Laïcité : quatre propositions choc du rapport remis au gouvernement

Laïcité : quatre propositions choc du rapport remis au gouvernement
Le collège Gilles-de-Chin est en banlieue de Maubeuge, une des zones visitées par Gilles Clavreul.

Orange avec AFP, publié le jeudi 22 février 2018 à 21h22

Vendredi 23 février, le Premier ministre va présenter son plan de lutte contre la radicalisation. Mais selon Le Figaro, un rapport commandé par l'Intérieur pointe de nombreuses dérives identitaires et recommande des mesures fortes.
Ce rapport de 40 pages et 15 propositions a été commandé au préfet Gilles Clavreul en amont de la présentation du plan de lutte contre la radicalisation dévoilé ce vendredi par Edouard Philippe.

En voici les principales propositions.

► Un engagement pour la laïcité en échange du soutien de l'État (subventions, emplois aidés)

Selon le préfet, c'est à l'Etat qu'il revient de promouvoir les valeurs de la République. Le préfet propose donc de "conditionner le soutien de l'État (attribution de subvention, agrément, soutien à un événement) à l'engagement de respecter et promouvoir" ces valeurs.
Cet engagement pourrait prendre des formes multiples : "faire signer une charte", comme cela se pratique déjà dans certaines CAF ou une formation sur les valeurs de la République, comme le fait déjà la préfecture des Bouches-du-Rhône. La personne pourrait également s'engager lors d'un événement ou mener des actions en faveur de la laïcité.



► Formation laïcité pour tous les agents de l'État avant 2020

Tous les fonctionnaires devront recevoir une formation avant 2020. Gilles Clavreul veut élargir le public concerné par les formations déjà mises en place par le Commissariat général à l'égalité des territoires. Le préfet veut revoir à la hausse l'objectif actuel de 13.000 personnes pour 2018. Les fonctionnaires seront plus nombreux à être concernés. La priorité va aux "adultes-relais, les membres des conseils citoyens, les agents des collectivités locales, les éducateurs sportifs, les intervenants dans le secteur péri-scolaire, les professionnels de la petite enfance, les acteurs de la prévention spécialisée, les agents du service public de l'emploi, ou encore les personnels de la fonction publique hospitalière".

► La laïcité comme épreuve au Bafa

La jeunesse est l'un des principaux enjeux en termes de laïcité. Pour travailler avec les jeunes, les animateurs devront passer une épreuve de "laïcité" pour obtenir le Brevet d'aptitude à la fonction d'animateur (Bafa). Idem pour les centres de formation : leur agrément leur sera donné s'ils respectent cette exigence.

► Cartographier les "situations problématiques"

Le rapport recommande la mise en place d'une cartographie, au niveau national, des "incidents relatifs à la laïcité", "la contestation des valeurs républicaines" et "le non-respect des exigences minimales de la vie en société". Objectif : établir une carte de France des "situations problématiques" dans le "secteur sanitaire et social" et "dans le milieu sportif".



Un rapport contesté

Gilles Clavreul a rédigé son rapport au terme de quatre mois de consultations avec les acteurs associatifs et agents de l'État. Il s'est déplacé dans toute la France, notamment dans des départements "à dominante urbaine", et en dresse un constat alarmiste : les "manifestations d'affirmation identitaire se multiplient et se diversifient", avec, sur certains territoires - agglomérations de Lille, Maubeuge, Toulouse, Marseille, Lyon ou dans les Yvelines - des "contestations de la laïcité". Selon le préfet, ces troubles viennent d'un "islam rigoriste voire radical" mais aussi mouvements de "catholiques intégristes", et d'"évangéliques et juifs orthodoxes". L'ancien délégué interministériel dit "résumer un constat quasi général: dans les lieux où la population de confession musulmane est présente, parfois de façon très majoritaire, le rapport à la République se tend sous l'effet d'une foi de plus en plus ouvertement revendiquée". Il évoque notamment la "radicalisation dans les enceintes sportives", où des parents "exigent le voilement de leur fille".

Le rapport a été très fraîchement accueilli par le président de l'Observatoire de la laïcité, Jean-Louis Bianco. "Si quelques propositions sont de bon sens, je regrette le manque de rigueur méthodologique de ce rapport qui ne repose que sur des 'dizaines de témoignages' dans 'neuf départements' et la méconnaissance d'actions déjà mises en oeuvre par les pouvoirs publics", a commenté l'ancien ministre dans un communiqué.

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