Les avocats du livreur mort après une interpellation à Paris dénoncent une "bavure policière"

Les avocats du livreur mort après une interpellation à Paris dénoncent une "bavure policière"
(Photo d'illustration)

, publié le mardi 07 janvier 2020 à 17h43

Après avoir visionné des vidéos de témoins de l'interpellation de Cédric Chouviat, les avocats de la famille du quadragénaire "n'ont aucun doute sur le fait que les modalités d'interpellation étaient inappropriées et hors de proportion".

Interpellé lors d'un contrôle routier vendredi 3 janvier à Paris, Cédric Chouviat, un livreur à scooter de 42 ans, a fait un malaise cardiaque au cours de son arrestation. Il est décédé à l'hôpital dans la nuit de samedi à dimanche. Confiée à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), une enquête a été ouverte par le parquet de Paris sur les causes de ce décès. 

Selon la version des policiers, relayée notamment par Le Parisien et LCI, ce quadragénaire, père de cinq enfants, a été arrêté car il téléphonait en conduisant et a "eu un ton irrespectueux et agressif dès le début".

"Au moment de repartir, il a insulté les policiers qui ont décidé de l'interpeller pour outrage. Il a résisté lors de l'interpellation et a fait un malaise cardiaque", selon une source policière. 

Cette version est remise en cause par la famille qui rappelle que Cédric Chouviat utilisait un micro intégré dans son casque pour téléphoner. Ses proches affirment avoir été informé par la police que le contrôle était motivé par un manque de lisibilité de la plaque d'immatriculation, sale.

Les avocats de la famille de Cédric Chouviat estiment quant à eux, vidéos à l'appui, qu'il s'agit d'une "bavure policière". Lors d'une conférence de presse mardi 7 avocats, les avocats et le président de la Ligue des droits de l'Homme Malik Salemkour ont mis en cause des techniques d'interpellation "dangereuses et disproportionnées".

"Violent et incompréhensible"

Sur une première vidéo, Cédric Chouviat apparaît casqué, tournant nerveusement autour des policiers en les filmant. Une autre vidéo le montre ensuite à plat ventre, toujours casqué, se débattant sous le poids de trois policiers, puis inerte sur d'autres images. Les vidéos ne montrent pas sa chute mais "deux témoins indiquent qu'il a subi une clé d'étranglement", a déclaré Me Arié Alimi, un des avocats.




"Il n'y aucun doute sur le fait que les modalités d'interpellation - la clé, le plaquage ventral, l'étouffement - était inapproprié et hors de proportion", a déclaré Me William Bourdon, autre avocat de la famille.

Auprès de Mediapart, ces témoins détaillent la scène. Le premier assure qu'il ne "filme pas ce genre de scène d'habitude." Mais, lorsque "trois policiers se sont mis sur lui, alors qu'il était plaqué au sol", il sent que "ça tourne mal" et enregistre la scène avec son téléphone.  



Quelques minutes auparavant, lorsque les policiers le contrôlaient, Cédric "n'était pas violent. Il filmait seulement les policiers. Il semblait le faire pour défendre ses droits et ça les agaçait", poursuit-t-il. "Puis l'un d'entre eux est passé par derrière et lui a fait une clé avec son bras autour de son cou, il est alors tombé au sol. Et là, ils se sont mis à trois sur lui alors qu'il était sur le ventre. C'était violent et incompréhensible."

Le second était à bord de son camion de livraison lorsque Cédric est arrêté. "Je l'ai vu filmer le contrôle qu'il subissait des policiers et j'ai trouvé cela courageux de sa part. C'est pour cela que j'ai commencé à le filmer sans savoir ce qui allait lui arriver. Je me suis seulement dit qu'à sa place, je ne serais pas capable d'autant de force. Je trouvais cela bien", explique le jeune homme de 26 ans, encore sous le choc. "C'est choquant parce que les policiers se sont acharnés sur un homme à terre, sans raison", déplore-t-il. 

Une plainte déposée pour "violences volontaires"

Dans une allusion au débat sur les violences policières mises en lumière dans la crise des "gilets jaunes", Me Bourdon a fustigé une "culture de l'impunité et du déni qui encourage et déresponsabilise les policiers". "Cette bavure policière est dramatique, un juge d'instruction indépendant doit être désigné au plus vite", a-t-il ajouté.

Une plainte a d'ailleurs été déposée mardi pour "violences volontaires par personnes dépositaires de l'autorité publique ayant entraîné la mort sans intention de la donner", une infraction criminelle qui nécessite la désignation d'un juge d'instruction.

L'autopsie évoque une asphyxie "avec fracture du larynx"

Cédric Chouviat a été victime d'une asphyxie "avec fracture du larynx", à l'origine d'un malaise cardiaque lors de son arrestation, selon les premiers éléments de l'autopsie communiqués mardi après-midi par le parquet de Paris. Les médecins ont aussi relevé chez le quadragénaire un "état antérieur cardiovasculaire", a précisé le parquet.

D'autres investigations médico-légales sont prévues, ajoute le procureur Rémy Heitz, qui annonca avoir ouvert une information judiciaire pour "homicide involontaire" afin de faire la lumière sur cette interpellation.

"L'autopsie confirme ce que la famille et leurs avocats disent depuis samedi, c'est-à-dire une asphyxie", a réagi Me Arié Alimi auprès de l'AFP. "On découvre en plus une fracture qui est probablement due à une strangulation (...) c'est une mort atroce et extrêmement violente", a-t-il ajouté.

"Il est encore malheureux que le parquet fasse état dans des termes peu compréhensibles d'un état cardiovasculaire antérieure, s'agissant d'une hypertension qui n'a aucun lien avec les causes de la mort, afin de créer une forme de doute dans l'esprit du public", a-t-il par ailleurs dénoncé. "Nous regrettons les fausses informations diffusées par la préfecture dans un premier temps et la famille demande des excuses au préfet de police de Paris", a-t-il conclu.

"Des questions légitimes"

Les premières indications livrées par le parquet de Paris sur les résultats de l'autopsie, "soulèvent des questions légitimes, auxquelles des réponses devront être apportées en toute transparence", a indiqué le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner.

"Le ministre de l'Intérieur et le secrétaire d'État (Laurent Nuñez) font toute confiance à la justice et aux enquêteurs pour faire la lumière sur les circonstances exactes du décès, établir les faits et les responsabilités", a ajouté M. Castaner dans une déclaration transmise à l'AFP. "Face à cette épreuve, le ministre de l'Intérieur et le secrétaire d'État adressent toutes leurs condoléances à la famille et aux proches de la victime".

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