La Minerve: les familles entre soulagement, émotion et surprise

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Une photo prise au second semestre 1965 montre l'équipage à bord du sous-marin "La Minerve", qui a fait naufrage le 27 janvier 1968
Une photo prise au second semestre 1965 montre l'équipage à bord du sous-marin "La Minerve", qui a fait naufrage le 27 janvier 1968
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© AFP, STF

AFP, publié le lundi 22 juillet 2019 à 14h08

Soulagées, mais aussi surprises par l'aboutissement des recherches, 51 ans après la disparition du sous-marin La Minerve au large de Toulon, des familles des sous-mariniers ont fait part à l'AFP de leurs réactions, entre "apaisement extraordinaire" et émotion qui "remonte à la surface".

"J'ai toujours été persuadé qu'on le retrouverait un jour": l'attente d'Hervé Fauve, le fils du commandant de La Minerve, a pris fin dimanche soir. 51 ans après, l'épave du sous-marin qui a englouti son père a enfin été localisée, au large de Toulon.

"Nous attendions depuis tellement longtemps. Mais nous avions appris à être patients! C'est un soulagement, une énorme émotion": âgé de 5 ans et demi au moment du drame, le 27 janvier 1968, il n'a jamais cessé d'espérer, "persuadé qu'on retrouverait un jour" ce père dont "il se souvient dans les moindres détails".

Avec son site internet, consacré à la catastrophe, il a rassemblé les proches des victimes. Au fil des années, il a retrouvé 41 des 52 familles touchées par le drame, 104 personnes au total. Obtenant finalement le redémarrage des recherches de l'épave, le 4 juillet. Et depuis lundi matin et l'annonce officielle de la localisation de l'épave, il les prévient, par courriel, par téléphone.

"Ils sont abasourdis, certains se sont écroulés, en pleurs. En fait, moins les personnes espéraient, plus le choc est violent", explique-t-il à l'AFP.

"C'est un apaisement extraordinaire", confirme Thérèse Scheirmann-Descamps, la veuve d'un des marins, Jules, disparu le jour de ses 29 ans: "En fait, je me sens envahie par une grande sérénité, le fait de savoir enfin où se trouvent mon mari et tous ses camarades. Il n'y a pas vraiment de mots pour décrire cette émotion. Je suis heureuse. Mais surtout apaisée".

- "Faire notre deuil" -

"Finalement, ils étaient près de nous, pas loin", soupire-t-elle. Dans la coque de La Minerve, brisée en trois morceaux, par 2.370 m de fond, à 18,5 milles marins (35 km) des côtes. "J'étais confiante", poursuit celle qui était au moment du drame une jeune mère de deux enfants âgés de 3 et 5 ans: "Mais je ne pensais pas que cela irait si vite..."

Lundi, c'est la gratitude aussi qui l'envahissait: "Pour toutes les personnes qui ont oeuvré pour cette découverte. Et pour Mme Parly (Florence Parly, la ministre des Armées, ndr), qui a su nous écouter".

"Je suis plutôt ému, j'en ai les larmes aux yeux": Jacques Dannay, le fils d'un autre de ces 52 sous-mariniers disparus, ne s'y attendait pas. Pas si vite en tous cas. "Cela fait tellement longtemps, j'ai encore du mal à y croire. Mais nous allons enfin pouvoir faire notre deuil".

Jacques avait 3 ans quand son père a disparu. "La mer est méchante", ne cesse-t-il alors de répéter, pour expliquer cette absence soudaine. Et il met des années à comprendre: "Ma mère évitait le sujet. Ce matin je lui ai envoyé un texto, pour la prévenir. Puis je l'ai eue au téléphone. Elle est triste, bien sûr, tout est remonté à la surface, d'un seul coup".

"Mais c'est quand même une belle journée, triste mais très belle", insiste-t-il: "Et un soulagement. Inconsciemment, on imagine tout, dans un coin du cerveau. Ca peut être con, le cerveau. Mais là, enfin, la réalité s'impose. Vous ne pouvez pas comprendre à quel point c'est important".

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