Les journalistes souvent agressés dans les manifestations depuis les "gilets jaunes"

Les journalistes souvent agressés dans les manifestations depuis les "gilets jaunes"
Manifestation contre la loi sanitaire, le 31 juillet à Caen.

publié le samedi 07 août 2021 à 15h00

De nouveaux cortèges défilent ce samedi à travers la France, pour s'opposer au pass sanitaire et à la vaccination obligatoire pour certaines professions. Au cours des derniers week-ends, plusieurs reporters ont été pris pour cibles.

Un phénomène de plus en plus fréquent. 

Insultés, voire frappés, lors des manifestations contre le pass sanitaire, les journalistes voient croître la violence à leur encontre depuis le mouvement des "gilets jaunes", ce qui témoigne de l'ampleur du discrédit de la profession auprès des manifestants. 




"On m'a empêché de faire mon travail avec une grande violence. Ça m'était déjà arrivé lors d'un samedi de manifestations des 'gilets jaunes'. Mais là, on a encore dépassé un cran", a témoigné le journaliste de BFMTV Igor Sahiri, le 22 juillet sur la chaîne d'information. Au cœur d'un rassemblement parisien contre le pass sanitaire, le journaliste réalise ce jour-là un direct. Juste après, il est rapidement entouré par des dizaines de manifestants hostiles. "Je remercie mes deux agents de sécurité. Sans eux, sans doute que cela aurait été physiquement violent. Heureusement il n'y a pas eu de coups. En revanche, il y a eu un torrent de haine contre moi et contre mon équipe", relate-t-il. 

Injures, huées, crachats, dégradations 

Cet incident s'inscrit dans une liste de faits analogues. À Marseille, le 24 juillet, une équipe de France 2 est pourchassée et molestée; la semaine suivante, deux vidéastes de l'Agence France-Presse (AFP) sont injuriées, huées et cibles de crachats lors du rassemblement organisé par Florian Philippot à Paris. Les médias locaux ne sont pas épargnés. Le 17 juillet, à Besançon, un reporter de la radio associative Radio Bip/Media 25 reçoit un coup de poing d'un manifestant. À Belfort, pluie d'insultes et d'invectives devant les rédactions de l'Est Républicain et de France Bleu, et à Annecy les vitrines du Dauphiné Libéré sont taguées "collabos". 

"La défiance envers la presse est aussi ancienne" qu'elle, rappelle Alexis Lévrier, historien du journalisme. Dans les périodes de crise, on lui reproche "d'être aux mains du pouvoir politique, économique, avec cette idée que les journalistes sont des marionnettes". Mais "un cap a été franchi avec les 'gilets jaunes'", relève-t-il auprès de l'AFP. "On s'en est pris physiquement à des journalistes" à plusieurs reprises et c'est cette répétition qui était peu courante jusqu'à présent, ajoute l'universitaire, qui parle d'une "ritualisation" de la violence envers les médias. 

Filmer avec son smartphone 

Depuis les "gilets jaunes", "ça devient une pratique commune, presque attendue dans chaque manifestation". La dernière mobilisation, le 31 juillet, a réuni plus de 200.000 opposants au pass sanitaire dans l'Hexagone selon le ministère de l'Intérieur, émaillée parfois d'incidents avec les forces de l'ordre.

À l'heure de couvrir ces rassemblements, les rédactions redoublent de vigilance. Plusieurs médias nationaux, dont l'AFP, BFMTV, CNews, France Télévisions ou Radio France, recourent aux services d'agents de sécurité. Les méthodes de couverture évoluent aussi. "On est moins systématiquement en direct de l'endroit où ça se passe, et pour les directs on se déplace pas mal dans des endroits où on a une vue sur la manif", explique Marc-Olivier Fogiel, directeur général de BFMTV. Pour se fondre plus facilement dans les cortèges, les journalistes reporters d'images (JRI) de la chaîne peuvent aussi choisir de filmer avec leur smartphone et pas seulement avec une caméra. 

"Plus inquiétant" 

En 30 ans de journalisme, "j'ai toujours connu des moments de tension", constate François Brabant, adjoint du directeur de l'information de France Télévisions, mais "le registre du vocabulaire et de la rhétorique employés sont différents, plus inquiétants". "Les violences à l'égard des journalistes en France sont à un niveau de défiance et d'hostilité qui me semble totalement nouveau", confirme Vincent Giret, patron de l'information de Radio France. 

Une tendance nourrie, d'après le journaliste, par "une profonde méconnaissance de nos métiers, nos règles, notre éthique". "Mais on a une responsabilité de transparence, d'explication, de dialogue qu'il faut continuer tous azimuts". Il faut "déjouer tous les pièges de la désinformation qui nous sont tendus et qui alimentent ce climat", renchérit François Brabant. "Et pour cela nous devons pouvoir travailler librement et sereinement".

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