Les enfants de jihadistes français, ces embarrassantes victimes de guerre

Les enfants de jihadistes français, ces embarrassantes victimes de guerre
La veuve d'un jihadiste français et ses cinq enfants à Baghouz dans l'est de la Syrie

AFP, publié le jeudi 14 mars 2019 à 19h55

Pour les familles, ils sont des victimes de guerre autant que d'un "cynisme" d'Etat, pour le gouvernement, il n'est toujours pas question d'envisager leur retour: le sort des enfants de jihadistes français détenus en Syrie se jouera au "cas par cas".

Alors que brûle le dernier réduit du "califat" du groupe Etat islamique (EI) dans les confins orientaux de la Syrie, la question du rapatriement de ces enfants se pose de nouveau avec urgence.

Mercredi soir, le président Emmanuel Macron a douché les espoirs des familles, qui demandent depuis plusieurs mois le retour de leurs enfants, pour les juger en France, et de leurs petits-enfants, au titre de la protection de l'enfance.

"Pour ce qui est des enfants, c'est une approche au cas par cas qui est menée, en particulier en lien avec la Croix-Rouge internationale. C'est une approche humanitaire qui est suivie et avec beaucoup de vigilance", a-t-il déclaré depuis Nairobi.

"Cas par cas? Vigilance? Si c'était le cas, les orphelins seraient déjà rapatriés. On va trier les enfants qui ne sont pas morts encore, c'est ça?", a twitté jeudi Véronique Roy, membre du Collectif familles unies, qui regroupe 70 familles françaises dont des proches ont rejoint un territoire tenu par l'EI.

De son côté, le secrétaire d'État à l'Intérieur, Laurent Nuñez, renvoyait la balle dans le camp des Forces démocratiques syriennes (FDS), qui pilonnent le dernier bout de terre de l'EI.

"Les FDS ont fait le choix que les enfants restent avec leur mère donc pour l'instant il n'y a pas de retour envisagé", pour M. Nuñez, qui précise qu'il y a pu avoir ces dernières semaines "des retours au compte-goutte" d'enfants accompagnant des adultes de retour de Syrie.

Ces retours, soulignent les familles, relèvent tous "d'initiatives privées": "L'Etat n'est jamais intervenu pour le moindre rapatriement. Il n'y a pas eu de cas par cas, mais des gens qui ont réussi à sortir de Syrie et ont été arrêtés en Turquie ou ailleurs et ensuite remis à la France", rectifie Thierry Roy, dont le fils Quentin est présumé mort en Syrie.

- "Cynisme sans pareil" -

Le plus insupportable pour les familles est ce que ce père meurtri appelle "le cynisme sans pareil du président" qui invoque une approche humanitaire "mais abandonne des enfants" et "ouvre lui-même la porte à l'extrémisme en ne respectant pas notre droit et nos valeurs".

Ces derniers jours, les démarches se sont multipliées en faveur des enfants de jihadistes, dont nul ne connaît avec certitude le nombre. Ils seraient plus de 3.500 originaires d'une trentaine de pays dans les camps de déplacés selon l'ONG Save The Children. Fin février, au moins 80 enfants français se trouvaient aux mains des forces arabo-kurdes, selon des estimations de sources françaises non confirmées par les autorités.

Après une plainte de familles contre la France déposée en février auprès du comité des droits de l'enfant de l'ONU, deux avocats, Marie Dosé et Henri Leclerc, ont lancé en début de semaine une pétition pour leur rapatriement.

Parallèlement, deux familles ont saisi la justice administrative pour qu'elle contraigne l'Etat français à rapatrier des enfants "en péril".

Une démarche jugée inefficace par certains avocats, en l'absence de représentation de l'Etat ou d'autorités consulaires en Syrie depuis 2012. Saisi d'une demande similaire, un juge bruxellois avait contraint la Belgique fin décembre à rapatrier six enfants belges de jihadistes, une décision annulée en appel le 27 février.

Plus que de la procédure, les familles attendent un "sursaut d'humanité" de l'exécutif. Leurs avocats soulignent que "tous ces enfants sont exposés à court et moyen terme à un risque de mort", à l'instar d'un bébé britannique décédé, probablement d'une pneumonie, dans un camp de réfugiés début mars.

Outre la malnutrition et les maladies, ceux qui sont rentrés - environ 80 depuis 2015 - souffrent de "symptômes post-traumatiques". La violence des bombardements, la détention avec leur mère, "ce n'est pas du passé pour eux, ça leur est rappelé par de nombreux événements: les échéances judiciaires, les rencontres avec leurs parents en prison", a expliqué à l'AFP le psychiatre Thierry Baubet, responsable de l'un des services chargés de leur suivi en Ile-de-France.

"Il faut arriver à proposer un soutien sur le long terme à ces enfants et à leur entourage", a-t-il dit. "Des enfants plein de vie" a-t-il ajouté, pour lesquels "on peut être optimiste sur leur développement".

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