Le Sénat propose de repousser l'âge de départ à la retraite à 63 ans

Le Sénat propose de repousser l'âge de départ à la retraite à 63 ans
Le Sénat le 13 octobre 2020.

, publié le lundi 16 novembre 2020 à 08h33

L'amendement adopté par la majorité sénatoriale de droite et du centre proposant de travailler plus longtemps n'a aucune chance de survivre à la navette parlementaire. "Ce n'est pas la méthode du gouvernement de vouloir changer le système de retraites des Français sans concertation", a fustigé la ministre du Travail Elisabeth Borne. 

A l'occasion de l'examen du projet de budget de la Sécurité sociale, la majorité sénatoriale de droite a ressorti samedi 14 novembre le dossier des retraites, remettant une nouvelle fois sur le tapis l'allongement de l'âge de départ. 




L'amendement du rapporteur Les Républicains pour la branche vieillesse, René-Paul Savary, qui de l'aveu même de son auteur n'a aucune chance de survivre à la navette parlementaire, se décline en plusieurs séquences, avec l'objectif "d'atteindre l'équilibre financier de l'ensemble des régimes de retraite de base en 2030".

Il propose dans un premier temps de réactiver la conférence de financement sur l'équilibre et le financement des retraites, suspendue au printemps dernier, comme la réforme lancée par le gouvernement.

En cas d'échec de la conférence à faire des propositions, l'élu développe ses propres remèdes, qui conduiraient à travailler plus longtemps. Il s'agirait à la fois de repousser progressivement l'âge légal de départ à la retraite jusqu'à 63 ans en 2025. Mais aussi d'accélérer l'allongement de la durée de cotisations pour atteindre 43 annuités dès la génération 1965.

L'amendement a été soutenu par les groupes LR et Union centriste (200 voix pour). Les groupes de gauche et les sénateurs LREM ont voté contre (118 voix).

Une question de "tempo politique"

Une proposition qui passe mal auprès de l'exécutif et de la gauche en cette période de crise sanitaire. La ministre Brigitte Bourguignon a jugé l'initiative de la commission des Affaires sociales "prématurée", compte tenu de "l'absence de visibilité sur les conséquences de la crise sanitaire sur le système de retraites". Elle a aussi souligné, par rapport à la demande de réactivation de la conférence de financement, que "le gouvernement est en permanence en lien avec les partenaires sociaux de notre pays".

Le sénateur PS Bernard Jomier s'est dit "stupéfait du tempo politique" de l'amendement. "Quel à-propos politique!", a-t-il ironisé. "Même le gouvernement a compris la nécessité de rassembler le pays plutôt que de le cliver". "C'est choquant de profiter d'un amendement pour faire revenir par la fenêtre la réforme des retraites (...) particulièrement impopulaire", a jugé Laurence Cohen (CRCE à majorité communiste).

"Plus on prend des mesures tardivement, plus lourde sera la note", a riposté René-Paul Savary, tandis que Philippe Mouiller (LR) estimait que "même en situation difficile, il faut avoir un discours courageux vis-à-vis des Français". "Est-ce parce que nous sommes en période de Covid que nous ne pouvons plus aborder quelconque sujet? Qu'il faut que nous appliquions la politique de l'autruche?", a interrogé le centriste Olivier Henno.

"Je ne trouve pas très sérieux, au moment où il y a beaucoup de crispations dans la société, parce qu'on est dans une crise sanitaire, qui est également une crise économique et sociale, de voter un changement du système des retraites des Français en catimini au Sénat", a déploré dimanche sur Radio J la ministre du Travail Elisabeth Borne, appelant chacun à "la responsabilité". "Ce n'est pas la méthode du gouvernement de vouloir changer le système de retraites des Français sans concertation", a-t-elle martelé.




Le Sénat a achevé samedi soir l'examen en première lecture du projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Il votera mardi sur l'ensemble du texte.
 

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