Le musée du Corbillard, un cimetière de voitures mortuaires

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Le collectionneur Yvan Quercy dans son musée à Cazes-Mondenard (Tarn-et-Garonne) le 20 octobre 2020
Le collectionneur Yvan Quercy dans son musée à Cazes-Mondenard (Tarn-et-Garonne) le 20 octobre 2020
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© AFP, GEORGES GOBET
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, publié le mercredi 28 octobre 2020 à 08h00

Il est le chantre de la mémoire des corbillards: Yvan Quercy en conserve 130 dans son musée de Cazes-Mondenard, dans le Tarn-et-Garonne, sorte de mausolée renfermant nombre d'antiquités tirées jadis par des chevaux et une poignée d'autres motorisées.

Trois hangars nichés dans la vallée de la Barguelonne, où se mêlent les vignes du Chasselas de Moissac et les arbres fruitiers aux couleurs dorées de l'automne.

D'imposantes portes grises, sur lesquelles figure l'inscription "Défense d'ouvrir, danger de mort", renferment le sanctuaire bâti par son père Yvan Quercy, premier du nom, et qu'il a repris après sa mort il y a 14 ans.

"Celui-ci était surnommé +nez de cochon+", explique Yvan Quercy, 37 ans, en désignant un camion noir Peugeot tout rond, calandre bombée, avec l'avant en forme de groin. "Il s'agit d'un camion de pompiers des années 1950 qu'une commune a réhabilité en corbillard."

"On a quelqu'un, une fois, qui nous a appelés pour savoir s'il pouvait dormir dans un corbillard", se souvient le maître du lieu, vêtu pour l'occasion en habit de cérémonie du XIXe siècle, bardé d'une cape et calot vissé sur le crâne.

L'histoire commence dans les années 1960-70, à une époque où on jetait tout, raconte Yvan Quercy. "Le maire et le curé d'Alzonne, dans l'Aude, se sont battus comme Don Camillo et Peppone au sujet du corbillard."

Le nouveau curé ne voulait plus que le corbillard entre dans l'église, expliquant que cela le gênait pendant ses processions, alors que l'ancien maire communiste y tenait fermement.

"Mon père a dit en plaisantant qu'il allait le reprendre pour un franc symbolique. Un ami l'a annoncé à la radio et deux semaines plus tard, mon père a reçu une vingtaine de lettres de communes pour savoir s'il voulait de leurs corbillards", narre Yvan Quercy. 

- Chute des visites à cause du Covid -

Dans l'allée, autour d'un interminable tapis bleu, des dizaines de corbillards hippomobiles, peints en noir, mais tous différents, racontent un pan de l'histoire des communes de la région. 

"Dans les paroisses, il y avait une cotisation pour le corbillard de la commune. Tout le monde donnait un peu, en fonction de ses moyens", précise Yvan Quercy. 

"On mesurait la richesse d'une commune à son corbillard", ajoute-t-il, citant par exemple l'assise haute pour le cocher ou les pompons, réservés aux premières classes. 

Il y a eu une recrudescence des dons de corbillards par les communes au début des années 2000 après une loi interdisant le transport des corps dans des véhicules non réfrigérés. 

Le plus vieux corbillard exposé date de 1820, avec la particularité d'être capitonné à l'arrière.

"C'était la première règle sanitaire de l'époque, lors des épidémies de peste. Ou de Covid, de nos jours", ironise Yvan Quercy. 

Alors qu'ils reçoit entre 600 et 700 visiteurs chaque année, dont une grande partie pendant les vacances de la Toussaint, l'épidémie a fait chuter ses recettes de 80%. "Je n'ai aucune réservation, c'est une catastrophe", regrette-t-il. 

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