La SPA de Pau suspectée d'"euthanasies massives"

La SPA de Pau suspectée d'"euthanasies massives"
Un chien au refuge de la SPA de Gennevilliers en 2007 (photo d'illustration).

Orange avec AFP, publié le jeudi 11 mai 2017 à 08h58

L'association Animal Cross accuse la Société protectrice des animaux (SPA) de Pau (Pyrénées-Atlantiques) d'avoir euthanasié, sans nécessité, près de 1.700 chiens et chats entre 2010 et 2013. Selon les révélations du journal Le Monde, l'ancienne vétérinaire de l'établissement a été convoquée le mercredi 10 mai devant la chambre régionale de discipline de l'ordre national des vétérinaires de Bordeaux.

La décision a été mise en délibéré au 17 mai.

Le président de l'association, Benoît Thomé - "alerté de longue date par des salariés et témoins" - avait fait intervenir un huissier et trois gendarmes dès mars 2014. "Entre 2010 et 2013, plus de 1.700 animaux adultes ont été tués à la SPA de Pau", explique-t-il au quotidien du soir. "En 2012 et 2013, années pour lesquelles nous avons le plus de détails, la moitié d'entre eux l'ont été avant le délai légal de dix jours". Le code rural établit que les chiens et les chats accueillis, identifiés ou non, doivent être "gardés dans un délai franc de huit jours ouvrés". "Si, à l'issue de ce délai, l'animal n'a pas été réclamé par son propriétaire, il est considéré comme abandonné, et si le vétérinaire en constate la nécessité, il procède à son euthanasie".



Or, pour Animal Cross, cette nécessité n'était pas prouvée. Selon l'association, le chenil avait encore de nombreuses places disponibles. "Alors que la SPA devait être une nouvelle chance pour les animaux, elle était devenue l'antichambre de la mort pour nombre d'entre eux", déclare Benoît Thomé. Une salariée, interrogée par la justice en 2014, assure que de nombreuses euthanasies ont été décidées dès l'arrivée de certains animaux dans le centre. "Il est arrivé que des propriétaires réclament leurs animaux mais ils avaient déjà été euthanasiés car le délai légal n'avait pas été respecté", confirme un ancien employé.

"UNE ENQUÊTE BÂCLÉE"

Lors de la perquisition des gendarmes, 13 cadavres de chats et deux de chiens avaient été découverts dans des sacs entreposés dans un congélateur. Une première plainte s'était traduite en juin 2016 par un simple rappel à la loi à l'égard de l'un des soigneurs du centre. Pour Benoît Thomé, "l'enquête de gendarmerie a été bâclée". Mais deux registres présentés comme des "éléments clés" pourraient relancer l'affaire : l'un concerne les entrées et les sorties de fourrière des animaux détenus par la SPA, l'autre chiffre le nombre exact de bêtes euthanasiées en 2013. "Cette année-là, 410 animaux ont été tués, dont 152 chiens et 258 chats, soit près d'un tiers des 1.352 admis", écrit Le Monde.


"Il y avait trop d'animaux à gérer car la SPA travaillait avec 80% des communes du Béarn", répond au Monde l'avocat de la vétérinaire, Me Julien Soulié. "Lorsqu'il y a eu des euthanasies, elles ont été justifiées par l'état sanitaire dégradé des animaux".

LES ANIMAUX ASPHYXIÉS À L'ÉTHER ?

Une autre question reste également posée : les vétérinaires et soignants de l'époque ont-ils utilisé de l'éther pour asphyxier les chiens et les chats, un procédé interdit ? "Le jour où il n'y a pas de vétérinaire sur place, les animaux sont mis dans un sac-poubelle en vue d'être asphyxiés à l'éther", ont témoigné lors de leur audition des transporteurs ou des soigneurs. L'huissier a lui parlé d'une "forte odeur" de produit chimique.

Les suspicions ont pris fin en mai 2014, quand un nouveau conseil d'administration a été élu à la SPA de Pau. Les anciens soigneurs ont alors été licenciés ou sont partis à la retraite. En septembre 2015, la nouvelle présidente de la SPA, Annick Botuha, et le maire de Pau, François Bayrou, ont décidé de fermer le refuge du fait de l'insalubrité de l'établissement. "Ces abattages massifs sont rares, même si on en retrouve d'autres", assure Benoît Thomé, citant le chenil fourrière du Lot-et-Garonne ou la SPA de l'Indre, accusés d'avoir tué respectivement 529 et 1.007 animaux en 2013.

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