Le couvre-feu, une mesure "nécessaire" qui pourrait faire ses preuves d'ici "trois semaines", selon les spécialistes

Le couvre-feu, une mesure "nécessaire" qui pourrait faire ses preuves d'ici "trois semaines", selon les spécialistes
Paris, le 6 octobre 2020.

, publié le jeudi 15 octobre 2020 à 10h12

Le couvre-feu est une mesure "nécessaire" pour faire face à la reprise de l'épidémie de Covid-19 en France, estime Pascal Crépey, épidémiologiste à l'école des hautes études en santé publique dans Le Parisien. Une question se pose néanmoins : faut-il l'avancer avant 21H ?

Emmanuel Macron a annoncé mercredi 14 octobre que des couvre-feux seraient imposés dès samedi pour un mois, voire jusqu'au 1er décembre, en Île-de-France et dans huit métropoles de 21H00 à 06H00 afin d'endiguer l'épidémie de coronavirus.

"Nous sommes dans une situation qui est préoccupante et qui justifie que nous ne soyons ni inactifs, ni dans la panique", a déclaré le chef de l'État. Afin de réussir à baisser le nombre de contaminations "par jour de 20.000 à 3.000 ou 5.000" et ainsi faire baisser la pression sur les hôpitaux, "nous devons prendre des mesures plus strictes" que celles prises ces derniers mois, a-t-il ajouté.




Si la mesure risque d'être impopulaire auprès des Français et décriée par certains dans l'opposition, elle est en tous cas saluée par les spécialistes.  "Je pense que cette mesure est nécessaire", estime dans les colonnes du Parisien Pascal Crépey, épidémiologiste à l'école des hautes études en santé publique. "Enfin, on commence à tirer les vraies leçons de cette crise, à arrêter de courir après l'épidémie, ce couvre-feu à 21 heures est un signe fort, cette mesure doit avoir des résultats, on l'a vu en Guyane. Et pour la première fois, un chiffre est fixé", abonde Anne-Claude Crémieux, professeure à l'hôpital parisien Saint-Louis auprès du quotidien. 

Mis en place dès mars, puis renforcé cet été, le couvre-feu a d'ores et déjà fait ses preuves en Guyane. D'après une étude prépubliée lundi, à laquelle l'Institut Pasteur a contribué, et que Libération a relayée, il a permis de réduire de 36% le taux de transmission du virus. "Du fait du couvre-feu, nous avons bénéficié d'une réduction de moitié du pic d'hospitalisations en réanimation", a aussi expliqué Clara de Bort, directrice de l'Agence régionale de santé Guyane, sur Franceinfo.

Un couvre-feu trop long? ou trop tardif ?

Fallait-il prendre cette décision plus tôt ? "Il faut prendre les décisions au bon moment. Elle aurait pu être prise deux jours avant, mais elle aurait été encore moins comprise", a souligné jeudi matin sur France Inter Aurélien Rousseau, le directeur de l'Agence régionale de santé Île-de-France. "Notre obsession c'est de ne pas laisser d'angle mort. Là on avait un angle mort dans nos politiques de repérage sur la sphère privée", a-t-il estimé.



Pour M. Rousseau, "il faut attendre entre 15 jours et trois semaines" pour savoir si le couvre-feu porte ses fruits. Mais "on sait qu'il y aura dans 15 jours, entre 800 et 1000 patients en réanimation en Île-de-France", a-t-il prévenu.



De son côté, Pascal Crépey critique la durée de six semaines. "C'est un peu long dans des métropoles comme Aix- Marseille où l'épidémie commence déjà à ralentir, je ne serais pas étonné que la grogne monte même si la situation est compliquée et qu'il est urgent de réduire le nombre d'entrées à l'hôpital."

Le professeur Djillali Annane, chef du service de réanimation de l'hôpital Raymond Poincaré à Garches (Hauts-de-Seine) est lui plus radical : c'est trop tardif. "Je défends la thèse que 19H ou 20H est un horaire bien plus efficace que 21H, explique le médecin sur France Inter. On a eu l'expérience en Guyane : au début le couvre-feu avait été fixé à 23H , mais ça n'a pas marché tant qu'on l'a pas abaissé à 17H". Le spécialiste craint que cet horaire ne permette pas d'éviter les réunions entre amis ou en famille. Cela signifierait que la soirée commence juste un peu plus tôt, avant 21H et dure toute la nuit jusqu'à 6H du matin, "surtout le week-end, explique-t-il, où rien n'a été prévu de différent "alors qu'en Guyane, le week-end, le couvre-feu allait du vendredi 19H jusqu'au lundi matin".

Les sceptiques

(ertains spécialistes sont néanmoins moins convaincus du bien-fondé de la mesure. "Le problème, c'est qu'on ne peut établir de corrélation certaine (entre couvre-feu et réduction des contaminations) puisque le couvre-feu n'était pas la seule mesure imposée en Guyane pour endiguer le virus", souligne ainsi Michèle Legeas, enseignante à l'Ecole des hautes études en santé publique, spécialiste de l'analyse et de la gestion des situations à risques sanitaires, dans 20 Minutes. "On ne sait pas réellement quand et comment se fait la transmission du coronavirus", même si "on constate aujourd'hui (qu'il) circule beaucoup en France dans la tranche d'âge des 15-45 ans" et qu'on "suppose que cette tranche d'âge sort le soir", indique-t-elle.

S'il permet de limiter les conséquences économiques sur les entreprises, le couvre-feu ne remplace cependant pas la fermeture des lieux qui constituent les principaux clusters, soulignent des experts. "C'est beaucoup en entreprise, dans les universités et les écoles", relève Nathan Peiffer-Smadja, infectiologue au CHU Bichat, à Paris, sur Franceinfo. Il aurait donc fallu insister davantage sur "le télétravail qui est important car on voit énormément de clusters en entreprise", estime Nathan Peiffer-Smadja, alors qu'Emmanuel Macron a expliqué mercredi soir qu'il ne souhaitait pas l'imposer, en relevant qu'on "a besoin d'échanger avec les collègues de travail". 
 

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