Affaire des "écoutes" : pourquoi le procès de Nicolas Sarkozy est-il suspendu ?

Affaire des "écoutes" : pourquoi le procès de Nicolas Sarkozy est-il suspendu ?
Nicolas Sarkozy au palais de justice de Paris lundi.
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publié le lundi 23 novembre 2020 à 15h10

L'ancien président, ainsi que son avocat Thierry Herzog et l'ex-haut magistrat Gilbert Azibert, doivent être jugés dans l'affaire dite des "écoutes". Le procès a été reporté à jeudi, en raison de l'état de santé de Gilbert Azibert, qui a demandé un renvoi. 




Nicolas Sarkozy doit être jugé à Paris pour corruption et trafic d'influence, dans l'affaire des "écoutes" de sa ligne téléphonique secrète, au nom de Paul Bismuth.

L'audience a été suspendue, peu après son ouverture lundi 23 novembre après-midi, le temps que soit réalisée une expertise médicale sur l'état de santé de Gilbert Azibert, à la demande de ce dernier. Le tribunal correctionnel de Paris a ordonné cette expertise de l'ancien haut magistrat, âgé de 73 ans et absent à l'audience pour raisons de santé, afin "d'être pleinement informé de son état de santé". La cour avait été saisie d'une demande de renvoi de Gilbert Azibert, liée au Covid-19 et appuyée par deux certificats médicaux. 

Selon les résultats de l'expertise sur Gilbert Azibert, le tribunal devra décider jeudi à 13H30 de faire comparaître le prévenu via la visioconférence ou de renvoyer l'audience. Mais sa défense s'y oppose en bloc. Selon l'avocat de Gilbert Azibert, maître Dominique Allegrini, être jugé par visioconférence est "inenvisageable" pour son client, qui "souhaite comparaître devant ses juges". 

Soupçons de tentatives de corruption 

Près de sept ans après la révélation de l'affaire Paul Bismuth, Nicolas Sarkozy doit comparaître devant la justice, soupçonné d'avoir, avec son avocat Thierry Herzog, tenté de corrompre Gilbert Azibert, alors en poste à la Cour de cassation. 

Avant lui, un seul ancien président, Jacques Chirac, a été jugé et condamné en 2011 pour les emplois fictifs de la Ville de Paris, mais sans avoir jamais comparu devant ses juges en raison de son état de santé.

"Je ne suis pas un pourri" 

Nicolas Sarkozy, 65 ans, dénonce un "scandale qui restera dans les annales" et promet d'être "combatif" devant le tribunal. "Je ne suis pas un pourri et ce qui m'est infligé est un scandale", a-t-il récemment déclaré sur BFMTV

Peu avant 13H30 lundi, l'ex-chef de l'Etat est arrivé pour l'audience face à une nuée de caméras, sans faire de déclaration, en costume noir sur chemise blanche, masque chirurgical sur le visage. Dans la salle d'audience, semblant à l'aise, il a salué les avocats et les procureurs financiers.

Conversations secrètes 

Alors que la présidente Christine Mée déclinait son identité complète, Nicolas Sarkozy de Nagy Bocsa, le prévenu a répondu "Sarkozy, c'est suffisant". La magistrate a précisé que la procédure le prévoyait pour le casier judiciaire. En haussant les épaules, il a rétorqué : "Pour l'instant je n'ai pas eu besoin de l'utiliser".

L'affaire, qui devait être examinée jusqu'au 10 décembre, trouve son origine dans un autre dossier judiciaire : les soupçons de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007, qui lui valent une quadruple mise en examen. 

Une mise sur écoute dans ce dossier avait révélé l'existence d'une ligne secrète entre l'ancien président et son avocat, ouverte sous le nom de "Paul Bismuth" - en réalité une connaissance du lycée de Me Herzog, qui s'est constituée partie civile au procès.

"Je l'aiderai" 

Selon l'accusation, certaines de leurs conversations ont mis au jour l'existence d'un pacte de corruption : Nicolas Sarkozy a envisagé d'apporter un "coup de pouce" à Gilbert Azibert pour un poste à Monaco qu'il convoitait - et qu'il n'a jamais obtenu.

En contrepartie, ce haut magistrat est soupçonné d'avoir fourni des informations couvertes par le secret sur une procédure engagée par l'ex-chef d'Etat devant la Cour de cassation, en marge de l'affaire Bettencourt.

Nicolas Sarkozy, qui avait bénéficié d'un non-lieu dans ce dossier fin 2013, avait saisi la haute juridiction pour faire annuler la saisie de ses agendas présidentiels, susceptibles d'intéresser la justice dans d'autres procédures.

Dans les conversations fleuries avec son avocat, socle de l'accusation, l'ex-président s'engageait à intervenir en faveur de Gilbert Azibert. "Moi, je le fais monter", "je l'aiderai", déclare-t-il ainsi à Me Herzog.

Revirement soudain 

Quelques jours plus tard, il déclare qu'il a renoncé à toute "démarche" auprès des autorités monégasques. Pour les enquêteurs, ce revirement soudain pourrait venir de la découverte par les deux hommes que leurs téléphones officieux étaient sur écoute.

"Tout ça, ce sont des petits bouts de phrase extraits d'un contexte", a balayé lundi sur Franceinfo Paul-Albert Iweins, avocat de Thierry Herzog, évoquant "des conversations entre amis de très longue date". "C'est une affaire que le général De Gaulle aurait qualifiée d'affaire de cornecul et dont on essaye de faire une affaire d'Etat", a-t-il estimé. 

Dans un réquisitoire sévère en octobre 2017, le Parquet national financier avait comparé les méthodes de Nicolas Sarkozy à celles d'"un délinquant chevronné". 

Un autre procès en 2021 

Retiré de la politique depuis sa défaite à la primaire de la droite fin 2016, mais toujours très influent au sein du parti Les Républicains, Nicolas Sarkozy encourt 10 ans de prison et un million d'euros d'amende pour corruption et trafic d'influence, comme ses coprévenus - également jugés pour violation du secret professionnel. 




Les trois prévenus contestent tout "pacte de corruption". Nicolas Sarkozy n'a eu cesse de dénoncer une instrumentalisation politique de la justice et a, sans succès, multiplié les recours. Un autre procès l'attend au printemps : celui de l'affaire Bygmalion sur ses frais de campagne pour l'élection présidentielle de 2012. 

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