Le syndicat Solidaires fait état de "remontées" sur des tensions plus fréquentes dans les trésoreries depuis le début de la crise sanitaire, en raison notamment d'"horaires d'ouverture restreints".

Selon la première organisation des Finances publiques, les agents font l'objet de "prises à parti récurrentes" et sont devenus les "bouc émissaires" d'une partie de la population qui se sent "oubliée", avec "un sentiment d'iniquité très fort".

La Poste

La direction reconnaît que ses salariés sont "confrontés à des actes d'incivilités, comme dans tout établissement recevant quotidiennement du public".

Elle assure toutefois que "dans le contexte particulier de la crise sanitaire actuelle, le nombre d'incivilités déclarées par les postiers est resté stable", sans préciser à quel niveau.

Sécu

L'Assurance maladie et la Caisse d'allocations familiales, contactées par l'AFP, n'ont pas apporté de précisions sur les violences et incivilités dans leurs réseaux. Ces administrations ne sont toutefois pas épargnées : la CGT a ainsi dénoncé une "agression d'une violence inédite" jeudi dernier devant une caisse d'assurance maladie de Marseille.

Selon le syndicat, une "situation conflictuelle" avec un assuré a dégénéré en "insultes, crachats, menaces et tentative d'intrusion" de plusieurs personnes présentes dans la file d'attente, qui ont "roué de coups" un des vigiles. L'incident a entraîné le lendemain un mouvement de grève dans les agences des Bouches-du-Rhône.
 

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