Les personnes noires continuent d'être fortement discriminées en France

Les personnes noires continuent d'être fortement discriminées en France
Une manifestation place de la Concorde le 6 juin 2020.

, publié le jeudi 18 juin 2020 à 18h21

Dans son rapport remis jeudi, la Commission nationale consultative des droits de l'homme prône la "décolonisation" des esprits.

Les personnes noires continuent de subir des "discriminations nombreuses" en France, selon le rapport de de la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) publié jeudi, au moment où des manifestations contre le racisme ont rassemblé des milliers de personnes ces dernières semaines. 


Il faut "décoloniser les esprits", assène le rapport annuel remis au Premier ministre Edouard Philippe. Si le document de quelque 350 pages a été bouclé en mars, il fait écho à l'actualité de ces dernières semaines et aux manifestations contre le racisme et les violences policières.

Samedi, des milliers de personnes ont défilé dans les rues, à l'appel de la famille d'Adama Traoré, un jeune homme noir mort en juillet 2016 après son interpellation par les gendarmes. Il s'agit bien d'une actualité immédiate", a souligné Jean-Marie Burguburu, président de la CNCDH. 

Les personnes noires "surreprésentées dans les métiers peu qualifiés"

La commission relève un paradoxe: "Alors que la minorité noire est avec la minorité juive celle qui a la meilleure image", selon son baromètre sur la tolérance des Français, "elle est en butte au quotidien à des préjugés offensants et des discriminations nombreuses". "Sur les réseaux sociaux ou dans les stades, s'exprime un racisme antinoirs extrêmement cru, animalisant et violent, construit par opposition à une norme blanche", constate-t-elle.

Selon la Commission, "c'est tout à la fois une histoire, une culture et un ensemble de préjugés qui sont à la racine du racisme antinoirs". "Comme la lutte pour l'égalité femme-homme, le combat contre le racisme envers la minorité noire nécessite une prise de conscience du phénomène par la société dans son ensemble, une décolonisation des esprits", écrit-elle. La CNCDH pointe aussi "la surreprésentation des personnes noires dans des métiers peu qualifiés" comme femmes de ménage, nourrices, aides-soignantes pour les femmes; éboueurs, vigiles, tâches très physiques pour les hommes.

Elle rappelle en outre une enquête du Défenseur des droits (2016) selon laquelle, lors d'un contrôle d'identité, les personnes "qui se considèrent comme noires" sont "davantage victimes de comportements non conformes à la déontologie policière et courent davantage le risque d'être tutoyées, insultées, voire brutalisées". La commission presse donc les pouvoirs publics "de développer des enquêtes permettant de mieux connaitre les discriminations", de développer les outils comme les testings, "en particulier dans les services publics, les commissariats et les gendarmeries", sans pour autant franchir le cap des statistiques ethniques, interdites en France.

Une question écartée par Emmanuel Macron, qui s'est dit contre cette idée, préférant "des actions concrètes de lutte contre les discriminations". 

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