"Le clientélisme, je l'assume": à Levallois, l'imparable recette Balkany

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En près de 40 ans à la tête de Levallois, le couple Balkany (ici lors d'un meeting de campagne de LR le 3 décembre 2015) s'est assuré le soutien infaillible d'électeurs, au prix d'un endettement colossal
En près de 40 ans à la tête de Levallois, le couple Balkany (ici lors d'un meeting de campagne de LR le 3 décembre 2015) s'est assuré le soutien infaillible d'électeurs, au prix d'un endettement colossal
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© AFP, LIONEL BONAVENTURE

AFP, publié le samedi 21 septembre 2019 à 12h14

Epinglé dans les prétoires, célébré dans l'isoloir : en près de 40 ans à la tête de Levallois, le couple Balkany s'est assuré le soutien infaillible d'électeurs en misant sur des services de pointe pour les seniors et les enfants. Au prix d'une dette colossale.

"Vous avez notre total soutien, vous êtes un homme formidable et un homme politique comme il ne s'en fait plus". "Chers Patrick et Isabelle, merci de votre dévotion, Levallois est un havre de paix, et c'est grâce à vous".

Les messages de soutien se comptent par dizaines dans le cahier mis à disposition dans le hall de l'Hôtel de ville depuis l'incarcération du maire Patrick Balkany, condamné le 13 septembre à quatre ans de prison pour fraude fiscale

Sa cote d'amour auprès de nombreux habitants de cette commune huppée de l'ouest parisien n'a pas baissé, tout comme celle de sa femme et première adjointe, Isabelle Balkany, elle-même condamnée à trois ans ferme. Au point que les deux édiles envisagent de se représenter aux municipales de 2020.

"Je ne me l'explique pas rationnellement", affirme à l'AFP Mme Balkany, devenue maire par intérim. "Il y a entre mon mari et les habitants de Levallois une espèce de lien qui est fait d'amitié et d'affection".

Pour consolider ce "lien" sentimental, les deux édiles ont toutefois mis en place, au fil des années, une stratégie coûteuse pour choyer les 65.000 habitants de Levallois, au grand dam de l'opposition municipale.

- Mise en scène "grotesque" -

En plus d'une sortie offerte au Lido ou en bateau-mouche, les seniors reçoivent tous chaque année des cadeaux de la mairie. Cet été, ils ont été gratifiés d'une gourde thermos et à Noël dernier, d'un colis avec une demi-bouteille de moelleux et du foie gras.

Patrick Balkany se charge parfois lui-même de la distribution dans une mise en scène qualifiée de "grotesque" par Arnaud de Courson, opposant divers droite.

"Ce ne sont pas les Balkany qui font des cadeaux, ce sont les impôts des Levalloisiens", recadre-t-il. "Dépenser l'argent des autres en disant +c'est moi qui vous donne+, c'est quand même un stratagème assez grossier", acquiesce Anne-Eugénie Faure, élue d'opposition PS.

Autre cœur de cible : les familles avec enfants. Des animateurs de la ville sont à disposition pour garder les enfants après l'école jusqu'à 19h00. Les places en crèche sont nombreuses et les infrastructures de haut niveau.

Piscine municipale avec sauna et jacuzzi, conservatoire de musique haut de gamme... Les enfants "sont bien choyés", insiste François-Xavier Weiss, adjoint au maire délégué à la Jeunesse et l'Evènementiel. "A une époque, on allait même jusqu'au Canada faire des classes vertes".

Autant de services qui coûtent cher. En 2017, la Cour des comptes pointait du doigt "le caractère préoccupant de la situation financière de la collectivité" et "les dérives de la gestion municipale". Avec plus de 350 millions d'euros de dette, Levallois est la ville la plus endettée de France par habitant, selon le site économique Le Journal du Net.

"Mais par rapport aux actifs de la ville, c'est une dette tout-à-fait mesurée", temporise Bertrand Percie du Sert, ancien adjoint de M. Balkany, passé en juin à LREM."La ville a beaucoup investi pour les Levalloisiens et les installations leur appartiennent", précise-t-il, citant notamment les 21 parkings de la commune.

- La menace d'un second jugement  -

La stratégie dépensière est parfaitement assumée par la municipalité qui a fait construire à tour de bras sur les anciennes friches industrielles pour accueillir sièges sociaux d'entreprises et ménages aisés. La mairie ne lésine pas non plus lorsqu'il s'agit d'organiser des fêtes pour les habitants.

Anne-Eugénie Faure se rappelle notamment de vœux en 2010 lors desquels les Balkany avaient transformé la salle des mariages en plage. Les employés de la mairie s'étaient vu servir des cocktails fumants sophistiqués. "C'était énorme", se remémore l'élue.

Mais plus que ces dépenses somptuaires, Mme Faure dénonce le clientélisme des Balkany. "Patrick Balkany dit aux habitants, +sans moi, point de salut+. Combien de fois j'ai entendu en porte-à-porte : +le maire m'a donné un logement+", rappelle-t-elle. "Il faut venir quémander" pour obtenir une place en crèche ou en HLM. "Ça créé une situation de redevable", affirme-t-elle.

Arnaud de Courson dénonce de son côté un "système opaque" et "de la subvention déguisée".

Des "mensonges", rétorque Isabelle Balkany : "Moi, le clientélisme, je l'assume totalement. C'est simplement être disponible, présent et être à l'écoute des gens."

"Là où c'est différent, c'est quand vous êtes à Sarcelles et que vous promettez une mosquée à la communauté musulmane, ça c'est du clientélisme", affirme François-Xavier Weiss.

Malgré son incarcération, Patrick Balkany semble bien vouloir briguer un sixième mandat, même si plane la menace d'un second jugement en octobre pour blanchiment et corruption.

"Il est sûr que la marque Balkany pèse au moins 25% à Levallois", avance M. Weiss. "Et avec 25%, on reste assis à la table des négociations", conclut l'adjoint.

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