La place financière de Paris pourrait être le principal bénéficiaire du Brexit

La place financière de Paris pourrait être le principal bénéficiaire du Brexit
Une salle de marchés. (Illustration)

, publié le mercredi 15 juin 2016 à 17h55

- En quittant l'Union européenne, la place financière de Londres perdrait beaucoup de son attrait. -

À l'approche du référendum, l'hypothèse du Brexit prend de plus en plus corps.

Les soutiens du "leave" ont le vent en poupe, malgré les innombrables menaces des partenaires européens de Londres et des partisans du maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne. Le ministre des Finances George Osborne a ainsi affirmé qu'une sortie pourrait déclencher la mise en place d'un "budget d'urgence" qui entraînerait hausses d'impôts et réduction des dépenses pour compenser un trou de 30 milliards de livres (38 milliards d'euros). "Il y aura un trou dans nos finances si nous quittons l'UE", a renchéri M. Cameron sur son compte Twitter. "Cela signifie des impôts plus lourds, des coupes budgétaires, plus d'emprunts", a ajouté le chef de l'exécutif, déjà accusé par ses opposants de mener une politique d'austérité au détriment des revenus des plus faibles.

La City de Londres, première place financière d'Europe, pourrait également vaciller sur son piédestal en cas de Brexit. Et ainsi offrir à ses concurrentes européennes - Paris en premier lieu - des opportunités de développement.

Actuellement, Londres occupe une position dominante dans la sphère financière européenne. La ville abrite une multitude de banques, de courtiers, de société d'investissement ou encore d'analystes financiers, et est incontournable pour le marchés des changes. Le paysage s'apprête d'ailleurs à être remodelé, puisque la Bourse de Londres a amorcé un rapprochement avec celle de Francfort. Ce qui pourrait donner naissance à un poids lourd européen et mondial. Considérée par certains comme un moyen de parer au Brexit, cette fusion mettra toutefois du temps à se mettre en place et n'offrira pas forcément de solution miracle à la City. Dans la mesure où, après le vote, l'état des relations entre l'UE et le Royaume-Uni ne sera pas parfaitement clair, "les actionnaires des Bourses attendront vraisemblablement de voir comment cela évolue", estime Gertrud R. Traud, économiste au sein de la banque régionale allemande Helaba.

LES GRANDES BANQUES INTERNATIONALES MENACENT

Le problème central pour la City va se situer au niveau des nombreuses structures non européennes qui l'ont choisie pour rayonner en Europe. Car une fois implantée et agréée dans un pays membres de l'Union, une entreprise peut opérer partout sur son territoire. Or, une grande partie des sociétés américaines ont choisi Londres comme camp de base en Europe. La perte de ce "passeport européen" de la finance pourrait ainsi conduire à des déménagements. Le PDG de JPMorgan a d'ailleurs déclaré sans détour qu'un "Brexit signifierait donc moins d'emplois au Royaume-Uni et plus ailleurs en Europe".

HSBC, la première banque britannique et européenne, a aussi prévenu qu'elle pourrait déplacer un millier d'emplois de Londres vers Paris, où l'établissement dispose notamment d'un vaste bâtiment sur les Champs-Élysées, avec une grande salle de marchés. La City pourrait toutefois ne pas rendre les armes tout de suite. "Il n'y aura pas de changement immédiat dans les opérations des gestionnaires d'actifs car, en cas de Brexit, le Royaume-Uni aura deux ans pour renégocier les termes de ses échanges avec l'UE", souligne l'agence de notation Moody's.

DES DIZAINES DE MILLIERS D'EMPLOIS POUR PARIS

"Paris qui est la 2e capitale financière en Europe pourrait en profiter grâce notamment au 'triangle d'or' constitué par BNP Paribas, Société Générale et Crédit Agricole", résume Éric Vanraes, gérant obligataire du suisse EI Sturdza Investment Funds. L'association de défense de la place parisienne Paris Europlace entend bien faire valoir ses atouts. Elle a même déroulé le tapis rouge aux éventuels futurs déçus du Brexit, lors d'une journée réunissant monde économique et politique le 8 juin. "S'il y a Brexit, l'impact pourrait être important en terme de déplacement d'activités", explique Arnaud de Bresson, délégué général de Paris Europlace. Au total, "le Brexit peut représenter un gain à court terme en terme d'activité et d'emplois", ces derniers pouvant se chiffre en quelques dizaines de milliers, selon M. de Bresson.

Francfort a une carte à jouer, la présence du siège de la Banque centrale européenne jouant le rôle d'aimant. Une place comme Dublin peut espérer quant à elle profiter du régime fiscal avantageux pour les sociétés mis en place en Irlande. Les autres places européennes, comme Madrid, Milan ou Amsterdam, semblent plus marginalisées, ne pouvant pas offrir la même attractivité que des centres financiers comme Paris ou Francfort. Il n'est pas impossible non plus qu'une partie de l'activité aille sur les plateformes alternatives et non sur les Bourses traditionnelles nationales.

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