Les profs sont "épuisés" : il n'y aura pas assez de volontaires pour le dispositif "écoles ouvertes" pendant les vacances

Les profs sont "épuisés" : il n'y aura pas assez de volontaires pour le dispositif "écoles ouvertes" pendant les vacances
Une école à Strasbourg, le 22 juin 2020. (illustration)

, publié le vendredi 03 juillet 2020 à 12h50

Le ministère de l'Éducation espère ouvrir 2.500 établissements pendant l'été, pour accueillir 400.000 élèves.

À la fin d'une année absolument hors norme, 12,4 millions d'élèves français s'apprêtent vendredi 3 juillet à partir en vacances. Mais de nombreux établissements vont rester ouverts pendant l'été et proposer des activités et des remises à niveau, parfois nécessaires après le long confinement qui a paralysé la France au printemps.

Mais si les financements sont largement suffisants, ce sont plutôt les enseignants volontaires qui manquent à l'appel.

Après de nombreuses semaines sans école en raison de la fermeture des établissements due à l'épidémie de coronavirus, des milliers de jeunes ont "décroché". Le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer estime que 4% ont été perdus par leurs professeurs. Pour tenter de les remettre sur les rails avant la rentrée, le ministère a annoncé le déblocage de 200 millions d'euros qui serviront à financer un dispositif appelé "vacances apprenantes". Parmi les offres proposées: des colonies de vacances "pour s'amuser tout en rattrapant" une partie du programme et un renforcement de l'opération "écoles ouvertes" qui existait déjà depuis des années dans certains endroits.

Le ministre table ainsi sur l'ouverture estivale de 2.500 établissements scolaires, de la primaire au lycée, dans les villes et les territoires ruraux, pour des activités de soutien scolaire auprès de 400.000 élèves avec des professeurs payés en heures supplémentaires. Pour ces "écoles ouvertes", auparavant limitées aux quartiers prioritaires de la ville, "il nous faudra 25.000" enseignants, "soit cinq fois plus qu'aujourd'hui", a estimé Jean-Michel Blanquer. 



"Ca démarre lundi mais ça risque d'être très modeste cette année car il y a une fatigue réelle, un épuisement général", observe Patrick Roumagnac, secrétaire général du Syndicat de l'inspection de l'Éducation nationale (SI.EN UNSA, majoritaire). "Ce n'est pas un défaut d'engagement de leur part, c'est simplement que les enseignants sont épuisés, insiste-t-il sur franceinfo. C'est bien les vacances apprenantes, mais il faut aussi penser aux vacances reposantes."

Paradoxalement, "on n'a jamais eu autant d'argent disponible mais aussi peu de professeurs volontaires", ajoute-t-il.

Il n'est pas le seul à faire ce constat: "cette année, j'ai un enseignant volontaire sur 13. L'an dernier, ils étaient 3", souligne Olivier Flippo, directeur d'une école élémentaire dans le Val-d'Oise et syndiqué au SE-Unsa. "Les enseignants sont fatigués de cette année difficile et mine de rien, les enfants aussi ont besoin de changer d'air", estime-t-il.

L'engouement pour le dispositif semble fluctuer d'un établissement à l'autre.

À Paris, au collège Pierre-Mendès-France, dans un quartier défavorisé du XXe, un programme varié sera proposé à 70 élèves par semaine tout au long de l'été. "Avec l'appui de la mairie, nous allons pouvoir offrir une offre sportive, culturelle et éducative pour les enfants du secteur qui n'auront pas de vacances", s'enthousiasme sa principale, Nathalie Daupin. "Ce sera important de redonner aux élèves un rythme et une socialisation", ajoute la principale qui espère pouvoir répondre à la demande de tous les volontaires.

Dans une école du XIe, une enseignante s'apprête, elle, à encadrer un groupe de neuf élèves de CP qu'elle ne connaît pas, la semaine prochaine. "J'étais disponible et j'ai jugé important d'aider ces enfants en difficulté", explique-t-elle.

Ce n'est pas si simple partout. Dans les Pyrénées-Orientales, la directrice d'une école défavorisée regrette que le dispositif ne puisse pas être mis en place dans son établissement. "Il y aura des stages de remises à niveau pour les CM1-CM2, mais c'est tout". "Nous avions trois jours pour monter un projet plus ambitieux pour les autres élèves, mais les délais étaient trop courts, nous avons dû y renoncer", regrette-t-elle. "C'est dommage car des familles nous avaient sollicités". 

Dans le second degré, le ministère vise particulièrement les élèves des lycées professionnels, dont beaucoup ont décroché en raison du confinement. "Un pansement sur une jambe de bois", fustige Nicolas Voisin, professeur de français et histoire-géo dans un établissement de Marseille. Selon lui, "plus de la moitié" des élèves de son établissement n'ont plus donné de nouvelles depuis des semaines et "seule une poignée" devrait participer au dispositif. "Plutôt que d'inventer des gadgets", il faut, selon lui, "un plan d'investissement massif" pour la prochaine rentrée.

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