La radicalisation dans les clubs de sport se heurte à un "vide juridique"

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En ce qui concerne la radicalisation islamiste, les clubs d'arts martiaux et de sports de combat sont utilisés par les recruteurs pour dénicher les éléments les plus violents
En ce qui concerne la radicalisation islamiste, les clubs d'arts martiaux et de sports de combat sont utilisés par les recruteurs pour dénicher les éléments les plus violents
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© AFP

, publié le mardi 25 février 2020 à 17h42

Emmanuel Macron réunit mardi à l'Elysée des associations d'éducation populaire pour renforcer la lutte contre la radicalisation religieuse, qui se heurte dans les clubs de sport à "un vide juridique", selon Médéric Chapitaux, ancien gendarme, qui termine une thèse à ce sujet et y a consacré un livre en 2016.

QUESTION: Depuis la sortie de votre livre, le phénomène de la radicalisation dans les clubs de sports s'est-il développé? 

RÉPONSE: En 2016, c'était la première fois que l'on abordait la problématique de la radicalité sous l'angle du sport. Quatre ans après, le focus a été fait, des choses ont été mises en place et on a l'impression que le phénomène a pris de l'ampleur. Je pense que l'on sait mieux identifier et repérer aujourd'hui les situations déviantes. On peut observer des changements de comportements, de vêtements, de langage, de posture... Tous les signes habituels de la radicalisation qu'on connaît dans le reste de la société, et dont le sport n'est pas exempt.

Q: Pourquoi le sport peut-il être un terreau favorable à la radicalisation?

R: En ce qui concerne la radicalisation islamiste, on sait que les clubs d'arts martiaux et de sports de combat sont utilisés par les recruteurs pour dénicher les éléments les plus violents. Les groupes terroristes publient aussi des documents sur internet sur +comment bien se préparer au jihad+. On y explique que si on veut faire le jihad, il faut aller s'entraîner en sports de combat.

Q: Les sports de combat sont-ils donc plus touchés ?

R: Ces sports sont plus impactés pour des raisons très simples: quand vous allez vous préparer à faire la guerre, il vaut mieux faire ce genre d'activité que du twirling-bâton. On retrouve aussi les sports collectifs, très populaires notamment dans des secteurs géographiques propices au recrutement, et la musculation. Ces disciplines n'ont pas de radicalité intrinsèque, ce n'est pas le sujet. Ce n'est pas le sport qui pose problème, c'est l'espace de socialisation qu'il offre qui peut devenir un problème.

Q: Pourquoi les clubs et les fédérations sont encore frileux à faire remonter des situations problématiques quand ils les observent?

R: Quand il y a des freins, c'est toujours par méconnaissance. Sur un sujet comme celui-là, dans les clubs, on peut avoir peur de signaler quelque chose de potentiellement signalable, car on craint d'être taxé de racisme, de stigmatisation et de discrimination. Il faut donc prendre le temps d'expliquer, de former les acteurs du sport. Des choses ont été mises en place (plan gouvernemental de prévention de la radicalité de 2018, initiatives des fédérations, ndlr) et portent leurs fruits.

Q: Comment peut-on contrôler les éducateurs professionnels et les entraîneurs bénévoles, qui peuvent jouer un rôle majeur dans cette radicalisation?

R: On l'a vu avec les violences sexuelles récemment, des choses ont été mises en place par les ministères et les fédérations pour mieux contrôler éducateurs et bénévoles. La problématique qu'on a avec la radicalisation, c'est que ce n'est pas une condamnation. La radicalisation n'est pas illégale en France, on peut être radicalisé sans passer à l'acte. En fait, on a un vide juridique sur le sujet, il n'y a pas de définition pénale qui permettrait d'empêcher un entraîneur radicalisé d'exercer. Quand quelqu'un est fiché par les renseignements, ce n'est pas inscrit sur son casier judiciaire. Et tant qu'il n'est pas condamné, il peut exercer ses activités professionnelles ou bénévoles, quelle qu'elles soient.

Q: Que faudrait-il donc mettre en place pour combler ce vide?

R: Je pense qu'on ne peut pas laisser des personnes suivies par le renseignement, même si elles ne sont pas passées à l'acte, en face-à-face pédagogique avec des jeunes dans les clubs. Pour moi, ce n'est pas concevable. On pourrait donc réfléchir à un principe de précaution, et ne pas autoriser les personnes suivies par les renseignements à exercer. On aura du mal à me convaincre qu'une personne fichée car susceptible de porter atteinte à la sécurité et à la sûreté de l'état, même si elle n'est pas passée à l'acte, est capable de compartimenter son idéologie en dehors du club, et, quand elle est dans le club, va tenir des propos républicains aux enfants.

Propos recueillis par Valentine GRAVELEAU

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