Les nitrites bientôt interdites dans le jambon ?

Les nitrites bientôt interdites dans le jambon ?
(Photo d'illustration)

, publié le jeudi 10 décembre 2020 à 14h30

Le député MoDem Richard Ramos dépose jeudi 10 décembre une proposition de loi pour faire interdire les nitrites dans le jambon, qui lui donnent sa couleur rose, qu'il qualifie de "dangereux pour la santé". 

Est-ce bientôt la fin du jambon rose ? Depuis plusieurs années déjà, les sels nitrités, qui donnent la couleur rose au jambon, qui est sinon plutôt gris/blanc, sont accusés d'être nocifs. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a classé la charcuterie comme cancérigène de catégorie 1, un échelon beaucoup plus élevé que celui de la viande rouge (classée 2A), en raison probablement de la présence de nitrites et nitrates, même si ceux-ci sont ajoutés tout à fait légalement. 




"Le sel nitrité dans la charcuterie tue les Français", dénonce également sur franceinfo le député MoDem Richard Ramos, qui dépose jeudi 10 décembre une proposition de loi pour faire interdire cet additif dans le jambon.

 "Après une enquête parlementaire sérieuse, tout le monde reconnaît que ces produits tuent. Si cette proposition ne passe pas, comme élu je me demande à quoi je sers", martèle également l'élu du Loiret qui a dirigé cette mission parlementaire dans les colonnes du Parisien. 

Interdiction totale d'ici 2025

Son texte propose de distinguer le cru du cuit. "Oui, parce que quand on met du sel nitrité dans des jambons crus, c'est pour gagner du fric. C'est simplement pour sécher plus rapidement. Dans les charcuteries sèches, on n'a pas besoin du sel nitrité du tout", explique sur franceinfo M. Ramos. 

Ainsi, pour jambons crus, l'interdiction s'appliquerait dès 2023, car ces spécialités salées ne présentent pas de risque de botulisme, l'intoxication alimentaire la plus grave pour des produits de charcuterie. En ce qui concerne les jambons blancs, mais aussi les andouillettes, boudins, terrines, rillettes, l'interdiction interviendrait en 2025, car en l'absence de nitrite, les bacilles pourraient se développer dans ces produits seulement chauffés à 60 °C. 

"Pour les écoles, on veut un arrêt immédiat dès la rentrée scolaire prochaine", précise également M. Ramos. 

L'exécutif n'a pas tranché

Le risque de développement de bacile est l'un des arguments majeur de la Fédération des entreprises françaises de charcuterie traiteurs (FICT) pour justifier l'utilisation des sels nitrités. "Ce sont des menteurs. Il y a des milliers de produits qui sont consommés et qui n'ont pas de sel nitrités", répond Richard Ramos. "Fleury-Michon l'a fait, Herta l'a fait, Super U l'a fait, des millions de tranches ont été mangées, sans sel nitrité et il n'y a pas eu le retour du botulisme. Ce sont des millions de tranches qui ont été mangées et nous avons étudié, nous avons demandé à l'Assemblée nationale, et à la grande distribution s'il y avait eu un retour de botulisme. Ce n'est pas le cas. Donc ça, c'est un mensonge", insiste-t-il sur franceinfo. 

La FICT a récemment mis en demeure l'application nutritionnelle Yuka de retirer une pétition réclamant l'interdiction de ces additifs. Lancée il y a plus d'un an avec le soutien de l'association de consommateurs Foodwatch et de la Ligue contre le cancer, elle a été signée par plus de 300.000 personnes. "Bien sûr, le risque zéro n'existe pas. Mais l'Agence sanitaire européenne a justement fixé des seuils à 150 mg/kg pour limiter les répercussions sur la santé", explique au Parisien Bernard Vallat, président de la FICT. "Ce débat est franco-français. En Allemagne ou en Italie, au contraire, l'usage de ces molécules est obligatoire dans certains produits", rappelle-t-il. 

Pour l'instant, l'exécutif n'a pas tranché. "Sur la question des sels nitrités (...) je vais vous dire clairement ma position, c'est qu'au moment où je vous parle, je ne sais pas", a dit fin novembre le ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation Julie Denormandie devant la mission parlementaire. Le ministre attend la position révisée de l'agence sanitaire Anses, sollicitée le 29 juin, pour trancher. Son rapport est attendu début 2021.

 

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