Le mouvement des intermittents s'étend à la province

Le mouvement des intermittents s'étend à la province
Théâtre de l'Odéon

, publié le mardi 26 avril 2016 à 19h17

Le mouvement de protestation des intermittents prend de l'ampleur, alors que les partenaires sociaux cherchent toujours un accord sur le régime d'assurance chômage de la branche. Déjà présents au théâtre de l'Odéon à Paris, les intermittents du spectacles ont également investi cinq autres théâtres, selon des sources concordantes.

Les théâtres de Strasbourg, Bordeaux, Lille, Montpellier et Caen accueillent des intermittents, dejà présents au théâtre de l'Odéon à Paris, alors que les négociations reprennent mercredi sur leur régime d'assurance chômage.

A Strasbourg, les intermittents se sont réunis en assemblée générale mardi soir dans une salle du Théâtre national et ont voté une occupation symbolique, sans impact sur les deux représentations qui avaient lieu le soir même.

Même situation à Bordeaux, où le théâtre national Bordeaux-Aquitaine (TnBA) était occupé mercredi, mais sans blocage, les représentations ayant eu lieu normalement mardi. En Normandie, la Comédie de Caen avait mis à disposition des intermittents depuis une semaine un petit théâtre de 250 places, le Théâtre des cordes, où il n'y a pas de spectacle à l'affiche. A Lille, le Théâtre du Nord était occupé mercredi et un message des intermittents était lu avant chaque représentation. A Montpellier, le centre dramatique national était également occupé mercredi.

Mardi soir, la représentation de "Phèdre(s)" avec Isabelle Huppert, programmée au théâtre de l'Odéon à Paris, avait été annulée après l'appel des intermittents "à perturber" le spectacle. La représentation de "Lucrèce Borgia" à la Comédie Française également.

La journée de lundi devait être une date butoir pour parvenir à un accord sur le régime d'indemnisation des intermittents. Mais les partenaires sociaux n'ont pas réussi à s'entendre, le patronat maintenant son objectif, à savoir l'allègement de 185 millions d'euros de l'enveloppe réservée au financement des indemnités chômage. "Il nous manque encore deux choses pour parvenir à un accord", a expliqué dans la nuit dans la nuit de lundi à mardi Denis Gravouil, secrétaire général de la CGT Spectacle (majoritaire). "D'abord des éléments chiffrés qui nous permettront de savoir qui est touché par telle ou telle mesure, positivement ou négativement", a-t-il ajouté. "Quant aux employeurs, ils nous disent qu'ils sont prêts à mettre 31 millions d'euros de cotisations nouvelles sur la table mais pour moitié ce ne sera pas avant janvier 2018", a-t-il déploré. Les négociations reprendront mercredi 27 avril dans l'après-midi, toujours au ministère du Travail, à la veille de la journée de mobilisation dans toute la France contre le projet de loi Travail. Un accord doit être rendu à l'Unédic avant jeudi.

La Coordination des Intermittents et précaires (CIP) a fait part mardi après-midi de sa détermination à poursuivre l'occupation du théâtre de l'Odéon jusqu'à la reprise des discussions mercredi. Depuis dimanche soir, une cinquantaine d'étudiants, de chômeurs, d'intermittents, de précaires, et de "nuitsdeboutistes" occupent la terrasse de l'Odéon, au premier étage du théâtre. Les intermittents rassemblés sur la place face au théâtre ont été éloignés par les CRS lundi soir dans les rues adjacentes.



REFUS DE JOUER SOUS LA PROTECTION DES FORCES DE L'ORDRE

"Tout en déplorant les incidents de la veille au soir, Stéphane Braunschweig, directeur de l'Odéon, ne peut accepter qu'un spectacle ne puisse être joué que sous la protection des forces de l'ordre", a poursuivi la direction. "A son très grand regret, et par souci de la sécurité du public et des artistes, il a donc pris la décision d'annuler la représentation de Phèdre(s) prévue ce soir", indique encore le théâtre de l'Odéon. La direction du théâtre a souligné qu'elle "fait confiance à la négociation en cours (....) et espère qu'elle aboutira rapidement à un accord permettant de garantir le régime spécifique d'assurance chômage des artistes et techniciens intermittents du spectacle".

Une cinquantaine d'intermittents occupaient la Comédie Française mardi soir, provoquant l'annulation de la représentation de "Lucrèce Borgia", et les accès du théâtre étaient bloqués par les forces de l'ordre, a-t-on appris auprès de ces dernières et de techniciens.



Depuis toujours le régime des intermittents du spectacle est problématique. Artistes ou techniciens du spectacle embauchés sous contrat de travail à durée déterminé dit d'usage, ils cotisent à l'assurance-chômage selon des règles spécifiques compenser leur précarité. Le déficit de ce régime s'est considérablement accru depuis les années 1980, le nombre de bénéficiaires ayant fortement augmenté. Il atteint environ un milliard d'euros chaque année, soit environ un quart du déficit général. Un cadrage financier, proposé le 24 mars par la partie patronale et signé par la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC (syndicats minoritaires dans le spectacle) impose un effort global de 185 millions d'euros d'économies en année pleine d'ici à 2018 aux intermittents, mais suggère que l'État en compense une partie, à hauteur de 80 millions.

Des conditions jugées "inacceptables" par la CGT et la Coordination des Intermittents et précaires (CIP). Toutes deux craignent que la participation de l'État n'ouvre la voie à une "caisse autonome", qui sortirait les intermittents de la solidarité interprofessionnelle. Le risque serait alors considérable d'un désengagement de l'État lors d'une alternance politique. En déplacement lundi dans la Drôme et en Ardèche, la ministre de la Culture, Audrey Azoulay, a dit "comprendre cette mobilisation". "Il faut attendre le résultat des négociations", a-t-elle ajouté.

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