Le gouvernement toujours "clairement" opposé à la légalisation du cannabis

Le gouvernement toujours "clairement" opposé à la légalisation du cannabis
Malgré une des législations les plus répressives du Vieux continent, la France est championne d'Europe de la consommation de cannabis (Photo d'illustration)

Orange avec AFP-Services, publié le jeudi 20 juin 2019 à 12h25

Un rapport émanant du Conseil d'analyse économique (CAE), un groupement d'économistes rattaché à Matignon, appelle à légaliser le cannabis en France, ce que préconisent également des députés de tous bords, dont "des marcheurs", dans une proposition de loi dévoilée cette semaine.

Faut-il légaliser le cannabis en France ? Alors que l'expérimentation du cannabis thérapeutique commencera début 2020, plusieurs voix s'élèvent cette semaine en ce sens. Mardi 18 juin, des députés de quatre groupes politiques, dont cinq "marcheurs",  ont prôné dans une proposition de loi transmise mardi à la presse une "légalisation contrôlée" du cannabis.

Le lendemain, plus de 70 personnalités, dont les ex-têtes de liste aux européennes Yannick Jadot et Raphaël Glucksmann, ont appelé les pouvoirs publics "à agir vite" pour légaliser le cannabis au nom du "pragmatisme", dans une tribune publiée dans l'Obs. "Il faut en finir avec le statu quo.

La France doit légaliser le cannabis, qu'il soit utilisé à des fins thérapeutiques comme récréatives, pour les consommateurs de plus de 18 ans", ont réclamé les signataires, parmi lesquels figurent notamment des élus de gauche, trois députés LREM, des chercheurs, des médecins et les anciens ministres Bernard Kouchner et Daniel Vaillant.



Ce jeudi, un rapport émanant du Conseil d'analyse économique (CAE), un groupement d'économistes rattaché à Matignon et dirigé par Philippe Martin, réputé proche d'Emmanuel Macron, enfonce le clou. Intitulé "Cannabis : comment reprendre le contrôle ?", ce document purement consultatif étrille 50 ans de politiques gouvernementales et appelle à créer un "monopole public de production et de distribution du cannabis". Alors qu'Emmanuel Macron a écarté la dépénalisation et instauré une amende de 200 euros pour les petits consommateurs, ce cercle d'économistes recommande également à la France une légalisation totale comme au Canada, dans certains États américains ou en Uruguay. 

L'"échec" de la répression

"Le système de prohibition promu par la France depuis 50 ans est un échec", estiment les auteurs, Emmanuelle Auriol et Pierre-Yves Geoffard. Malgré une des législations les plus répressives du Vieux continent, la France est championne d'Europe de la consommation de cannabis : avec 5 millions d'usagers en 2017 et une consommation "préoccupante" chez les mineurs.  Selon la littérature scientifique, une "consommation modérée" de cannabis n'a "pas d'effets nocifs sérieux avérés" sur la santé des adultes, rappelle la note. Cette drogue augmente en revanche le risque de schizophrénie "des plus jeunes". Le CAE recommande donc une légalisation accompagnée d'une interdiction de vente aux mineurs.

Pour cela, les économistes souhaitent une "gestion étatique centralisée" comme en Uruguay ou au Québec. Concrètement, l'État délivrerait des licences à des "producteurs et distributeurs agréés", comme pour le tabac. Mais contrairement à la cigarette, le cannabis serait vendu dans des boutiques spécialisées, interdites aux mineurs et plus faciles à surveiller.

Ce système serait chapeauté par une "autorité administrative indépendante", chargée de réguler le marché et de créer les conditions pour assécher le marché noir. La note recommande un prix final de neuf euros pour un gramme d'herbe, contre environ 11 euros dans la rue.

Près de 3 milliards d'euros de recettes fiscales

Le CAE a aussi estimé les retombées économiques d'une telle légalisation. En émettant l'hypothèse d'une consommation annuelle de cannabis de 500 à 700 tonnes par an, les économistes estiment qu'une légalisation pourrait créer entre 27.500 et 80.000 emplois en France et générer des recettes fiscales de 2 à 2,8 milliards d'euros.

Une manne qu'ils recommandent de réinvestir dans la prévention, les quartiers populaires et la lutte contre le trafic. "Bien qu'on les oppose généralement, légalisation et répression sont des politiques publiques complémentaires", remarque le document.

Matignon dit nonMais Matignon a opposé une fin de non-recevoir à cette proposition. "Le gouvernement reste clairement opposé à la légalisation du cannabis", a répondu le cabinet du Premier ministre Édouard Philippe à l'AFP, alors que ce dernier vient d'annoncer que la lutte antistupéfiants serait une "priorité". 

"Le gouvernement, même si pour l'instant il a fermé la porte, devrait accepter qu'il y ait un débat, notamment un débat parlementaire sur ce sujet-là pour que les uns et les autres puissent se faire une opinion définitive", a de son côté suggéré le porte-parole des députés PS Boris Vallaud sur France 2.  Sur BFMTV, le député de La France insoumise François Ruffin s'est également dit "favorable" à la dépénalisation et à la légalisation du cannabis.

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