Le cardinal Barbarin fixé sur son sort judiciaire jeudi

Chargement en cours
Le cardinal Philippe Barbarin lors de son procès en appel pour non dénonciation d'agressions sexuelles sur mineurs, le 28 novembre 2019 à Lyon
Le cardinal Philippe Barbarin lors de son procès en appel pour non dénonciation d'agressions sexuelles sur mineurs, le 28 novembre 2019 à Lyon
1/2
© AFP, JEFF PACHOUD

, publié le mercredi 29 janvier 2020 à 14h36

La cour d'appel de Lyon se prononce jeudi sur le cas du cardinal Barbarin, condamné en mars à 6 mois de prison avec sursis pour n'avoir pas dénoncé à la justice les abus sexuels perpétrés par l'ex-prêtre Bernard Preynat.

Pour le Primat des Gaules, c'est l'aboutissement d'un feuilleton qui a débuté en 2015, avec les plaintes déposées par plusieurs anciens scouts victimes il y a une trentaine d'années de l'ancien aumônier de Sainte-Foy-Les-Lyon (Rhône).

Quatre ans après, une procédure de citation directe a contraint Philippe Barbarin, pointé du doigt pour avoir tu les abus de Preynat, à comparaître malgré le classement de l'enquête. Un procès très médiatisé qui a plongé l'Eglise de France dans l'embarras.

A cette heure, la principale interrogation pour l'archevêque de 69 ans réside dans la volonté des juges de suivre ou non les réquisitions du parquet.

Ce ne fut pas le cas en première instance. Le ministère public n'avait pas demandé de condamnation mais le tribunal avait finalement condamné en mars 2019 le prélat à six mois de prison avec sursis, conduisant ce dernier à présenter sa démission - refusée par le pape - puis à se mettre en retrait du diocèse.


Lors de l'audience d'appel, le procureur général Joël Sollier a réclamé la relaxe, construisant son réquisitoire autour de la dissociation entre le "cas individuel" du cardinal Barbarin et les "fautes morales et pénales" commises par l'Église face à la pédocriminalité dans ses rangs.

Appelant les juges à éviter "la recherche du symbole", il a estimé que l'archevêque n'avait pas eu la volonté d'entraver la justice et souligné qu'il n'était pas souhaitable de reprocher au cardinal de ne pas avoir dénoncé des faits vieux de trente ans, y voyant dans le cas contraire une "conception extensive" du droit qui "fait courir le risque d'ajouter de l'injustice à l'injustice".

Ces réquisitions font craindre aux parties civiles une décision défavorable.

"Compte tenu du déroulement du procès du mois de novembre, j'ai un peu l'impression que cela ne va pas être jugé en notre faveur. J'ai vraiment senti un avocat général très virulent et une défense du cardinal Barbarin extrêmement sûre d'elle", redoute notamment Pierre-Emmanuel Germain-Thill.

- Départ inéluctable? -

Sauf revirement de dernière minute, le cardinal Barbarin n'apparaîtra pas jeudi après-midi face aux juges.

"Il n'avait pas exclu d'y être, mais nous lui avons recommandé de ne pas venir", a indiqué à l'AFP son avocat Jean-Félix Luciani, précisant que cet avis avait été émis "au regard de toute l'intendance que cela nécessite, notamment en matière de sécurité, mais aussi pour préserver sa santé".

"Il attend la décision judiciaire avec le sentiment de ne pas avoir commis d'infraction pénale, mais ses pensées vont très franchement davantage vers les victimes que vers son propre sort", a-t-il ajouté, en écho aux déclarations du cardinal à l'issue de l'audience en appel. 

François Devaux, président de l'association la Parole libérée, partie civile au procès, regrette quand à lui que le cardinal n'ait pas déjà annoncé son départ, selon lui inéluctable, alors qu'il s'est déjà mis en retrait de la gestion du diocèse lyonnais.

"J'avais la conviction qu'il nous l'annoncerait avant cette décision. Je pensais que cela aurait été une sortie un peu plus digne. Il ne peut plus rester au diocèse quelle que soit la décision judiciaire, moralement ce serait inacceptable", a-t-il déclaré, impatient de découvrir "le regard que la justice va porter sur tout cela".

"Je veux que la justice se positionne puis on verra où se positionne la morale par rapport à ça. J'attends une décision argumentée, motivée qui réponde un maximum à la démarche qui est la nôtre", a-t-il ajouté.

Dix jours après le procès de Bernard Preynat, contre lequel ont été requis au moins huit ans de prison, le cofondateur de la Parole libérée observe une "grande différence" dans l'attitude des deux prévenus.

"Preynat a reconnu les faits, il ne s'est pas caché, alors que Barbarin n'a pas fait d'examen de conscience, il cherche toujours ce qu'on lui reproche, il fait l'anguille. Je pense que ce n'est pas très glorieux, pas à la hauteur de ce qu'on pourrait attendre de ces personnes-là".

Vos réactions doivent respecter nos CGU.