Leïla Slimani, "Mme Francophonie" de Macron, veut "déringardiser le français"

Leïla Slimani, "Mme Francophonie" de Macron, veut "déringardiser le français"

La romancière franco-marocaine Leïla Slimani, le 11 janvier 2018 à Paris

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AFP, publié le dimanche 14 janvier 2018 à 07h48

Le nombre de francophones devrait quasiment tripler d'ici trente ans dans le monde: la romancière franco-marocaine Leïla Slimani, conseillère d'Emmanuel Macron sur la francophonie, compte accompagner ce formidable élan et prouver que le français, "ce n'est pas ringard".

"Pour beaucoup de gens, la langue française est considérée comme une langue de boudoir, de lettrés mais pas comme une langue pragmatique, qui sert à trouver du travail", reconnaît la prix Goncourt 2016 pour "Chanson douce", plus prestigieuse récompense littéraire française.

"Il faut dire que non: c'est aussi une langue de l'entreprise, du travail. Le français, c'est cool", dit-elle, rappelant dans un sourire que "cool" est aujourd'hui "rentré dans la langue française".

Pour réaliser cet ambitieux programme, la jeune et dynamique femme de 36 ans, veut persuader les Français du "potentiel" de leur langue dont le nombre de locuteurs devrait quasiment tripler d'ici à 2050, de 274 millions aujourd'hui à 750 millions, grâce à l'explosion démographique en Afrique. 

"Chaque Français doit devenir l'ambassadeur de la francophonie", juge-t-elle dans un entretien à l'AFP. "Il faut faire vivre la francophonie en France", dit-elle, se souvenant de sa consternation quand elle a découvert qu'"énormément de lycéens français sont incapables de citer un auteur issu du monde francophone".

A l'étranger pourtant, la francophonie est "extrêmement vivace", témoigne l'ancienne élève du lycée français de Rabat, venue à Paris pour ses études après avoir vécu au Maroc avec un père marocain et une mère mi-alsacienne, mi-algérienne.

"En Chine, on ne peut pas imaginer le nombre d'apprenants de la langue française. En Corée, la progression est de 20-30% et des pays d'Afrique anglophone se mettent au français, comme le Ghana et le Nigeria", s'enthousiasme la jeune femme au flot de paroles vif.

Le président français Emmanuel Macron avait déjà souligné lors de son récent voyage en Chine que l'Empire du milieu devait "être une terre de francophonie". Selon l'Organisation internationale de la francophonie (OIF), environ 120.000 étudiants chinois apprennent le français, y voyant un atout pour faire du commerce avec l'Afrique. "Le français est un atout pour l'avenir", avait estimé M. Macron.

- 'Quatrième langue internationale '-

'Le français "pourrait" en effet devenir la deuxième langue internationale, derrière l'anglais. Elle est la quatrième aujourd'hui, devancée par l'espagnol et l'arabe. Mais cela ne pourra être que "si les efforts en faveur de l'éducation des pays francophones sont suffisants", avertit dans un épais rapport sur la francophonie le Cese.

Mais cette progression n'est "pas mathématique", avertit Marie-Béatrice Levaux, référente francophonie au Conseil économique, social et environnemental (Cese, qui aide gouvernement et parlement français à écrire les lois).

"Il faut un pilotage politique français plus engagé. Les Etats doivent se mouiller et s'engager sur un programme éducatif", assène Mme Levaux, comptant pour ce faire sur le prochain Sommet de la francophonie, en octobre en Arménie.

"La France doit être à l'avant-garde de l'apprentissage du français", acquiesce Mme Slimani, misant sur le "grand plan pour la langue française" que Macron présentera la 20 mars, lors de la Journée internationale de la francophonie, et qu'il avait déjà esquissé en novembre lors de son discours de Ouagadougou.

"Il y a bien longtemps que la langue française n'est plus uniquement française. Elle est autant, voire davantage africaine", avait-il alors lancé, vantant un "français au pluriel".

"Il faut sortir d'une vision jacobine du français où le bon français serait ici" en France, renchérit Leïla Slimani.

L'auteure "accompagne" le chef de l'Etat dans la préparation de son plan mais elle a conscience que ses moyens sont limités.

"Je n'ai pas de budget, pas de bureau et je ne suis pas payée. Je ne fais pas partie du gouvernement. Je suis un électron libre", admet-elle, sans pour autant s'en plaindre.

Intellectuelle très en vue en France, Leïla Slimani avait été choisie en novembre pour la seule mission bénévole de représenter le président français à l'Organisation internationale de la francophonie (OIF), qui regroupe 84 États et gouvernements.  

"C'est une première étape", juge Mme Levaux, qui regrette cependant que le gouvernement Macron n'ait pas créé un ministère de la Francophonie "de plein droit". "Actuellement, les actions en faveur de la francophonie sont dispersées entre les Sports, la Culture, les Affaires étrangères...", explique Mme Levaux. "Il faudrait une meilleure coordination".

 
56 commentaires - Leïla Slimani, "Mme Francophonie" de Macron, veut "déringardiser le français"
  • pour trouver du travail il faut savoir s'exprimer et comme on est en France , en français .... et cerise sur le gâteau ... le comprendre !!
    on est bien loin d'une exigence académique !!!!
    cependant il suffit d'écouter Dany Lafferière pour constater que l'amour du français n'est ni ringard ni une affaire de salon !!

  • Avant toutes chose, il faudrait que les jeunes Français sachent parler et écrire le "Français", et pas un charabia moitié verlan, rebeu, ou javanais...ce qui est bien loin d'être le cas dans beaucoup d'écoles et de collèges!
    Bientôt, le Corse, le Breton, le Basque ou l'occitan seront mieux appris et sauvegardé que le Français...

  • Il fallait bien que Macron choisisse cette femme pour promouvoir la francophonie; tout un programme en effet, cela laisse augurer des résultats dont ont voit de jour en jour, les effets pour notre langue , et notre pays.

  • Faudrait aussi que les "djeuns", issus des minorités visibles ou pas, sachent parler la langue française aussi bien que leur sabir de SMS.

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    akronous  (privé) -

    Le français," c'est cool " dit-elle !
    Cool : Quel joli mot ! quel beau vocable ! Il résume à lui seul le génie d'une époque qui s'affranchit des questions embarrassantes et parfaitement inutiles, susceptibles de générer angoisse et frustration. Questions ridicules sur la vie et le sens de la vie qui empoissonnent la vie.
    Soyez cool ! On nous l'a dit, on nous l'a redit, on le dit à notre tour, on le redit encore; mieux on le vit !
    Mais que recouvre en fait ce concept très tendance, comme on dit ? Pas facile de le dire. C'est une façon, d'être ou peut-être de ne pas être. Une manière affectée d'être naturel dans les mots qu'on emploie, dans la prononciation qu'on en fait, dans les vêtements que l'on met, dans les plats que l'on mange, dans la musique qu'on écoute, Le tout est de montrer qu'on habite son temps en affichant l'allure légère, un tantinet désinvolte de celui ou celle qui traverse la vie sans marcher sur des œufs, dont les doigts de pied plutôt seraient en éventail. Peut-on imaginer plus bel idéal que d'être un mec cool ou une nana cool ? Ah messieurs les penseurs, messieurs les moralistes, messieurs les intellectuels, vous me paraissez aujourd'hui bien ringards.

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