Le père d'Estelle Mouzin s'inquiète d'un "nouveau gâchis" avec le départ de la juge d'instruction

Le père d'Estelle Mouzin s'inquiète d'un "nouveau gâchis" avec le départ de la juge d'instruction
Éric Mouzin lors de la traditionnelle marche en l'honneur de sa fille Estelle, le 9 janvier 2021.

publié le samedi 08 janvier 2022 à 11h39

Après 10 ans en poste au tribunal judiciaire de Paris, la juge d'instruction Sabine Khéris a dû quitter ses fonctions le 31 décembre dernier, et ainsi lâcher l'affaire Estelle Mouzin, dont elle avait repris le dossier en 2019, réussissant à obtenir des aveux du tueur en série Michel Fourniret. 

Comme chaque année, une marche silencieuse est organisée samedi 8 janvier à partir de 15h45 à Guermantes (Seine-et-Marne), 19 ans après la disparition d'Estelle Mouzin, âgée de 9 ans à l'époque des faits. Une conférence de presse aura lieu à l'issue de cette marche, au cours de laquelle le père de la fillette devrait revenir sur sa lettre au ministre de la Justice, dans laquelle il s'inquiète du départ de la juge d'instruction, rapporte France Bleu.



Dans un courrier adressé mercredi 5 janvier à Éric Dupond-Moretti, que franceinfo a pu consulter, Éric Mouzin s'inquiète du départ, le 31 décembre 2021 et "sans la moindre information préalable", de la juge d'instruction chargée de l'affaire pour des raisons "d'organisation de carrière".

En poste depuis 10 ans au tribunal judiciaire de Paris, Sabine Khéris a dû en effet quitter ses fonctions le 31 décembre dernier en vertu des statuts en vigueur dans la magistrature, et ainsi lâcher l'affaire Estelle Mouzin, dont elle avait repris le dossier en 2019, réussissant à obtenir des aveux du tueur en série Michel Fourniret en mars 2020. 

Décédé en mai 2021, celui qu'on surnommait "l'Ogre des Ardennes" avait plusieurs fois été soupçonné dans cette affaire, la première fois en 2006, mais il avait été mis hors de cause l'année suivante.

Les spéculations sur son implication avaient été relancées après son audition par la juge Khéris, en mars 2018, dans l'enquêtes sur les meurtre non-résolus de Joanna Parrish et Marie-Angèle Domece, tuées en 1988 et 1990 dans l'Yonne. Le tueur en série avait déclaré que la disparition d'Estelle Mouzin était "un sujet à creuser", estimant avoir le "cul merdeux" dans cette affaire. L'année suivante, les investigations étaient reprises par la juge Kheris.

Le départ de cette dernière "laisse augurer un nouveau gâchis", et l'arrivée d'une nouvelle magistrate pour suivre ce dossier fait peser le "risque d'une instruction calamiteuse", alors que Sabine Khéris avait "su établir un lien avec la personne mise en examen, Monique Olivier", ex-compagne de Michel Fourniret, estime Éric Mouzin. Il craint "une perte d'information dans le traitement des investigations en cours", ainsi que le "démantèlement d'une équipe compétente et efficace", alors que le corps de sa fille n'a toujours pas été retrouvé. 

D'après les informations de franceinfo, la nouvelle magistrate, qui a repris le dossier, attend la création du pôle "coldcase" prévue par la loi pour la confiance dans l'institution judiciaire promulguée le 23 décembre 2021. Selon la radio publique, le ministre de la Justice doit dire mercredi 12 janvier quel tribunal, entre Paris, Versailles et Nanterre, a sa préférence.
 

Vos réactions doivent respecter nos CGU.