Les Académies de médecine et de pharmacie contre le remboursement de l'homéopathie

Les Académies de médecine et de pharmacie contre le remboursement de l'homéopathie
Un tube de médicament homéopathique à Lille, le 3 septembre 2018.

, publié le vendredi 29 mars 2019 à 07h00

La Haute autorité de Santé, saisie par la ministre de la Santé, doit rendre en juin un avis sur la question.

Rien n'a jamais démontré l'efficacité de l'homéopathie. C'est l'avis tranché des Académies de médecine et de pharmacie qui ont estimé jeudi 28 mars que l'Assurance maladie devait arrêter de la rembourser.

Dans une déclaration commune publiée jeudi, les deux instances estiment "qu'aucune préparation homéopathique ne (doit) être remboursée par l'Assurance maladie tant que la démonstration d'un service médical rendu suffisant n'en aura pas été apporté".

Selon elles, "aucun diplôme universitaire d'homéopathie ne doit être délivré par les facultés de médecine ni par les facultés de pharmacie".



Elles rappellent que "des analyses rigoureuses n'ont pas permis de démontrer une efficacité" de l'homéopathie, tout en reconnaissant l'existence d'un "effet placebo" lié à l'attente que les patients placent dans cette pratique. L'Académie de médecine s'était déjà prononcée en ce sens, pour la dernière fois en 2004. Pour celle de pharmacie en revanche, c'est une première.

"Merci aux Académies de médecine et de pharmacie pour cette prise de position sans équivoque en faveur du déremboursement de l'homéopathie", a réagi le collectif Fakemed dès mercredi, après la divulgation de la déclaration commune par le Figaro. Ce collectif a été créé par les 124 médecins auteurs il y a un an d'une tribune au vitriol contre l'homéopathie et d'autres "médecines alternatives". C'est sa publication en mars 2018 dans Le Figaro qui a provoqué le débat sur le déremboursement.

72% des Français croient en ses bienfaits

En août, le ministère de la Santé a en effet saisi la Haute autorité de Santé (HAS) pour connaître son avis "quant au bien-fondé (...) du remboursement des médicaments homéopathiques". La HAS a récemment indiqué qu'elle avait pour objectif de rendre son avis en juin. Il portera sur "1.200 médicaments homéopathiques". Trois laboratoires sont concernés (le leader Boiron, Lehning et Weleda). Les critères de l'évaluation seront notamment "l'efficacité" des médicaments homéopathiques et "leur intérêt pour la santé publique", selon la HAS.

"Je me suis engagée à suivre les recommandations de la HAS", a rappelé la ministre de la Santé Agnès Buzyn, lundi lors d'un entretien avec l'AFP. "Je ne cherche ni à dérembourser, ni à rembourser. Soit un médicament est utile et permet d'avoir un bénéfice clinique, soit il n'apporte rien et dans ce cas-là il n'a pas de raison d'être financé par la collectivité", a-t-elle poursuivi.

Reste que l'homéopathie est une technique appréciée des Français: 72% "croient en ses bienfaits", selon un sondage Odoxa (Baromètre santé 360) publié en janvier et cité par les Académies. Par ailleurs, Boiron affirme que le déremboursement de l'homéopathie menacerait 1.300 emplois sur ses 2.500 en France.

"J'ai souhaité remettre le rationnel scientifique au centre du débat", a dit Mme Buzyn à l'AFP. "Ca ne veut pas dire que cela suffise toujours à prendre une décision politique, mais au moins j'ai réaffirmé qu'on ne pouvait pas faire sans". Selon la ministre, "on ne peut pas prendre des décisions uniquement sur le ressenti des gens, parce que c'est comme cela qu'on glisse vers une forme de populisme".

Controversée au sein du corps médical, l'homéopathie consiste à administrer des substances en quantité infinitésimale, dans l'espoir de guérir. Certains médicaments sont remboursés à hauteur de 30% par l'Assurance maladie, bien que leur efficacité n'ait pas été évaluée scientifiquement. Si l'Académie de pharmacie vient de prendre position contre cette pratique, ce n'est pas le cas des syndicats de la profession.
 

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