La suspension du vaccin AstraZeneca bouscule le sommet Macron-Sanchez à Montauban

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Le président Emmanuel Macron (G) accueille le Premier ministre espagnol  Pedro Sanchez le 15 mars 2021 à Montauban
Le président Emmanuel Macron (G) accueille le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez le 15 mars 2021 à Montauban
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© AFP, Fred SCHEIBER, POOL

, publié le lundi 15 mars 2021 à 18h22

L'annonce de la suspension du vaccin d'AstraZeneca en France, à l'instar de l'Allemagne et de l'Italie, a bousculé lundi la conférence de presse d'Emmanuel Macron et Pedro Sanchez, venus à Montauban pour un premier sommet franco-espagnol depuis 2017.

Ce 26e sommet franco-espagnol visait d'abord à signer un accord reconnaissant la double-nationalité, susceptible de concerner plusieurs dizaines de milliers de personnes.

Mais la crise sanitaire s'est invitée au centre des débats. Alors que Berlin et Rome venaient de suspendre la vaccination avec le sérum d'AstraZeneca, Emmanuel Macron a annoncé que la France faisait de même "par précaution" dans l'attente d'un avis de l'autorité européenne du médicament (EMA).

Le chef de l'Etat a dit que cet avis serait rendu mardi après-midi. Mais l'EMA a indiqué un peu plus tard que sa "réunion extraordinaire" n'aurait lieu que jeudi, tout en affirmant que les avantages du vaccin AstraZeneca l'emportent toujours sur les risques.

Emmanuel Macron a également dû s'exprimer sur un possible reconfinement en Ile-de-France, indiquant seulement qu'il prendrait "sans doute de nouvelles décisions dans les jours qui viennent" mais "de manière adaptée et proportionnée".

Avec Pedro Sanchez, ils ont également abordé le sujet du passeport vaccinal que l'Union européenne veut mettre en place pour l'été, sur lequel le Français reste beaucoup plus prudent que son homologue espagnol, qui compte sur ce dispositif pour relancer le tourisme dès que possible.

Il faudra notamment déterminer "quels vaccins seront reconnus, peut-être pas tous" et "si on demandera des tests aux gens", a averti le président français, estimant que ce certificat concernera ceux qui viennent de pays hors UE. 

Pedro Sanchez a en revanche évoqué un certificat qui "facilite la mobilité entre les différents pays de l'Union européenne, le plus tôt possible", ce qui sera "fondamental pour le secteur touristique".

Les deux dirigeants se sont aussi entretenus des grands dossiers bilatéraux à l'approche du sommet européen des 25 et 26 mars, comme la lutte contre l'immigration clandestine et le terrorisme, ainsi que "la rénovation" dès règles de l'espace Schengen, qu'il soutiennent tous les deux.

C'est d'ailleurs à la frontière espagnole, au col de Perthus, qu'Emmanuel Macron avait appelé le 5 novembre 2020 à une refondation "en profondeur" des règles régissant l'espace Schengen et à "un plus grand contrôle" des frontières.

- Binalitionalité reconnue -

Avancée majeure du sommet, la signature d'un accord sur la reconnaissance de la double-nationalité, s'adresse aux 150.000 Français qui vivent en Espagne et aux 190.000 Espagnols qui vivent en France. 

Cet accord va permettre aux binationaux "de vivre pleinement leur appartenance à nos deux pays, de le vivre de manière totalement assumée, pacifiée, en ouvrant un avenir commun et en permettant d'avoir une génération de citoyens pleinement franco-espagnols", a souligné Emmanuel Macron.

Cette convention "corrige une anomalie historique", a renchéri Pedro Sanchez. "Les populismes identitaires conçoivent l'identité comme fermée (alors qu')on peut aimer deux nations, lutter pour deux pays".

Soumise à des critères, l'obtention du statut de binational présente plusieurs avantages: démarches administratives simplifiées, possession de deux passeports, ouverture à des examens d'entrée dans la fonction publique, voire possibilité de voter lors d'élections nationales.

Le sommet était aussi l'occasion de signer plusieurs accords bilatéraux, notamment sur l'enseignement secondaire, et de discuter de l'interconnexion des réseaux électriques et ferroviaires, ainsi que de l'engagement de l'Espagne aux côtés de la France dans la lutte contre les groupes jihadistes au Sahel.

Les deux dirigeants ont terminé leur rencontre en se recueillant sur la tombe du dernier président de la République espagnole Manuel Azana, enterré à Montauban. Une première pour un chef de l'Etat français, "un geste fort", selon Madrid.

Grande figure du républicanisme en Espagne, il y a vécu en exil après avoir présidé la Seconde République de 1936 à 1939 en pleine guerre civile.

A l'issue du sommet, Emmanuel Macron devait se recueillir devant la stèle d'hommage aux victimes de l'attentat perpétré le 15 mars 2012 par Mohammed Merah, en présence des familles des victimes et d'une section du 17e régiment du génie parachutiste de Montauban.

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