Le poids de l'épidémie de Covid-19 sur les soins et le moral des Français

Le poids de l'épidémie de Covid-19 sur les soins et le moral des Français©JOEL SAGET / AFP

publié le samedi 23 janvier 2021 à 14h45

Baisse de l'espérance de vie, retards de soins et de diagnostics laissant craindre des décès supplémentaires dans les prochaines années, augmentation de la consommation de tranquillisants et de somnifères... Les conséquences de l'épidémie de coronavirus sur la santé des Français sont nombreuses. 

Si l'épidémie de Covid-19 a bouleversé le quotidien des Français en 2020, entre confinements et couvre-feux, elle a également pesé sur les soins et le moral de la population.

Et Le début de l'année 2021 reste anxiogène malgré les espoirs de sortie de crise suscités par la vaccination.


La mortalité a augmenté en France avec l'épidémie de Covid-19, dont la deuxième vague a été plus meurtrière que la première. En 2020, 667.000 personnes sont décédées en France - toutes causes confondues -, soit 9% de plus qu'en 2019, selon le bilan démographique 2020 publié mardi 19 janvier par l'Insee.

Mortalité en hausse et baisse de l'espérance de vie

La France a franchi le 16 janvier 2021 la barre des 70.000 morts attribués au Covid depuis le début de l'épidémie, dont un peu plus de 30.000 attribués à la première vague. Selon l'agence Santé publique France, au pic de la deuxième vague (2-8 novembre), le nombre de décès a toutefois atteint un niveau moins élevé que lors du pic de la première (30 mars au 4 avril). Ce sont toujours les mêmes victimes, en majorité les personnes âgées de 65 ans ou plus, et surtout les plus de 75 ans, le plus souvent des hommes. 

Le Covid-19 n'est pas une "grippette", comme certains l'ont dit au début de la pandémie : il fait trois fois plus de morts à l'hôpital que la grippe saisonnière classique, avance une étude française publiée le 18 décembre dans la revue médicale The Lancet Respiratory Medicine. En outre, selon des données anglaises relayées par le British Medical Journal, le risque de décès a plus que doublé chez les personnes qui avaient à la fois le Covid et la grippe. Une co-infection qui concernait dans la plupart des cas des personnes âgées, dont plus de la moitié sont décédées.

Et on sait désormais que le coronavirus, qui a fait au moins deux millions de morts dans le monde, peut aussi entraîner des symptômes persistants chez des adultes en parfaite santé jusque-là. "Pour un nombre important de personnes, ce virus provoque une série d'effets graves, à long terme", a reconnu en octobre le directeur général de l'Organisation mondiale de la Santé Tedros Adhanom Ghebreyesus, listant la fatigue, des symptômes neurologiques ou inflammatoires et des atteintes au coeur et aux poumons. 

L'épidémie de Covid-19 a également entraîné une baisse de l'espérance de vie à la naissance de quasiment cinq mois pour les femmes et six mois pour les hommes, selon le bilan démographique 2020 de l'Insee publié en janvier. L'espérance de vie atteint ainsi 85,2 ans pour les femmes et 79,2 ans pour les hommes en 2020, soit une baisse bien plus forte que celle observée en 2015, année marquée par une forte grippe hivernale, selon l'Insee.

Soins et diagnostics retardés

La peur de déranger, d'être contaminé à l'hôpital, la réduction voire l'arrêt d'activités de consultations et de chirurgie pendant le premier confinement, au printemps, ont laissé des traces. Dans le cinquième volet de leur étude Epi-Phare sur l'évolution de la consommation de médicaments depuis le début de l'épidémie, publié mi-décembre, l'Agence du médicament (ANSM) et l'Assurance maladie (CNAM) notaient une "très forte diminution" pour les vaccins habituels (hors Covid) et les produits pour les diagnostics médicaux. L'effondrement observé pendant le premier confinement "ne fait pas l'objet d'un rattrapage à ce jour" et devra être comblé en 2021, ont-elles alors averti. 

"La chute de la consommation des produits pour les diagnostics médicaux par imagerie, indispensables pour diagnostiquer certains cancers ou maladies graves en poussée" fait d'ailleurs craindre "des retards conséquents de prise en charge" en cancérologie et dans d'autres spécialités. Pour sa part, la fédération Unicancer a estimé début décembre que les retards de prise en charge des patients atteints de cancer lors de la première vague de Covid-19 "se traduiront par un excès de décès de 1.000 à 6.000 patients dans les années à venir". 

L'épidémie a également, entre autres, perturbé les greffes d'organes. Selon un bilan de l'Agence de la Biomédecine, au 30 novembre 2020, les greffes, tous organes confondus, ont connu une baisse de 25% par rapport à celle observée sur les onze premiers mois de l'année 2019. Pour les greffes de rein, sur la même période, cette baisse d'activité était de 29%.  

Moral en berne

Si la détresse s'est emparée de personnes exerçant des métiers touchés de plein fouet par la crise économique engendrée par l'épidémie, la jeunesse est un sujet particulier de préoccupation. Sur le plan psychologique, les jeunes ont atteint des niveaux d'anxiété et de dépression très importants, souligne dans son avis du 12 janvier le Conseil Scientifique chargé de guider le gouvernement, en s'appuyant sur l'enquête CoviPrev de Santé publique France.

Privés de liens amicaux et parfois en grande précarité, angoissés pour leur avenir, "les étudiants font partie des populations très éprouvées par le premier confinement" et l'ont été à nouveau par le deuxième, selon le psychiatre Nicolas Franck, auteur de "Covid-19 et détresse psychologique - 2020 l'odyssée du confinement" (Odile Jacob).

Cette hausse de l'anxiété s'est ressentie dans la consommation de médicaments, au sein de la population en général : celle de tranquillisants et de somnifères a augmenté depuis le premier confinement, d'après le suivi de la CNAM et de l'ANSM. Au cours du premier confinement, anxiolytiques et sédatifs, comme de nombreux autres médicaments, avaient connu un "phénomène de stockage", suivi d'une "sous-consommation" dans les semaines suivantes. Leur délivrance a ensuite toujours été supérieure au niveau des années précédentes (de +1% à +14% selon les semaines), sauf dans la deuxième moitié du mois d'août.

L'irruption de nouveaux variants plus contagieux, l'attente d'un accès massif aux vaccins et la crainte d'un troisième confinement face à une épidémie qui ne fléchit pas : tout cela risque de ne pas améliorer le moral des plus angoissés.

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