Les responsables musulmans affichent leur "unité" avant la modification de la loi de 1905

Les responsables musulmans affichent leur "unité" avant la modification de la loi de 1905
Ahmet Ogras, aujourd'hui président du Conseil français du culte musulman (CFCM), à Paris, le 8 janvier 2016

AFP, publié le dimanche 09 décembre 2018 à 20h32

Les responsables du culte musulman (CFCM) ont affiché dimanche leur "unité" et leur légitimité, au moment où le gouvernement entend modifier la loi de 1905 pour l'adapter "au monde de 2018".

Réunies en "congrès" dimanche à Paris, les grandes fédérations de mosquées du Conseil français du culte musulman (CFCM) ont ainsi signé une "résolution" mettant en avant leur "attachement à l'unité des musulmans de France".

"Autour du CFCM, institution représentative du culte musulman en France", les fédérations de mosquées "s'accordent à renforcer leurs liens" pour organiser le culte, disent-elles.

Objectif: assurer de leur "unité" et de leur "indépendance" vis-à-vis de l'étranger ou vis-à-vis de l'Etat, en matière d'organisation du culte. 

Ahmet Ogras, le président du CFCM a aussi défendu la légitimité et le bilan d'une instance née en 2003, "perfectible", mais qui est devenue, selon lui "un acteur expert, dont la voix est espérée et parfois réclamée".

Un rappel important au moment où le ministre de l'Intérieur a entamé des consultations avec les différents responsables de tous les cultes sur la loi de séparation des Eglises et de l'Etat.

Cette structure est certes une instance élue, mais sa capacité à représenter la deuxième religion de France (près de 6 millions de fidèles, 2.500 lieux de culte) est souvent contestée.

Elle organisera dans quelques mois des élections internes lors desquelles elle compte s'ouvrir aux femmes, aux jeunes et aux convertis.

- "Lutter contre les idées radicales" -

Présent à la clôture du congrès, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner s'est voulu rassurant parlant "de conforter la loi de 1905 dans le monde de 2018".

Et surtout il a souligné qu'"il ne s'agit pas de faire une loi qui viserait telle ou telle religion".

En effet, de nombreux responsables musulmans avaient exprimé auparavant leurs inquiétudes face aux intentions du gouvernement.

Dalil Boubakeur, recteur de la Mosquée de Paris, a réclamé "le respect de nos statuts actuels" et mis en garde contre toute "ingérence dans le financement du culte". 

"Le CFCM redoute un retour en arrière, inspiré par une vision sécuritaire du culte", a dit M. Ogras. La loi de 1905 "ne doit pas devenir une mesure de sécurité, une +mesure de police+", a-t-il ajouté, mettant en garde contre le risque de la "stigmatisation d'un culte" en particulier.

Pour autant, certaines règles de la loi "ne sont pas, aujourd'hui, suffisamment respectées", a estimé M. Castaner. 

Évoquant des "sanctions désuètes", le ministre a expliqué par ailleurs vouloir "lutter contre les idées radicales".

Sur le plan de "la transparence dans la gestion du culte", il a regretté que les dispositions de la loi de 1905 ne s'appliquent pas au culte musulman, les gestionnaires de ce culte s'étant constitués, dans les faits, et pour la plupart, sous le régime des associations de loi 1901, un régime moins contraignant.

L'objectif du gouvernement est de faire rentrer un maximum d'associations sous le régime de 1905. Pour celles restant sous le régime de la loi 1901, elles seraient soumises à des "obligations de transparence" (contrôle des comptes notamment), a-t-il assuré.

Ces travaux, qui vont prendre "quelques mois", auront "une traduction législative", a-t-il dit. 

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