Laïcité : la religion plus importante que les lois de la République pour 43% des lycéens

Laïcité : la religion plus importante que les lois de la République pour 43% des lycéens©Christophe ARCHAMBAULT / AFP

publié le jeudi 09 décembre 2021 à 12h50

SONDAGE. À l'occasion de la journée de la laïcité, une enquête de l'Ifop pour la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra) révèle l'ampleur des atteintes à ce principe dans les lycées.

La moitié des lycéens ont déjà vu des élèves contester les enseignements en raison de leurs convictions religieuses. Le phénomène est particulièrement marqué dans les lycées prioritaires et l'expression du fait religieux plus importante pour les jeunes musulmans. 
De son côté, le ministère de l'Éducation indique que ces contestations augmentent légèrement depuis la rentrée. 


Le contexte. Un comité interministériel de la laïcité se tient à Matignon, jeudi 9 décembre, sous la houlette du Premier ministre Jean Castex, pour préciser plusieurs dispositions de la loi contre le séparatisme. 




Selon le sondage de l'Ifop pour la Licra, 55% des lycéens ont déjà été confrontés à une forme d'expression du fait religieux en milieu scolaire : demandes de menus "confessionnels" (47%), jeunes filles refusant des activités pédagogiques au nom de leur religion (31% pour des cours de natation et 26% pour des cours d'EPS), élèves refusant d'entrer dans un édifice religieux (24%) ou contestant les repas de Noël (27%)...

Plus marqué dans les quartiers prioritaires 

L'enquête relève que ce phénomène est particulièrement marqué dans les quartiers défavorisés : 63% des lycéens inscrits dans un établissement classé prioritaire ont déjà observé des atteintes à la laïcité au cours de leur scolarité. Dans ces lycées, 46% des élèves ont déjà observé un refus de donner la main à un camarade, contre seulement 15% dans les autres établissements. 



Près de la moitié (48%) des lycéens du secteur public rapportent aussi avoir déjà observé des élèves contester le contenu même des enseignements au nom de leurs convictions religieuses. Là encore, la tendance est plus marquée dans les établissements prioritaires : 74% des élèves qui y sont scolarisés (contre 44% dans les autres secteurs) ont déjà observé au moins une forme de contestation d'un cours. 58% des élèves en milieu prioritaire rapportent une contestation en cours d'éducation sexuelle, 51% lors de cours portant sur la mixité filles-garçons. 



En revanche, la grande majorité des lycéens réprouvent ces attitudes : seuls 21% ont déjà partagé personnellement le fond de ces revendications identitaires. Cependant, certaines catégories soutiennent plus largement ces contestations, au premier rang desquels les élèves musulmans (49%), ceux appartenant à une minorité ethnique (49%) ou inscrits dans un établissement prioritaire (53%). 

La religion plus importante que les lois de la République pour 43% des lycéens 

Pour les auteurs de l'enquête, cela tient sans doute beaucoup au respect que les jeunes accordent aux religions. L'idée selon laquelle "les règles édictées par leur religion sont plus importantes que les lois de la République" est ainsi beaucoup plus partagée par les lycéens (43%) que les adultes (20%), les élèves musulmans se distinguant eux-mêmes des autres élèves par un niveau d'adhésion massif à cette idée (65%). 




La question du droit à la critique des religions montre davantage encore le fossé entre les élèves musulmans et les autres sur ces sujets. Alors que la majorité des lycéens (61%) soutiennent le droit des enseignants à "montrer (...) des caricatures se moquant des religions afin d'illustrer les formes de liberté d'expression", ce n'est le cas que de 19% des musulmans. La plupart (81%) désapprouvent ce genre de pratique. Un sur quatre (25%) ne "condamne pas totalement" l'assassin de Samuel Paty. 

Tenues, provocations verbales 

Selon le ministère de l'Éducation nationale, les atteintes à la laïcité à l'école, allant du port de signes ou de tenues à connotation religieuse aux provocations verbales, sont en légère augmentation depuis la rentrée. Elles concernent essentiellement le collège. Entre le début du mois de septembre et la fin du mois de novembre, le ministère recense 614 cas d'atteinte à la laïcité à l'école. Lors de sa dernière publication, le ministère avait évoqué 547 signalements sur la période décembre 2020 - mars 2021. 

"C'est une légère hausse de 12% mais on reste à un niveau élevé de signalements caractérisés. Cela veut dire que la culture du signalement et de la remontée d'informations s'installe", commente le ministère. "Le travail s'est considérablement amélioré sur le plan qualitatif dans la caractérisation des faits et dans leur suivi par les équipes sur le terrain qui représentent entre 400 et 450 personnes". 

Contestations lors des hommages à Samuel Paty 

Dans le détail, sur ces 614 faits, "un tiers (219 faits) relève des incidents enregistrés lors des hommages rendus à Samuel Paty il y a un mois". Sur ces 219 faits, le ministère a enregistré une vingtaine de plaintes. Au plan pénal, il recense deux condamnations et 19 enquêtes en cours. "Une dizaine ont été particulièrement graves, tous on fait l'objet de suivi", a précisé le ministre Jean-Michel Blanquer, jeudi sur RMC/BFMTV. Il assure que "la République est ferme sur ces sujets" et qu'il n'y a pas de laxisme".  

"L'ensemble des faits se passent à 51% dans les collèges, une tendance assez stable, autour des questions vestimentaires du port du voile ou des jupes très longues. Puis nous avons 26% des incidents dans les lycées et 23% dans les écoles maternelles et élémentaires", a détaillé le ministère. "On note que le volume d'incidents survenus dans le primaire a baissé de 10 points : c'est significatif, et nous l'expliquons en partie par l'action que nous avons mené sur cette population avec des sessions d'informations des parents par exemple". Selon le ministère, les élèves restent à 83% les auteurs de ces incidents. On note une baisse de 10% des parents auteurs d'incidents.

Harry Potter contesté 

"Le phénomène majeur, qui représente un quart des incidents, sont les provocations verbales, des hurlements poussés dans les couloirs, en classe, jusqu'à entretenir une rumeur sur un professeur ou des menaces de mort. Est-ce par mimétisme, par pure provocation ? c'est là le plus difficile à analyser sur le terrain", explique le ministre. Le port de signes et de tenues à connotation religieuse "représente 15%, en hausse de 8 points. C'était plutôt tendanciellement en baisse et là on a quelques résurgences du refus d'enlever le voile notamment". 

Par ailleurs, "on retrouve les contestations de l'enseignement qui représentent entre 6% et 10% avec des surprises comme le fait que Harry Potter puisse soulever des problèmes, c'est étonnant", confie le ministre.
Géographiquement, les académies de Versailles, Créteil, Lille, Nice, Toulouse, et Nantes sont les plus concernées par ces incidents, et représentent 52% des signalements. 

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