Le boulanger en grève de la faim pour son apprenti a été hospitalisé

Le boulanger en grève de la faim pour son apprenti a été hospitalisé
Stéphane Ravacley à Besançon, le 6 janvier 2021.

, publié le mardi 12 janvier 2021 à 16h06

Son apprenti guinéen a dû interrompre sa formation, visé par une obligation de quitter le territoire français.

Il a perdu 8 kg en huit jours. Stéphane Ravacley, le boulanger de Besançon qui a entamé une grève de la faim pour protester contre l'expulsion de son apprenti guinéen, a fait un malaise mardi 12 janvier et a été conduit aux urgences, a-t-il indiqué. Il a été "pris en charge peu avant 9h par les sapeurs-pompiers qui l'ont conduit au CHU de Besançon", a confirmé la préfecture du Doubs.

En grève de la faim depuis huit jours, l'artisan de 50 ans est "tombé dans les pommes" mardi vers 8h30 alors qu'il se trouvait dans sa voiture, devant sa boulangerie du centre-ville de Besançon, a précisé la responsable des ventes du commerce, Anne-Sophie Rousseaux. "Il est à l'hôpital, mais son état n'est pas trop grave", a-t-elle rassuré. Contacté alors qu'il se trouvait encore aux urgences, Stéphane Ravacley a précisé qu'il se sentait "très faible". Il ne se nourrit plus que de bouillon et a perdu environ huit kilos depuis le début de sa grève de la faim. Une infirmière lui rend visite tous les deux jours.


Son ancien apprenti Laye Fodé Traoré, 18 ans, a dû interrompre sa formation. Pris en charge en France en tant que mineur isolé, il est visé par une obligation de quitter le territoire français (OQTF) délivrée par la préfecture de la Haute-Saône, département où il réside. Le jeune Guinéen a saisi le tribunal administratif de Besançon pour contester juridiquement cette OQTF et le refus de la préfecture de lui délivrer un titre de séjour. Sa requête sera examinée le 26 janvier. Selon son avocate, la préfecture considère que ses documents d'identité ne sont pas authentiques. Ces documents sont en cours de validation par l'ambassade de Guinée en France, a-t-elle relevé vendredi.

Raphaël Glucksmann, Omar Sy, Leïla Slimani, Nicolas Hulot, Edgar Morin, Laurent Berger, Marion Cotillard et plusieurs maires EELV ont appelé lundi le Président de la République à "aider le boulanger de Besançon en grève de la faim !", dans une tribune signée dans le Nouvel Observateur.

La pétition en faveur de Laye Fodé Traoré, lancée par Stéphane Ravacley, avait recueilli mardi plus de 220.000 signatures. Il a par ailleurs mis en place lundi une page Facebook pour centraliser les témoignages de tous les employeurs et apprentis confrontés au même problème que lui, nombreux selon lui.

La situation d'un jeune apprenti boulanger guinéen menacé d'expulsion, dont le patron a entamé une grève de la faim à Besançon, est un "cas particulier", a estimé vendredi la ministre du Travail Elisabeth Borne lors d'un déplacement dans le Doubs.


Laye Fodé Traoré, 18 ans, est visé par une obligation de quitter le territoire français (OQTF) délivrée par la préfecture de la Haute-Saône. Il a dû interrompre sa formation chez Stéphane Ravacley, boulanger à Besançon qui a entamé une grève de la faim dimanche pour garder le jeune homme, un "bon gamin" travailleur.

"Dans le principe, ça ne devrait pas se passer comme ça", avait estimé vendredi la ministre du Travail, Élisabeth Borne, interrogée sur cette situation en marge d'un déplacement sur le thème de la formation. "Quand on accueille des mineurs non accompagnés qui s'engagent dans des formations, au bout de deux ans, si tout s'est bien passé, alors ils peuvent continuer à travailler en France".

"Mais là c'est un cas particulier", a-t-elle estimé. "Il y a une contestation sur sa situation, (...) les autorités judiciaires vont être amenées à se prononcer".

À la majorité, les mineurs isolés formulent une demande de titre de séjour. La loi pose trois conditions pour son obtention : avoir une formation qualifiante sérieuse, ne plus avoir de lien fort et régulier avec le pays d'origine, et pouvoir justifier de son identité pour prouver sa minorité lors de la prise en charge par l'aide sociale à l'enfance (ASE).

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