Le cinéaste Laurent Cantet interpelle Emmanuel Macron sur le sort des migrants

Le cinéaste Laurent Cantet interpelle Emmanuel Macron sur le sort des migrants©Panoramic

6Medias, publié le dimanche 23 juillet 2017 à 16h50

"La seule chose que nous puissions faire, c'est dénoncer par tous les moyens l'indignité de ce que vous faites en notre nom à tous". Dans une lettre ouverte à Emmanuel Macron, publiée ce samedi sur Mediapart, le cinéaste Laurent Cantet fait part de son "profond écoeurement" sur le sort réservé aux migrants, après une tentative de suicide en rétention.

"Le 14 juillet, le jour où, au côté de Monsieur et Madame Trump, vous commémoriez la prise de La Bastille et l'avènement d'un monde plus juste (...), Madame Cao, une jeune femme d'origine chinoise, mère d'une fillette de 10 ans scolarisée en France et enceinte de 4 mois, était conduite à l'aéroport pour être expulsée vers la Chine qu'elle avait quitté il y a deux ans avec sa famille.

Ce jour là, elle a refusé d'embarquer, et a été replacée au centre de rétention du Palais de Justice de Paris, celui-là même où elle venait de passer trois semaines et où elle avait perdu 8 kilos, mettant en danger l'enfant qu'elle attend", raconte le réalisateur, Palme d'or à Cannes en 2008 pour "Entre les murs".

Et de poursuivre : "Le 22 juillet, toujours plus affaiblie par ce séjour prolongé en centre de rétention, Madame Cao a tenté de mettre fin à ses jours en s'ouvrant le poignet. Conduite d'urgence à l'hôpital, elle a été soignée, puis sitôt hors de danger, reconduite en rétention !"

En 2015, sous François Hollande, la France s'était engagée à accueillir près de 30 000 demandeurs d'asile d'ici sur son sol à 2017. Mais on serait encore loin du compte. L'Hexagone a accueilli près de 5 940 réfugiés selon les chiffres de la Commission européenne datant de juillet 2017.

Laurent Cantet rappelle le président de la République à ses récentes déclarations. Le 22 juin dernier, Emmanuel Macron en appelait "à la plus grande humanité" dans la gestion des migrants et avait assuré que la réforme du droit d'asile faisait partie des "priorités du travail gouvernemental", après les critiques renouvelées par le Défenseur des droits Jacques Toubon au sujet du site de Calais. Le lendemain, le chef de l'État jugeait depuis Bruxelles que "nous devons accueillir des réfugiés, car c'est notre tradition et notre honneur".

Mais de nombreuses associations et personnalités ont dénoncé un double discours entre Emmanuel Macron et Gérard Collomb. En juin, le ministre de l'Intérieur, lui, a affiché sa fermeté vis-à-vis de Calais qu'il a qualifié "d'abcès de fixation". Il avait alors réaffirmé son refus de tout centre d'accueil des migrants au nom du risque "d'appel d'air".

"Est-ce pour en arriver là que j'ai voté pour vous au second tour de l'élection présidentielle, espérant faire barrage aux idées nauséabondes du Front national ? Depuis longtemps, l'indignité de notre nation grandit de gouvernement en gouvernement. Je crains que ce ne soit pas le vôtre qui mette un terme à cette escalade. (...) Je ne suis pas le seul à m'indigner. Nous sommes nombreux à réclamer un traitement décent pour tous les réfugiés", s'insurge encore Laurent Cantet dans sa missive.

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