Le calendrier du déconfinement tenu : les épidémiologistes mettent en garde contre une décision prématurée

Le calendrier du déconfinement tenu : les épidémiologistes mettent en garde contre une décision prématurée
Un patient en soins intensifs à l'Institut mutualiste de Montsouris à Paris le 21 avril 2021.

publié le jeudi 22 avril 2021 à 13h02

L'épidémiologiste Catherine Hill craint qu'un déconfinement début mai, alors que beaucoup n'ont encore reçu qu'une seule dose de vaccin, participe à l'émergence de mutations permettant au virus de résister aux vaccins. 

Le nombre de malades du Covid-19 hospitalisés en réanimation est resté au-dessus des 5.900 personnes selon les chiffres publiés par Santé publique France mercredi 21 avril. Un niveau inférieur au pic de la première vague en avril 2020 (7.000) mais supérieur à celui de la deuxième.

Le nombre global de malades du Covid-19 hospitalisés est également en légère baisse, avec 30.954 patients recensés mercredi contre 31.086 mardi ; un plateau encore très haut par rapport au seuil de 5.000 cas de contaminations quotidiens fixés par Emmanuel Macron en octobre comme condition pour sortir du second confinement.  


Pourtant, l'exécutif entend tenir son calendrier de déconfinement avec la réouverture des écoles maternelles et primaires dès lundi 26 avril puis celle des collèges et des lycées lundi 3 mois. Ce même  jour pourraient également être levées les restrictions de circulation. Une décision qui est jugée précipitée par plusieurs épidémiologistes. Si le taux de reproduction (R0) du virus, indicateur-clé correspondant au nombre de personnes infectées pour un seul malade, est "passé sous les 0,9", selon l'épidémiologiste Antoine Flahaut sur RTL, il estime que "ce serait trop prématuré d'ouvrir le pays aujourd'hui", se disant favorable à trois semaines supplémentaires de semi-confinement.

Le nombre de cas positifs sous-estimé ? 

Catherine Hill, épidémiologiste à l'institut Gustave-Roussy de Villejuif, tient des propos moins mesurés dans les colonnes de la Dépêche du Midi. "C'est beaucoup trop tôt ! C'est une catastrophe. Les niveaux sont extrêmement élevés. On vient de dépasser le pic de la deuxième vague et on décide de lever le pied !", lâche-t-elle. Et d'ajouter : "Mais c'est de la politique... c'est le pari de Macron. On est quand même à 300 morts par jour".

Pour celle qui regrette que la France n'ait pas dépister massivement dès le début de l'épidémie, "le nombre de cas trouvés n'est pas un bon indicateur, il dépend du jour de la semaine et sous-estime énormément le nombre de personnes positives, car environ les deux tiers ne sont pas testées. Il faut bien comprendre que plus de 50 % des contaminations viennent d'un porteur asymptomatique du virus qui n'a pas de raison de se faire tester". Ainsi, le pari de macron de tomber à 20.000 contaminations par jour d'ici la mi-mai est un mauvais choix.

Une vaccination encore trop lente

Mahmoud Zureik, professeur d'épidémiologie et de santé publique à l'université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, regrette de son côté que les modalités de déconfinement ne soient pas plus claires : "Le gouvernement n'a pas conditionné l'application des mesures restrictives à un niveau de circulation du virus ou un nombre de personnes en réanimation", a regretté le chercheur. Dans ce cas, "pourquoi ne pas ouvrir dès demain, "a-t-il encore ironisé, selon des propos rapportés par Franceinfo.



Quant à l'autre pari d'Emmanuel Macron - 20 millions de premières doses injectées à la mi-mai - , il pourrait être dangereux. "On ne tient pas le rythme de 500 000 doses injectées par jour. C'est ça qu'il faut tenir, et même dépasser", avance Yves Buisson, épidémiologiste et président de la cellule Covid-19 de l'Académie nationale de médecine, interrogé par Franceinfo. "Ce qui est dangereux, c'est de laisser le virus circuler dans une population partiellement vaccinée, courant ainsi le risque de sélectionner des mutations résistantes aux vaccins", met en garde Catherine Hill.  

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