La ville de Nice teste "Reporty", une application polémique de signalement à la police

La ville de Nice teste "Reporty", une application polémique de signalement à la police
Des policiers municipaux à Nice le 10 janvier 2012.

Orange avec AFP, publié le lundi 15 janvier 2018 à 15h04

SÉCURITÉ. L'application permettant au témoin d'une incivilité de filmer en temps réel pour l'envoyer à la police fait débat, l'opposition parlant même de "délation généralisée".

Ville la plus surveillée de France avec pas moins de 1.950 caméras et où les effectifs de police municipale sont les plus importants, Nice pousse encore plus loin sa politique de sécurité.

À partir de ce lundi 15 janvier, la municipalité teste l'application "Reporty", développée en Israël par la start-up de l'ancien Premier ministre Ehud Barak. Elle permet d'appeler lorsqu'on est témoin d'une incivilité et de filmer l'incident en temps réel avec le Centre de supervision urbain (CSU) de la police municipale.

"Chacun d'entre nous doit devenir un citoyen engagé acteur de sa propre sécurité, et donc de la sécurité collective", a justifié vendredi 12 janvier Christian Estrosi, le maire Les Républicains de Nice, en présentant l'application dont il envisage le déploiement "à grande échelle". Elle sera testée dans un premier temps par 2.000 personnes, des agents de la ville de Nice, des comités de quartier ou encore, des membres du réseau "Voisins vigilants".

"La personne qui appelle tombe directement sur le centre de supervision urbaine (CSU) et peut transmettre en direct des images de bonne qualité, ce qui permet de la géolocaliser, de cibler les caméras sur la zone et de dépêcher une patrouille", a-t-on précisé à la mairie. Un système de messagerie instantanée avec traduction automatique permet aussi à un touriste étranger ne parlant pas français de se faire comprendre par la police municipale niçoise. L'application peut servir aussi si la personne fait un malaise, un type d'appels courants selon la mairie mais que la police municipale peine parfois à élucider faute de savoir d'où appelle l'interlocuteur.



Mais cette application "révolutionnaire", dixit M. Estrosi, ne convainc pas tout le monde. L'opposition municipale socialiste a immédiatement dénoncé "une démarche contestable sur le fond et inadmissible sur la forme (...) qui ressemble à l'organisation d'un processus de délation généralisé". "Le risque est de faire remonter des comportements suspects de personnes qui ne sont absolument pas délinquantes. Il y a aussi un problème moral et celui d'un encombrement des services de sécurité", a de son côté déploré Mathieu Zagrodzki, chercheur associé au Cesdip (Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales), invité de RMC ce lundi.

"Les gens qui utiliseront cette application et qui ne respecteraient pas la charte déontologique ou qui encombreraient le CSU par leurs appels inutiles se verront retirer leur accréditation", a assuré quant à lui Christian Estrosi sur Europe 1. "L'expérimentation va durer 2 mois. Nous serons les premiers à l'expérimenter en France. Si nous constatons des problèmes, nous la stopperons mais si ça marche, ça sera un outil intéressant", a-t-il ajouté.

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